Retour au reportage autobiographique. Dix ans après l’accident de Fukushima et juste avant l’annonce tonitruante de la relance du nucléaire français par Emmanuel Macron, Davodeau publie son journal d’une marche à travers cette France si nucléarisée : Le Droit du sol, en librairie.

800, voilà le nombre de kilomètres qui séparent les grottes de Pech Merle dans le Lot à Bure dans la Meuse. Reporté sur une carte, le tracé dessine la fameuse « diagonale du vide » comme l’appellent certain.e.s géographes. Mais peut-on réellement considérer un espace terrestre comme désertique ?

Au-delà d’une diagonale, les deux points qui forment ce périple, de Pech Merle à Bure, constituent une histoire des traces humaines sur Terre. D’un côté, cette grotte préhistorique ornée de peintures rupestres et de l’autre, ce site d’enfouissement de déchets nucléaires, en cours de construction. Et Davodeau qui se situe avec ses lecteur.rice.s, entre les deux. Une question simple mais lourde de responsabilités initie ce parcours : qu’allons-nous laisser, nous humains du XXIème siècle, après ces mammouths et autres animaux figurés par nos aïeux homo sapiens ? Des bandes-dessinées, certes, mais également des déchets nucléaires dont la longévité dépasse de loin le temps humain. C’est avec ce futur menaçant que se parcourent les premières pages d’un présent soucieux.

Pour autant, il ne s’agit pas pour Davodeau d’être militant et de forcer ses lecteur.rice.s à partager ses vues. Au contraire, c’est en se mettant en scène dans une recherche autobiographique qu’il propose humblement de se pencher sur ce sujet aux incommensurables responsabilités politico-sociales. Et puisque ce projet d’enfouissement des déchets nucléaires touche à tout ce qui se fait de vivant, il n’est pas incongru de s’intéresser autant à la vie des sols, qu’à la marche et les efforts qu’elle occasionne sur le corps, autant aux paysages, qu’à l’énergie radioactive qui alimente villes et maisons, autant aux habitant.e.s de Bure, qu’aux militant.e.s écologistes venu.e.s occuper le bois Lejuc.

Voilà qu’au milieu de pages croquant la diversité des panoramas français dans un noir et blanc vaporeux rappelant la technique des aquarelles, Davodeau convie des hommes et femmes tou.tes impacté.e.s avec des approches différentes par le projet d’enfouissement. Fruits de rencontres effectuées avant le début de son périple, l’auteur a eu l’expressive idée de leur faire partager un bout de chemin à ses côtés. Comme la personnification d’idées exprimées par la marche, un paléontologue, un agronome, un ex-ingénieur, un ancien conseiller municipal, une sémiologue, une conservatrice et un militant écologique, se retrouvent sur un G.R. à converser avec l’auteur.

Loin de tout ton professoral et d’une sombre apathie, plus le.la lecteur.rice arpente les pages, plus ce journal d’une prise de conscience individuelle se transforme en un outil pédagogique riche en stimulations intellectuelles et sensibles. Libre ensuite à chacun.e d’en tirer ses conclusions, mais difficile, après la lecture du Droit du sol, de continuer de penser que le nucléaire et ses déchets ne sont qu’un sujet annexe à laisser aux mains de spécialistes.

Futuropolis/France Inter

« Le Droit du sol », Étienne Davodeau, Éditions Futuropolis, 2021, 216 pages, 25 euros