Avec Le temps des grêlons, Olivier Mak-Bouchard nous emmène de nouveau dans le Luberon, aux côtés d’enfants qui doivent vivre dans un monde où les humains n’apparaissent plus dans nos écrans.

Le narrateur est un adolescent rêveur, qui aime passer du temps avec ses amis Jean-Jean, un garçon dont tout le monde se moque pour son léger surpoids, et Gwendo, fille de Londoniens venus chercher le calme en Provence. Il vit avec sa mère, qui tient une boutique de photo, et son chat à un oeil Kodak. Un jour, alors qu’ils sont en sortie scolaires, les enfants s’aperçoivent que les appareils photo semblent supprimer la présence des humains sur leurs clichés… Et le phénomène n’est pas limité au sud de la France : le monde entier est touché, et rapidement il en va de même pour les vidéos.

Ode à l’enfance

De sa plume emplie de douceur et de calme, Olivier Mak-Bouchard nous décrit la vie de ce jeune garçon, qui a des difficultés à se concentrer et dont les autres enfants – qu’il appelle « Eléments Perturbateurs » se moquent. Il grandit avec sa mère, qui travaille beaucoup pour permettre à la petite famille de se maintenir à flot, après la disparition du père et dans un monde où le numérique prend le pas. On imagine ainsi sans mal le choc que crée la disparition des humains des clichés photographiques pour nos deux personnages, qu’ils suivent surtout au journal télévisé de Jacques Mansarde !

« Ce soir-là, Jacques Mansarde s’est mis à parler d’un truc incroyable, j’arrêtais pas de l’écouter, si bien qu’à la fin ma Floraline c’était du bêton armé. Il disait qu’aujourd’hui tous les appareils photo s’étaient arrêtés de marcher. Pas que chez nous, mais partout dans le monde : chez les Chinois, chez les Américains aussi, les appareils photo ne marchaient plus. Les gens se prenaient en photo mais ils n’apparaissaient plus dessous.« 

Le narrateur nous raconte toutes les suppositions faites par les adultes – qu’il appelle les « Grands » – pour expliquer ce phénomène, avec la distance que mettent les enfants face à la réalité, tout en la vivant intensément. Les portraits dessinés remplacent les photos d’identité, en raison d’un trop plein du Nuage qui ne pourrait plus accepter de nouvelles données. Et nous continuons à suivre l’évolution de ce garçon qui passe au lycée tout en refusant de grandir dans un monde où nous n’apparaissons plus.

Fable politique à l’imaginaire provençal

Bien que ce roman semble être une fable racontée par un enfant rêveur, il est impossible de passer à côté de la portée politique d’un tel récit : un monde où les humains auraient tellement saturé l’espace que leur présence serait refusée. Bien que le mode de récit adoucisse quelque peu la réalité, nous ne pouvons que nous interroger sur la portée de nos actes, sur les menaces que nos actions font peser sur l’humanité et la planète. Parce qu’à l’époque que nous traversons, nous n’avons aucun mal à imaginer comment une telle situation peut être facilement récupérée par des partis politiques qui n’oeuvrent pas pour le bien de tous. Alors que se passera-t-il pour le narrateur et ses amis Jean-Jean et Gwendo quand le Nuage commencera à recracher les données qu’il ne peut plus stocker ?

« Là, ce que le nuage relâche, ce n’est pas des 0 et des 1, du binaire. C’est autre chose, un langage qui n’a ni queue ni tête, de la data d’un nouveau type, qui s’échappe du Nuage au milieu du reste en petits paquets. Des micro-averses qui tombent, qui sont vectorisés; non, le Nuage nous crache dessus des micro-averses de data sauvage.« 

Fable politique plaçant l’amitié et l’imaginaire au centre, Le temps des grêlons confirme le talent d’Olivier Mak-Bouchard qui nous avait transporté avec son premier roman Le Dit du Mistral. Empli de douceur et de fantastique, cette fable nous met toutefois en garde contre nos propres actions sur notre environnement, et les conséquences dévastatrices pour un garçon qui reste rêveur.

« Le temps des grêlons », Olivier Mak-Bouchard, Editions Le Tripode, 352 pages, 19€

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