Troisième film du réalisateur vietnamien Phang Dang Di, Mékong stories se déploie comme un voyage étonnant au cœur des profondeurs vietnamiennes, nourri par les tribulations de trois jeunes adultes. On se déplace à Ho-Chi-Min Ville dans les années 2000, plongés in medias res dans les vies de Vu, apprenti photographe, Thang, qui vit de petits trafics et Van, qui rêve de devenir danseuse. Réunis par leurs trajets respectifs, ils vont devoir apprendre à évoluer en parallèle dans une ville qui ne semble connaître ni repos ni pitié.

© DNY vietnam
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Avec Mékong Stories, on plonge littéralement dans une mer d’impressions diverses : de la poisse mouillée d’habitations longeant le Mékong, des peaux qui se touchent sous une lumière feutrée, des feux brillants qui rythment la vie d’une discothèque bruyante. Toutes ces touches se meuvent et se rassemblent sous le drapeau de la misère. Une misère matérielle surtout, affective parfois. Le film est d’une densité rare et nous confronte sans fards aux problèmes qui ponctuent la vie de ces jeunes gens à la recherche d’eux-mêmes.

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On se retrouve confrontés au désarroi de Vu, le jeune photographe qui s’avère aussi être homosexuel ; une homosexualité qu’il lui est bien difficile d’assumer, puisque comme le répète son père à la jeune fille qui lui était promise : « Ce soir, tu vas faire de mon fils un homme ». On rencontre aussi le désespoir de Van, forcée de danser dans un club de strip-tease alors que son rêve serait de devenir danseuse étoile. Une violence qui parcourt tout le film de frissons : bastonnade insensée en pleine rue, prostitution, vasectomies pour gagner de l’argent, censure policière…

© DNY vietnam
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Pourtant, le film parvient à ne jamais peser. Il y règne une atmosphère adolescente, une atmosphère de jeu entre les personnages qui permet de soulever l’ensemble, d’éclaircir les sordides nuitées vécues. On se touche, on se regarde, on rit, on se taquine. C’est d’une délicatesse très fine, une peinture très mature d’une jeunesse aussi espiègle que grave. Ce mélange en clair obscur est époustouflant de justesse, et les acteurs rendent avec brio cette ambivalence dessinée par le réalisateur. La beauté du film réside aussi dans sa photographie, réalisée joliment par Nguyen K’Linh : les couleurs sont évanescentes, les matières sont épaisses (on pense notamment à la scène où deux corps s’unissent dans la boue), les plans contemplatifs.

© DNY vietnam
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Cette densité prend pourtant une forme très épurée puisque les plans sont tournés par une instance subjective ; un doux regard qui s’immisce dans l’intimité des personnages sans les envahir, et qui ne se repose pas sur une musique, de toute façon, très peu présente. Phang Dang Di nous fait suivre avec douceur l’itinéraire de ces personnages attachants, des mangroves de Can Gio à l’urbanité de Saïgon et aux remous du Mékong. Il dresse un portrait bienveillant d’un Vietnam en mutation et de personnages touchés par la grâce.

https://youtu.be/A10srBi7sQE

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