Il n’y a qu’un pas entre la passion dévorante pour les livres et le besoin de les collectionner… L’auteure de L’homme qui aimait trop les livres s’est intéressée à ce qui pousse un homme à voler des livres anciens, à les collectionner ou à les revendre, et à risquer la prison pour ça !

L’auteure entre un jour en possession d’un livre ancien et rare, le Kräutterbuch, âgé de plus de 400 ans et très beau. Seul petit problème : il a été volé il y a des années et se retrouve désormais sur son bureau. Allison Hoover Bartlett, fascinée par cet exemplaire, décide de s’intéresser de plus près aux collectionneurs de livres anciens, mais surtout aux voleurs qui sévissent dans ce petit monde. La journaliste américaine rencontre alors, pour l’écriture de son livre, de nombreux libraires et collectionneurs de livres anciens, ainsi qu’un voleur. Et les deux personnages principaux de L’homme qui aimait trop les livres sont donc Ken Sanders, libraire décidé à arrêter les voleurs de livres, et John Gilkey, voleur malin qui aura affaire plusieurs fois à Sanders.

Autant une enquête sociologique très renseignée qu’une forme de journal de bord, L’homme qui aimait trop les livres nous plonge dans un monde dont on ne parle pas : celui des collectionneurs de livres anciens. Les Etats-Unis cachent en fait des salons du livre et des librairies de livres anciens, qui regorgent d’ouvrages qui se vendent plusieurs milliers de dollars : premiers tirages de livres célèbres, ouvrages signés par leur auteur ou livres qu’on croyait disparus, la chasse à la rareté et les négociations pour en tirer le meilleur prix font rage. Et au milieu de tous ces passionnés de livres, sévissent quelques voleurs qui réussissent parfois à mettre la main sur des ouvrages qui peuvent valoir plusieurs dizaines ou centaines de milliers de dollars. Parmi eux, c’est à John Gilkey, jeune homme condamné à plusieurs reprises pour vol, qu’Allison Hoover Bartlett décide de s’intéresser.

« Une fringale qu’aucun livre ne saurait rassasier »

Le lecteur suit l’auteure dans toutes les étapes de son enquête, alors qu’elle est anxieuse à l’idée de rencontrer pour la première fois Gilkey au parloir de sa prison, ou encore quand elle l’accompagne dans des librairies pour qu’il lui montre comment il repère les livres qui l’intéressent. Et leurs entretiens sont l’occasion pour la journaliste d’essayer de comprendre qui est Gilkey : jeune homme sans emploi qui rêve de posséder une grande collection de livres, qui ne prend même pas la peine de lire tous les livres qu’il vole, mais qui rêve de posséder les cent livres du classement de la Modern Library. « L’admiration que sa collection provoquait semblait bien être au centre des motivations de Gilkey. Ce n’était pas tant l’amour des livres qui l’animait, que ce que sa collection disait de lui.« 

Dans le même temps, la journaliste rencontre aussi des libraires passionnés, et plus particulièrement Ken Sanders, responsable de la sécurité d’une associations de libraires de livres en anciens, et lui-même libraire à Salt Lake City. Il est passionné, entièrement dédié aux livres anciens et jamais à bout d’énergie pour arrêter les voleurs. Et il raconte à l’auteure de nombreuses anecdotes sur des auteurs célèbres, ou sur les difficultés de publication de certains livres – anecdotes passionnantes qui ne pourront que ravir les lecteurs avides ! Allison Hoover Bartlett se prend au jeu et retranscrit les personnages de ces aventures avec une richesse qui est source d’attachement et d’affection chez le lecteur. « A présent, après des mois d’entretiens et d’enquête, j’étais plongée dans cette histoire jusqu’au cou et n’avais aucune intention de perdre contact avec Gilkey ou Sanders. Nous étions tous des traqueurs tenaces – de livres pour Gilkey, de voleurs pour Sanders, et d’histoires en ce qui me concernais. »

L’homme qui aimait trop les livres est une enquête bien écrite et une immersion dans le monde des livres anciens, qui poussent l’auteure à s’interroger sur les limites de sa curiosité : est-il éthique de ne pas dévoiler à la police les informations qu’un voleur lui donne, afin de gagner sa confiance et d’en savoir plus sur lui ? Ce qui ne peut que déclencher une autre question : à quel point est-il judicieux de donner une tribune à des voleurs qui recherchent la célébrité à tout prix ?

En refermant le livre, une chose est sûre, c’est qu’on ira flâner dans les rayons de livres anciens dans la prochaine librairie qu’on croise… Qui sait, peut-être trouvera-t-on un livre rare qui s’ignore !

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« L’homme qui aimait trop les livres », Allison Hoover Bartlett (traduit de l’anglais par Cyril Gay), Editions Marchialy, 21€

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Journaliste littéraire chez Untitled Magazine. Contact mail : m.ciulla@untitledmag.fr