Méprisée, boudée, la création française se fait bien trop souvent rouler dans la farine. Il est donc grand temps de rendre à César ce qui appartient au cinéma français, et d’admettre qu’il recèle de nombreux petits bijoux. La preuve par mes 30 chouchous.

1 – Amour (2012) de Michael Haneke

Le paroxysme de l’amour, de la tendresse, de la fusion de deux êtres qui, après des dizaines d’années de vie commune, affrontent la dégénérescence physique et l’imminence de la mort. Récit tragique porté par deux acteurs bouleversants qui ont traversé les âges et les chefs d’oeuvre du cinéma, Jean-Louis Trintignant, alors âgé de 82 ans, et Emmanuelle Riva, 85 ans, qui décèdera 5 ans plus tard.

2 – Jeune femme (2017) de Léonor Serraille


Une raison pour aller voir le premier film de Léonor Serraille : Laetitia Dosch, actrice solaire, qui incarne ici une jeune fille un peu fêlée et très humaine qui envoie tout valser et vagabonde dans un Paris moderne où tout le monde semble aussi seul qu’elle. Au fil de ses rencontres plus improbables les unes que les autres et grâce à sa démence un peu magique, elle parvient à recréer un peu de chaleur dans un univers si froidement réglé.

 

3 – Réparer les vivants (2016) de Katell Quillévéré

Un adolescent part surfer avec ses amis. Un accident, il meurt. Mais son cœur vit encore. Les parents dévastés consentent à le greffer à un malade. De l’autre côté, une femme, mère de deux garçons, a besoin d’une opération au plus vite. D’un trajet médical décrit avec précision, Katell Quillévéré parvient à tirer un film intense et émouvant, où l’on se bat pour ceux qui vivent encore à la mémoire de ceux qui sont partis.

 

4 – Holy Motors (2012) de Leos Carax

Aussi attendu qu’acclamé, Holy Motors marque le retour de Leos Carax 13 ans après son dernier long métrage. De quoi parle-t-il ? De son auteur bien sûr, qui au début du film entre en pyjama dans un théâtre et nous ouvre la porte de son imaginaire. Puis d’un homme aux milles visages, incarné par Denis Lavant, qui sillonne la ville dans sa limousine-loge pour incarner tour à tour une mendiante, un père de famille, un assassin, un homme sur son lit de mort… A chaque « rendez-vous », Monsieur Oscar traverse les couches de réalité sans autre but apparent qu’offrir un hommage à l’illusion et au cinéma.

 

5 – En guerre (2018) de Stéphane Brizé

Caméra au poing pour Stéphane Brizé, poing levé pour Vincent Lindon, qui joue un leader syndicaliste opposé à la fermeture de l’usine où il travaille. Seul acteur professionnel, Lindon / Laurent Amédé mène la révolte avec rage et ne laisse pas une seconde de répit, ni au spectateur, ni aux dirigeants de l’entreprise. Tout y est, même BFM TV qui abandonne les syndicalistes à leur solitude une fois les images choc capturées. Un film qui fait vibrer de la première à la dernière scène.

 

6 – Vilaine fille mauvais garçon (2011) de Justine Triet

30 minutes de rigolade et de loufoquerie pour cette comédie avec (encore elle !) Laetitia Dosch, qui rencontre à une soirée arrosée un jeune peintre fauché. Mais ils font tout dans le désordre et Laetitia se retrouve chez Thomas, qui – oups – vit avec son père et son grand-père, Dédé et Serge, dans un petit appartement fait de bric-à-brac. Cette nuit-là, les amants n’ont pas pu faire leur affaire mais chacun connait déjà les casseroles de l’autre. L’occasion pour Justine Triet de parler de sujets lourds avec une légèreté absolue.

 

7 – Les Misérables (2019) de Ladj Ly 

Plus besoin de présenter ce film de Ladj Ly qui a pour théâtre le quartier de Clichy-Montfermeil, où le réalisateur a grandi et où ont éclaté les émeutes de 2005. Il paraît que Les Misérables est le premier volet d’une trilogie sur la banlieue, il ne nous reste donc plus qu’à attendre patiemment la suite !

 

8 –  L’Inconnu du lac (2013) de Alain Guiraudie 

Le soleil d’été réchauffe paisiblement les corps alanguis d’une petite plage gay. Le naturisme annonce la couleur : les relations seront simples et sans politesse superflue. Mais l’équilibre est brisé lorsqu’un baigneur noie son amant à la tombée de la nuit. Un enquêteur dépêché pour l’affaire et un hétérosexuel venu prendre l’air dans le coin brisent le huis clos et réveillent les suspicions ; petit à petit, la microsociété se délite.

 

9 –  120 battements par minute (2017) de Robin Campillo 

Dans les années 90 en France, l’épidémie de SIDA est à son apogée et la médecine n’a aucune solution. L’association Act’Up organise alors des interventions coup de poing pour alerter sur le virus. Mais loin de l’atmosphère funeste qu’on imaginerait, les militants célèbrent la vie sur fond de musique électro et de paillettes. On fait la fête, on tombe amoureux, et les relations prennent d’emblée une direction puissante et tragique. Nathan s’éprend à peine de Sean qu’il doit déjà l’accompagner dans ses derniers jours…

10 – Divines (2016) de Houda Benyamina

Explosif, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier le film de Houda Benyamina récompensé par la Caméra d’or au Festival de Cannes en 2016. Aussi explosif que ses deux héroïnes, deux copines inséparables qui veulent profiter de la vie même si elles sont nées sous les pires auspices : un bidonville crasseux, quelque part autour de Paris. Ambitieux, Divines l’est aussi, dans sa manière de réinventer le sujet social lourdaud des banlieues. Et ce dès la première séquence, tournée en selfie à l’iPhone sur un fond de Vivaldi.

11 – J’ai perdu mon corps (2019) de Jérémy Clapin

12 – Jusqu’à la garde (2018) de Xavier Legrand

13 – La guerre est déclarée (2011) de Valérie Donzelli 

14 –  Braquer Poitiers (2019) de Claude Schmitz

15 – Ma Loute (2016) de Bruno Dumont

16 – Ma vie de Courgette (2016) de Claude Barras

17 – 9 mois ferme (2013) de Albert Dupontel avec Albert Dupontel

18 – Visages, villages (2017) de JR et Agnès Varda

19 – Love (2015) de Gaspar Noé

20 – Les Garçons Sauvages (2018) de Bertrand Mandico

20 – D’un Château, l’autre (2018) de Emmanuel Marre 

21 – Gainsbourg (vie Héroïque) (2010) de Joann Sfar

22 – Le Chant d’Ahmed (2019) de Foued Mansour 

23 – Ni le Ciel ni la terre (2015) de Clément Cogitore

24 – Victoria (2016) de Justine Triet

25 – Les Garçons et Guillaume, à table ! (2013) de Guillaume Gallienne

26 – Les Ogres (2016) de Léa Fehner

27 – The Artist (2011) de Michel Hazanavicius

28 – Chambre 212 (2019) de Christophe Honoré

29 – Enter the Void (2010) de Gaspar Noé

30 – Grave (2017) de Julia Ducournau