Si le travail de Marquise dépasse la rue et gagne aujourd’hui les murs des galeries d’art, comme au cabinet d’amateur jusqu’au 14 mars, c’est sans doute parce que ses œuvres font résonner une corde sensible, une corde que certains croient avoir oublié : celle de l’enfance qui contient l’espoir et le rêve. Cette part de l’humain est ici ravivée peut-être parce que l’artiste use de collages qui est une pratique associée à des souvenirs de découpe dans les magazines parentaux. C’est d’ailleurs ainsi que Marquise à commencer, jusqu’à sublimer le collage en art.

Des histoires universelles

Marquise pratique l’art du collage à partir de clichés qu’elle a elle-même photographié. Ses modèles sont tantôt des proches, tantôt des inconnus dont elle a su saisir un instant de vie. Ainsi, au moment de prendre les clichés, elle n’a pas toujours une idée de l’histoire, du collage, qui va suivre la séance photo. En effet, presque chaque collage raconte un conte revisité ou inventé, l’imaginaire dépassant l’image figée.
La notion de conte est très importante dans le travail de Marquise à cause de la part de rêve que le terme suggère. D’abord l’artiste cherche à faire rêver le regardeur par lui-même avant de lui livrer les clés de l’histoire qu’elle a élaborée. D’ailleurs, dans ses œuvres, les enfants sont souvent mis en scène dans leurs jeux, démontrant par là le pouvoir de l’imagination qu’il ne faut pas sous-estimer.

Marquise, Garder le Cap, 2021 – Photographies et collage sur carton. Format 30 x 40 cm

Ces histoires ont en commun l’onirisme de leur univers. Des univers où l’enfance est présente, ainsi que l’espoir. Dans cette planète qui court à sa perte, ici, pas d’alarmisme mais de l’optimisme et le pouvoir de créer un « vivre ensemble » en mettant en scène les héritiers – les enfants – les hommes, les femmes, issus de toutes cultures, dans un monde empli de poésie, de diversité et, surtout, de nature qui est tant propice à la contemplation et au vagabondage de l’esprit.

L’exposition propose ainsi 20 histoires originales de l’artiste. Il y a, par exemple, Garder le Cap dont le modèle fait voguer des bateaux sur le lac artificiel du jardin du Luxembourg. Au moment où elle lui a demandé de prendre cette pause de vainqueur, Marquise savait ce qu’elle souhaitait raconter. Ce tableau est une histoire de confiance en soi : il faut rester optimiste, ne pas perdre de vue ses objectifs malgré la tempête déchaînée, malgré le bateau en papier – arcane de l’enfance – qui semble fragile face au déchainement de la mer.

Dans sa volonté où chacun peut s’identifier, exprimer ses rêves et ses envies, en jetant un coup d’œil à ses œuvres, qu’elles soient exposées dans la rue où sur le mur d’un white-cube, elle prend toujours soin de ne pas immortaliser les visages. Ces photographies ne racontent pas seulement un modèle, elles racontent le regardeur et ce que son esprit a choisi de créer.

Vivre ensemble, dans un monde imaginaire et dans celui-ci

Marquise, Solitary Twos, 2021 – Photographies et collage sur bois. Format 30 x 40 cm

Dans cette volonté de communion, de réunion par le biais du rêve, Marquise met volontiers en avant des cultures non-occidentales. Ayant beaucoup voyagé – et vécu à l’étranger – dans son enfance, elle s’est imprégnée de la richesse de la diversité. Avec Solitary Twos elle fait découvrir le jeu africain l’Awalé. Un jeu qui se joue avec des billes ou des graines et qui comportent six cases qui sont en fait des trous, le but étant de récolter les billes.

Le support de cette œuvre est le bois, comme certaines autres, éparses, dans l’exposition. Le bois est travaillé pour que le collage y adhère. Mais surtout, il rappelle le regard de l’artiste, résolument tourné vers l’extérieur puisque, tout d’abord, Marquise est une street-artist qui invite tous les passants à rêver dans la grisaille parisienne, et ailleurs ! Aussi, la manipulation du bois rappelle la nature, la conscience écologique, plus nécessaire que jamais.

Street art et œuvre unique

Ainsi, à chaque collage son histoire. Et si un collage peut être reproduit comme Le Départ, ce n’est jamais réellement la même œuvre qui est offerte aux regards. Selon le support, selon si c’est un tableau ou un collage sauvage, la composition sera forcément nouvelle. Ainsi, si la photo originale est la même, jamais retouchée numériquement, car la manipulation de la matière est essentielle dans le travail de l’artiste, la composition, quant à elle, peut varier. Le même rêve, la même histoire, est alors amené de manière différente, créant ainsi une œuvre unique et plurielle.

Ces œuvres uniques demeurent aussi multiples dans la volonté de l’artiste à laisser le regardeur projeter son propre univers onirique.
Si on souhaite faire entrer plus de poésie encore dans cette exposition, on peut voir dans ce funambulisme entre la reproduction et l’œuvre unique un parallèle entre « le rêve éveillé » de la Marquise (titre de l’exposition) et le Rêve Éveillé de Verlaine : « Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même / Ni tout à fait une autre […] »

« Marquise – le rêve éveillé. »
Jusqu’au 14 mars
Le cabinet d’amateur
12 rue de la Forge Royale
75011 Paris

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