Alors que les maisons d’édition nous proposent leur sélection pour la rentrée d’hiver 2018, la rédaction d’Untitled Magazine a voulu vous offrir, pendant plusieurs semaines, une rétrospective des livres qu’il ne fallait pas manquer en 2017. Mais surtout, nous avons choisi de mettre l’accent sur les livres qui sont parfois passés inaperçus mais qui méritent tout de même qu’on parle d’eux. Voici la troisième série de cinq livres.

 

Une femme face à l’histoire, d’Agnès Graceffa

Depuis quelques années, les récits biographiques et les témoignages, de guerre notamment, sont à l’honneur. Néanmoins, certains thèmes ne sont encore que trop timidement abordés. Dans son ouvrage, Agnès Graceffa part à la recherche de l’un d’eux, à travers les pas de Raïssa Bloch. Elle retrace l’histoire d’un personnage dont les chaînes sont alors nombreuses : femme, épouse de déporté polonais, juive, érudite, littéraire, historienne et enseignante… De l’Allemagne à la France en passant par la Pologne et la Russie, cet ouvrage nous fait vivre le combat d’une intellectuelle pour les arts, et sa vocation face aux régimes autoritaires et censoriaux avant sa déportation. Il rappelle également le talent de poète de Raïssa Bloch, aujourd’hui oubliée du plus grand nombre. Par la correspondance de cette femme de lettres et les recherches de l’auteure, Une femme face à l’histoire transmet, à travers le flot de publication-témoignages sous lequel nous sommes noyés actuellement, le climat politique mêlé au climat culturel de cette première moitié de siècle au sein de l’Europe. La guerre n’était pas seulement celle des territoires mais aussi, pour nombre d’intellectuels, celle de la conservation de leur culture et de ses arts.

« Une femme face à l’histoire », Agnès Graceffa, Editions Belin, 432 pages, 24€

 

Ca peut pas faire de mal, de Guillaume Gallienne

Dans ce quatrième tome de Ça peut pas faire de mal, Guillaume Gallienne choisit de mettre à l’honneur la littérature jeunesse. Si mêler contes pour enfants et livre audio peut en faire fuir plus d’un, ne vous empressez pas de passer à l’article suivant. Il est en effet temps de rendre justice au livre audio qui, lorsque le narrateur est aussi talentueux que Gallienne, nous permet de passer un moment aussi agréable qu’avec n’importe quelle lecture silencieuse. Cette nouvelle édition, adaptée aux plus jeunes comme aux plus grands, est accompagnée de courts prologues qui ne feront pas de mal à ceux qui souhaiteraient recontextualiser ces classiques. Ça peut pas faire de mal permet ainsi de nous replonger dans les aventures du Lion (Joseph Kessel), de Tom Sawyer (Mark Twain), d’Alice aux pays des merveilles et de Vendredi ou la vie sauvage (Michel Tournier). Le réel défi est de ne pas en redemander une fois ces trop courts extraits passés.

« Ca peut pas faire de mal », Guillaume Gallienne, Gallimard/France Inter, 228 pages, 25€

 

Sciences de la vie, de Joy Sorman

Depuis le Moyen-Age, les femme ainées de la famille de Ninon sont touchées par une malédiction : chacune contracte un jour ou l’autre une maladie, sans raison et sans solution. Pour cette adolescente, c’est une maladie de la peau. Mais elle décide de ne pas se laisser abattre par cette maladie. A travers ce refus de la fatalité, c’est un roman d’apprentissage qui s’écrit. L’auteur nous décrit une quête de sens pour cette jeune femme. Ce sont aussi des portraits de femmes écrits avec sensibilité que ce roman raconte, sa mère et ses grands-mères. Roman sensible, ôde à la vie.

« Sciences de la vie », Joy Sorman, Seuil, 272 pages, 18€

 

Mobil Home, de Marion Vernoux

A l’heure de l’inventaire, que reste-t-il de nos souvenirs ? Dans ce roman autobiographique, Marion Vernoux fait l’inventaire de ses meubles. A travers chaque meuble, elle nous raconte un souvenir, comment et quand ce meuble est entré dans sa vie, à quel moment il se situe. Elle nous livre des morceaux de sa vie, de son enfance à celles de ses enfants, de la vie de ses parents à la sienne avec Jacques Audiard. Un récit écrit de façon originale à travers cet inventaire mobilier. A lire comme un carnet de bord, à chaque jour son meuble.

« Mobil Home », Marion Vernoux, Editions de l’Olivier, 256 pages, 17,50€

 

Les Vacances, de Julie Wolkenstein

Les Vacances, comme la Comtesse de Ségur, oui. Ce roman raconte la rencontre entre un jeune thésard en cinéma et une prof spécialiste de la Comtesse autour du film inachevé d’Eric Rohmer, Les Petites Filles Modèles. Il nous raconte l’histoire d’un film oublié et perdu comme une quête impossible entremêlant la vie impossible des deux personnages. Lié par ces recherches et par un attrait pour la Comtesse de Ségur, ce roman est comme une réminiscence de cette œuvre d’enfance.

« Les Vacances », Julie Wolkenstein, P.O.L, 378 pages, 18,90€

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