Les Anciennes Odeurs est une pièce de Michel Tremblay, hissée par le pétillant Samuel Charle et le charismatique Yannick Debain. Une pièce qui parle d’amour, de l’amour avec un grand A, de l’amour qui s’inscrit à corps perdu dans la vie. C’est jusqu’en décembre au théâtre du Marais.

Luc est un jeune comédien, il a un rôle de zozoteur dans une série télé. Un rôle qui ne lui convient pas mais qui lui apporte une petite notoriété. Jean-Marc est un éminent professeur de littérature qui s’essaie à l’écriture d’un roman. Sans succès. Ébahi par le talent des autres, il a un véritable don pour les aider à se réaliser. Luc et Jean-Marc ont été amants. Ils sont restés sept ans ensemble et la vie étant ce qu’elle est, ils se sont séparés. Les anciennes odeurs est une pièce sur l’amour et ses différents, sur les incompatibilités et sur les désaccords.

Le couple, ce mot aux sens multiples

Les Anciennes Odeurs raconte l’histoire d’un amour aux définitions opposées. Jean-Marc, le professeur, est un fervent défenseur des relations exclusives, où la fidélité est primordiale. Luc est plus jeune, volage, et éprouve son corps par la multitude d’amants qu’il peut avoir. Cette vision du couple opposée questionne ses définitions, ses aspirations et ses questions d’être. De cette définition perce l’idée d’honnêteté, réflexion qui file tout au long de la pièce. L’honnêteté envers l’autre bien sûr, mais également -et surtout- l’honnêteté envers soi. Comment rester avec une personne et contrer les multiples tentations environnantes ? Luc a décidé de céder à l’appel de ses pulsions corporelles en distinguant l’amour de son expression charnelle, alors que Jean-Marc s’entête à garder pure l’image de la fidélité. Seulement, il a lui aussi ses démons : des aventures spirituelles et platoniques avec ses étudiants dont il adule les talents. Quand y-a-t-il tromperie ? Une véritable question qui reste en suspens. Toujours est-il que les dissonances sont effectives et que les éraflures marquent à vie. Lorsque la définition se fait double, plus moyen de s’entendre et les doux souvenirs n’y font rien.

Seulement une histoire d’amour ?

La pièce entre dans l’intimité de retrouvailles jamais vraiment consommées, mais la conversation se tisse autour d’autres thèmes, comme celui de la figure du père, celui de l’affection et du témoignage paternel. La maladie est également soulevée. Cette tragédie dont on ne peut qu’être spectateur et qui détruit les plus forts d’entre nous. Puis il y a l’idée de cette société qui s’enfonce dans la médiocrité, de cette masse que l’on n’intéresse plus à rien d’autre qu’à des bêtises. Il y a aussi le désir d’être reconnu, celui d’être apprécié pour son talent, pour ses exploits et pour ses actions, celui d’être -publiquement ou non- apprécié pour soi, tout simplement.

Les anciennes odeurs est portée par un couple qui sonne faux, de prime abord. Ils ont une bonne dizaine d’années d’écart et l’on se demande comment ce jeune fou a pu tomber dans les bras du professeur émérite, un peu vieux jeu et érudit. Pourtant, le texte, brillamment porté par les acteurs, nous fait progressivement entrer dans cet amour impossible que l’on a tous connu. Une pièce où l’humour se mêle aux tourments de la vie : une belle catharsis.

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Samuel Charle – Les Anciennes Odeurs, 2016
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Yannick Debain – Les Anciennes Odeurs, 2016


Les anciennes odeurs, de Michel Trembley
Les samedis à 21H30 et les dimanches à 15H, jusqu’en décembre 2016
Théâtre du Marais, 37 rue Volta, 75003 Paris