Jusqu’au 4 décembre, la Galerie Rouge réunit trois grands photographes du XXème siècle, Manuel Álvarez Bravo, Sandra Eleta et Colette Urbatjel, dans l’exposition « Le réel merveilleux. » Une visite sur deux étages au cœur de Paris, pour une exposition de noir et de blanc, laissant une grande place à l’imaginaire tout en célébrant le quotidien.

Des grands noms de l’Amérique du Sud

Les œuvres de ces artistes mexicains et panaméens témoignent de la vie quotidienne de leurs pays ; rendant ainsi compte de leurs rites et de leurs coutumes, d’une simplicité d’existence magnifiée loin de l’image que l’Occident peut en avoir aujourd’hui. Au cœur de leur travail : l’ordinaire en délicatesse, des instants intimes, une forme de solitude poétique. Réunis dans cette exposition, il l’ont été également dans la vie à plusieurs occasions : appartenant alors aux même groupe de photographes d’Amérique latine. Dans l’exposition, on trouvera également des portrait de Frida Khalo réalisés par Manuel Álvarez Bravo. Si l’un d’entre eux découvre la grande dame dans une de ses mises en scène connue, une autre, où elle presque méconnaissable dans sa simplicité, mélancolique, démontre bien toute la préciosité de témoigner de l’instant de paix, de tous les jours.

Vue de l’exposition. (c) Photo : Matthew Avignone

Le réalisme magique : d’abord un mouvement littéraire

Gabriel Garcia Marquez, Isabel Allende, Laura Esquivel sont des auteurs sud-américains qui ne vous sont sans doute pas inconnus ; ce sont des grands noms du mouvement littéraire appelé le « réalisme magique ».
Contrairement au fantastique, à la fantasy, ou tout autre mouvement de l’imaginaire, le merveilleux du réalisme magique prend part à la vie quotidienne des personnages dans leurs détails. C’est un merveilleux presque probable, dans le sens où il est admis en tant que réalité dans les romans, et que le lecteur est en droit de se demander si cette jeune fille silencieuse ou si cette tante un peu folle n’ont pas réellement une capacité à lire l’avenir, à voir des choses qui ne sont pas vraiment-là.
Généralement, ces romans sont ancrés dans la réalité d’un pays, avec son Histoire bien réelle, ses mœurs et ses coutumes. Justement, le roman prend souvent place dans des pays non-occidentaux où nature et culture sont moins cloisonnées que dans notre société. C’est donc dans cette frontière poreuse que la spiritualité a la possibilité de s’installer.

Vue de l’exposition. (c) Photo : Matthew Avignone

Ainsi, c’est un merveilleux de petits riens, de détails : un enfant, par exemple, persuadé de communiquer avec sa mère décédée. Le roman part du postulat que cela arrive réellement et en découleront des péripéties. Cela n’en demeure pas moins réaliste pour un lecteur pragmatique qui pourra toujours songer que ce n’est qu’un impact psychologique et cela n’en dérangera en rien sa lecture.

Le merveilleux photographié

Dans l’exposition « Le réel merveilleux » dont nous parlons, il est possible de s’interroger sur la manière de capturer l’insaisissable, le magique, sans manipulations photographiques ou numériques. Justement, dans ces petits riens, ces détails presque insignifiants, quelque peu incroyables, qui offrent toute la dimension poétique à une image.

Vue de l’exposition. (c) Photo : Matthew Avignone

L’étrange se cache, mais quand on le cherche on peut le trouver dans la mélancolie des regards, dans les objets imparfaits, dans la solitude des personnages, dans le silence que laisse apparaître la quiétude, la langueur, dans la langueur d’une nudité semi-dévoilée et accentuant la part de mystère des images.

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« Le réel merveilleux »
Jusqu’au 4 décembre
Galerie Rouge
3 rue du Pont Louis-Philippe, 75004 Paris
Du mercredi au samedi de 11h à 19h
Entrée libre