Duo pop détonnant, Madame Monsieur a sorti en avril 2018 un premier album, Vu d’Ici et est actuellement en tournée dans toute la France. Nous avons pu leur poser quelques questions à l’occasion du MaMA Festival où ils joueront le 19 octobre à Paris.  

Révélés au grand public dans l’émission Destination Eurovision qu’ils ont remportée grâce à leur chanson Mercy sur l’histoire vraie d’une petite migrante née sur un bateau en Méditerranée, Madame Monsieur a classé la France à la 13ème place du concours Eurovision de la chanson en mai dernier à Lisbonne. Un succès qui leur a valu la reconnaissance d’un large public, puisqu’au-delà de Mercy, Madame Monsieur est un duo pop détonnant qui mêle habilement arrangements électro modernes et textes en français plus classiques, avec audace et énergie. A l’occasion de leur concert à la Machine du Moulin Rouge ce 19 octobre dans le cadre du MaMA Festival, nous avons pu poser quelques questions à Emilie Satt et Jean-Karl Lucas, deux artistes en couple à la vie comme à la scène et parfaitement complémentaires.

Bonjour  Madame Monsieur ! Votre album Vu d’ici est sorti en avril 2018, qu’est-ce que ce disque représente pour vous ?
Jean-Karl Lucas : Cela représente quatre ans de travail, de rencontres, d’expériences, de collaborations… Evidemment c’est un album qui nous tient vraiment à cœur. On l’a beaucoup attendu et c’est particulier puisqu’il est paru à un moment où on était en train de préparer l’Eurovision, où plein de choses se mélangeaient… C’est un album avec plein d’influences différentes, il y a de la chanson, de la pop, de l’électro, du rap, et ça raconte plein d’histoires ! C’est un disque qui s’enracine dans toutes les expériences qu’on a pu avoir ces quatre dernières années.

Vous avez le mérite d’écrire des paroles en français et c’est je crois l’une de vos forces. Comment se passe l’écriture des chansons à deux ?
Emilie Satt : Le schéma est souvent le même.  Il y a un peu une répartition des tâches : Jean-Karl créé des univers musicaux avec des harmonies, des textures de son et des couleurs qu’il choisit. Il créé un décor de cinéma ou de théâtre avec les matières et les meubles, une pièce qu’il arrange comme il veut et ensuite il me fait entrer dans cette pièce. Je vais voir quelle histoire j’ai envie de raconter dedans, ce que cela m’inspire : une histoire triste, gaie, intime ou pas… En général je fais les mélodies et les textes mais cela dépend beaucoup de ce qu’il a fait en amont, ça marche au ressenti… Il y a beaucoup d’aller-retour entre nous car on est en échange constant et, sur les textes notamment, même si je n’aime pas trop ça, il a toujours un droit de regard, il n’hésite pas à me dire quand ça ne va pas et souvent il a raison…

Sur votre album il y a des chansons comme Mercy ou 22.11.2013 qui s’inspirent de faits réels, mais il y a aussi des textes plus personnels. Quels sont pour vous les ingrédients d’une bonne chanson ?
Emilie : Ça c’est une sacrée question ! Déjà je pense qu’il faut que l’envie de la faire soit assez violente. Nous on aime bien écrire quand on vient de ressentir quelque chose de fort pour essayer de transformer cette émotion en chanson. Par exemple Mercy c’était après avoir découvert la naissance de cette petite fille, on était sidérés de voir que cette maman avait pris la mer enceinte de huit mois et qu’elle avait pris tous les risques… On a été bouleversés donc on s’est tout de suite mis à faire une chanson sur le sujet. Comme une reine c’était après avoir découvert une interview de Juliette Katz une youtubeuse qui parlait de son rapport à son corps d’une manière super violente. Ça nous a choqués donc on en a fait une chanson. 22.11.2013 c’est un peu pareil, on a découvert cette histoire d’amour incroyable dans la presse et on a été super touchés parce qu’on travaille en couple et ça nous a parlé très fort. (Le 22 novembre 2013 un couple d’octogénaires a choisi de se donner la mort dans une chambre de l’hôtel Le Lutétia à Paris, ndlr.) Ça c’est pour ce qui vient du réel. Après il y a des chansons comme Au-delà, des émotions que l’on créé tout seul dans des moments où l’on peut s’interroger sur le monde. Je pense qu’il faut toujours que cela parte de quelque chose de sincère ! Après pour les ingrédients, on dit souvent qu’on est des amateurs de chanson populaire dans le sens noble, c’est à dire des grandes mélodies qui vont rester toujours… Et puis surtout il faut qu’une chanson raconte une histoire ! J’oublie quelque chose ?

Jean-Karl : Non ! Une bonne chanson c’est une interaction entre un texte, une mélodie et une ambiance, et quand tout cela est bien lié c’est qu’on a réussi à faire ce que l’on voulait faire !

Quelle est la collaboration qui vous a le plus marqués ?
Jean-Karl :Toutes les collaborations nous marquent parce qu’on apprend toujours quelque chose mais il y a deux collaborations qui ont vraiment été importantes pour nous. D’abord la collaboration avec Youssoupha sur Smile, à l’époque de son album Négritude. Ça a été un gros succès en radio et ça nous a permis de rencontrer Youssoupha qui nous a emmenés partout avec lui, on a joué au Zénith, on a fait Taratata… Et puis il y a eu ce morceau avec Jok’Air et Ibrahim Maalouf qui s’appelle Morts ou Vifs, qui a été très important parce qu’il nous a donné une petite crédibilité dans le milieu de l’urbain. Cela nous a fait comprendre qu’on pouvait se permettre de creuser encore plus dans cette direction.

Avez-vous eu des coups de cœur musicaux dernièrement pour un album ou un artiste ?
Jean-Karl : Le dernier album de Youssoupha (Polaroïd Experience, ndlr) est vraiment un très grand album, je vous invite à aller l’écouter !
Emilie : Il faut l’écouter d’une traite  car il est super riche, super intelligent, et hyper moderne… Et il y a un album qu’on aime beaucoup aussi c’est celui d’Hoshi (Il suffit d’y croire, ndlr), qui a une super plume et qui va être un grand nom de la chanson française dans les années qui viennent, elle est en train de tout cartonner !

Qu’est-ce que ça a fondamentalement changé pour vous l’Eurovision ? Qu’est-ce que vous retenez de cette expérience, en positif comme en négatif ?
Emilie : Dans les choses négatives, on avait un peu peur au début que ça nous colle à la peau, que ce soit trop… Mais finalement c’est plutôt agréable parce que les gens qui viennent nous parler de l’Eurovision sont fiers de nous et de la chanson ! C’est vrai qu’on a grandi très vite et très fort. On ne s’attendait vraiment pas à gagner Destination Eurovision parce qu’en face de nous il y avait des candidats sérieux de majors, et on était dans un label indépendant, on avait une chanson sur un bébé migrant… Le fait que le public nous ait choisis ça nous a donné une force incroyable parce que, quand on est artistes, on est bourrés de doutes et on attend qu’une seule chose, c’est que le public nous dise qu’on a notre place là où on veut aller. Là, c’est ce qui s’est produit, d’un seul coup ça nous a donné plein de super-pouvoirs et une grande confiance… Ensuite il y a eu plusieurs mois de campagne Eurovision, on est allés dans plein de villes d’Europe, on a passé dix jours de répétitions super intenses à Lisbonne… Cela nous a apporté une grande force et puis l’envie de continuer à faire des chansons, car on s’est rendus compte que cette chanson-là, on l’a faite avec cœur comme on le fait d’habitude et elle a touché les gens… Donc on va continuer, il n’y a pas de raisons qu’on change de méthode ! On
 existait depuis quatre ans en tant que Madame Monsieur, on avait un petit public mais là, le monde entier nous a eu dans son salon donc forcément ça multiplie notre public et ça c’est génial !

Quels conseils aimeriez-vous donner aux jeunes artistes qui étaient comme vous en 2013 ?  C’est-à-dire au tout début, au moment de sortir leur premier EP…
Jean-Karl : Chacun a son parcours ! La seule chose qu’on pourrait dire c’est : garde la passion, garde l’énergie, continue, travaille, n’hésite pas à tenter des choses aussi ! C’est beaucoup un métier de rencontres, un métier où, je pense, c’est une erreur de faire de la musique dans son coin. Il faut rencontrer les gens, ne pas hésiter à multiplier les expériences et écrire, bosser… On dit toujours qu’il y a une part de chance parce qu’il faut rencontrer la bonne personne au bon moment mais la chance elle se provoque aussi, elle sourit aux audacieux ! Et surtout, il faut le faire pour de bonnes raisons, parce qu’on aime ça tout simplement. Il ne faut pas trop réfléchir, il faut que ce soit plus fort que soi en fait.

Vous jouez le 19 octobre au MaMA Festival. Est-ce que vous avez des souvenirs ou des anecdotes dans ce quartier de Pigalle qui est associé à la musique et à la vie nocturne ?
Jean-Karl : Déjà on est très contents d’aller jouer à la Machine du Moulin Rouge qui est quand même un endroit mythique ! En ce qui concerne Pigalle, nous on connaît bien puisqu’on a vécu de nombreuses années dans le 18donc on a beaucoup traîné dans toutes ces rues. Le souvenir des salles du 18c’est aussi d’avoir joué à La Cigale en juin dernier. Faire une Cigale à notre nom c’était un rêve parce que pour nous c’est la meilleure salle de Paris donc on était très heureux d’y jouer et c’était extraordinaire. C’était plein, on a reçu beaucoup d’amour ce soir-là, et après toute l’aventure Eurovision c’était une belle récompense, j’espère qu’on pourra rejouer à La Cigale bientôt !

Enfin quelle chanson emporteriez-vous sur une île déserte ?
Jean-Karl : Quand on est passionné de musique c’est très compliqué, il y a une chanson pour chaque émotion, une chanson qui colle à des moments de sa vie etc.

Emilie : On cite souvent en exemple de chanson parfaite Les Feuilles Mortes de Joseph Kosma et Jacques Prévert, créé par Yves Montand, qui est une perfection de mélodie et qui nous plonge vraiment dans son univers…
Jean-Karl : Moi peut-être que ce serait une chanson des Rolling Stones, je ne sais pas laquelle mais ce serait pour m’aider à aller monter en haut des cocotiers… Est-ce qu’on peut être tous les deux sur l’île déserte ?

Oui, comme ça vous pouvez alterner entre Les Feuilles Mortes et les Rolling Stones…
Jean-Karl : Ah ben parfait ! Tu vois on est éclectiques ! (Rires)

Madame Monsieur, album Vu d’ici disponible depuis le 20 avril 2018.
En concert le 19 octobre à 21h40 à La Machine du Moulin Rouge dans le cadre du MaMA Festival 2018. Billetterie : 24 € le pass 1 jour. 
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