Alors que les maisons d’édition nous proposent leur sélection pour la rentrée d’hiver 2018, la rédaction d’Untitled Magazine a voulu vous offrir, pendant plusieurs semaines, une rétrospective des livres qu’il ne fallait pas manquer en 2017. Mais surtout, nous avons choisi de mettre l’accent sur les livres qui sont parfois passés inaperçus mais qui méritent tout de même qu’on parle d’eux. Voici la deuxième série de cinq livres.


En compagnie des hommes, de Véronique Tadjo

En 2014, un virus incurable et mortel a mis l’espèce humaine en danger d’extinction. Les malades sous une tente, le docteur en combinaison d’astronaute, l’infirmière sage-femme orpheline, les creuseurs de tombes, les villageois… tous vont confier leur lutte contre les ravages d’Ebola. Veronique Tadjo offre ici la parole à ces hommes et femmes trop souvent rejetés par la société. Mais le roman est avant tout un plaidoyer écologiste. Multiplication des inondations, déforestation, augmentation du nombre de catastrophes naturelles, réchauffement climatique, selon l’auteur c’est une problématique qui devrait être au centre des principales préoccupations…surtout en Afrique.

En compagnie des hommes, Veronique Tadjo, Edition Don Quichotte, 176 pages, 17 euros

 

Trois personnes en forme de poire, de Suzanne Azmayesh

Comme un écho à la pièce si connue d’Erik Satie, ce roman met en scène trois personnages qui prennent la parole à tour de rôle. Emeline, jeune fille perdue dans sa vie qui démissionne de la boîte de conseil dans laquelle elle travaillait pour se lancer dans l’écriture de son premier roman, succède à Théo, star montante du cinéma qui ne laisse aucune adolescente indifférente, qui à son tour laisse la place à Madeleine, actrice en manque de rôle et droguée. Le lecteur suit les aventures parallèles de ces personnages réalistes qui semblent une caricature crue et dure de la jeunesse d’aujourd’hui. Avec son deuxième roman, Suzanne Azmayesh nous propose un style qui permet une critique de la société française, à la Virginie Despentes.

« Trois personnes en forme de poire », Suzanne Azmayesh, Editions l’Age d’homme, 219 pages, 18€

Celle qui fuit et celle qui reste, d’Elena Ferrante

En janvier 2017 sortait le troisième volume de la saga italienne L’Amie prodigieuse, signée Elena Ferrante. Le lecteur y suit les aventures de Lila et Elena, deux amies d’enfance que tout oppose ou presque. Nées dans les quartiers pauvres de Naples au sortir de la guerre, dotées toutes les deux d’une intelligence exceptionnelle, Lila et Elena s’admirent autant qu’elles se déchirent, et l’histoire de leur relation tumultueuse traverse celle de l’Italie des années 1950 à nos jours. Celle qui fuit et celle qui reste s’ouvre à l’aube des événements de mai 68, alors que les élites se laissent tenter par le communisme et que la Camorra étend peu à peu son influence sur Naples.

« Celle qui fuit et celle qui reste », Elena Ferrante, Editions Gallimard, 480 pages, 23 €.

 

Dix manteaux rouges, de Thierry Laget

Cent trente-sept pages, sept nouvelles et un long voyage. Alors que nous nous demandons encore si son narrateur n’est qu’un ou plusieurs, Thierry Laget nous entraîne au fil de romances fugaces et éphémères, intenses mais souvent tragiques. À travers l’histoire vécue avec ces femmes, il fait preuve de virtuosité dans le choix de ses mots. On reste surtout fasciné par ce fil conducteur qu’est le manteau rouge, qui apparaît parfois au moment le plus inattendu, élément inopportun, aussi éphémère qu’un éclair. Parmi ces nouvelles, trois d’entre elles sont particulièrement marquantes : « Au chien qui fume », « La prophétie » et « La terrasse du consul ». Si la profondeur des textes est aléatoire, l’auteur nous berce par des phrases très riches, à la fois imagées et poétiques. De Prague à New York, ce sont avant tout les couleurs du texte qui nous éblouissent, la résonnance des syllabes qui nous frappent.

« Dix manteaux rouges », Thierry Laget, Gallimard, 140 pages, 15€

 

 

Les nouveaux visages du fascisme, de Enzo Traverso

Dans ce livre qui se présente sous la forme d’un entretien avec Régis Meyran, l’historien spécialiste de la politique et des idéologies, Enzo Traverso, revient sur les évolutions des mouvements fascistes. Partant du constat que nous vivons un retour des nationalismes partout en Occident, après une période d’hégémonie de la démocratie libérale et de la globalisation, Enzo Traverso tente d’identifier ce qui tient en effet du fascisme et ce qui est intrinsèquement inédit. Si l’inspiration fasciste telle qu’on l’a connue au XXe siècle est bien présente, il soutient que nous devons plutôt parler de mutation que de résurgence. Avec une analyse fine de l’essor de Daech et du djihadisme en comparaison avec le fascisme, Traverso démontre avec brio qu’une simplification historique et un comparatisme comme calque entre différents phénomènes ne suffit pas. Nous devons analyser le « post-fascisme » pour ce qu’il est, malgré des ressemblances avec le passé, sans chercher à se réfugier dans l’Histoire.

« Les nouveaux visages du fascisme », Enzo Traverso, Editions Textuel, 160 pages, 17€

Lire Les livres que vous avez peut-être manqués en 2017 #1

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