Jusqu’au 7 avril 2018, les Déchargeurs proposent Lilith, une pièce mordante sur la communication entre hommes et femmes, sur les pressions qu’imposent les genres et sur les difficultés de vivre ensemble.

Ils sont deux. Elle (Laetitia Lambert, comédienne et dramaturge) et lui (Fabrice Michel, comédien). Elle est sa maîtresse, il est son échappatoire. Elle décide, pour la première fois, de l’amener en week end. Dans la voiture, elle va laisser éclater sa colère d’être femme et d’être traitée comme telle. Il avancera des arguments justes, des arguments auxquels on ne pense pas toujours. Elle lui reproche sa lâcheté envers sa femme, il fustige son besoin incessant de parler et de tout comprendre…

Le genre, un sujet brûlant

Depuis que Simone de Beauvoir l’a couché sur papier, il y a tout juste cinquante ans, la question du genre est devenue un véritable sujet de réflexion. Égalité salariale, respect, lutte contre le harcèlement… Les combats pleuvent et témoignent de la véracité d’une tare sur laquelle s’est bâti le monde. Elle, vengeresse de son sexe (à la Kill Bill, en témoignent son attrait pour les armes à feu et sa veste en cuir jaune), est en colère. Gronde en elle un noir sentiment d’injustice, une sourde plainte éclatante. Le mépris d’un sexe que l’on a affaibli a trop duré. Alors elle lui demande à lui, qui devient le représentant du pouvoir phallocrate : « pourquoi » ? Il lui dit que les femmes qui jouissent font peur, qu’on ne les comprend pas et qu’on jalouse leur pouvoir immense d’enfanter. Il lui répond aussi, las de ne pouvoir dire les pressions que son sexe impose, qu’il aimerait arrêter d’essayer de prouver qu’il est bon dans tous ce qu’il entreprend. Car si la femme doit être douce, silencieuse et surtout belle, les hommes doivent être les plus forts, les plus vifs, les moins sensibles et ceux qui réussissent le mieux.

Liberté de parole

Une pièce comme ça, crue et sans filtres, aurait été impensable il y a quelques décennies. La parole des femmes s’est déliée depuis longtemps (gagnant quelques trop peu nombreux combats), celle des hommes est encore trop peu dite. Si Lilith présente quelques incompréhensions (l’apparition d’un auto-stoppeur reste bien mystérieuse…), le texte est novateur dans son équilibre et juste dans sa prose. Il bouscule, mettant en lumière les douleurs encore à vif, les jeux égoïstes, le manque de considération et la difficulté de refuser l’éternelle lutte des ascendants. On vous le recommande, elle fait partie des pièces qui ouvrent le dialogue.

(c) Lee Fou Messica

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Lilith, jusqu’au 7 avril 2018, le Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi et Samedi à 19h30
Les Déchargeurs / Le Pôle, 3, rue des Déchargeurs, RDC Fond Cour, 75001 Paris
Durée : 1h20 / Taif : de 13 à 26€
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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.