Ah ces monstres blancs qu’il est difficile de dompter… l’endroit le moins chaleureux du monde est là, à Paris, dans ces grandes étendues lacunaires où est exposé l’art en train de se faire. A défaut d’avoir le remède qui vous désinhibera et qui fera envoler vos peurs et vos appréhensions, on vous fait un petit point tout doux.

L’histoire des galeries, ou l’émergence d’un marché de l’art

Le fait d’amasser des objets pour les garder précieusement, voir pour les exposer, est attesté dès la préhistoire. A l’époque Hellenistique, ces rassemblements sont rendus officiels : certains propriétaires cherchent à collecter des objets singuliers et un marché se met en place. C’est au Vème siècle que sont crées les premières pinacothèques (du latin pinacotheca « salle qui contient une collection de tableaux »), espaces proches de l’entrée où étaient exposées des peintures. Du XIIIème au XVème siècle, l’artiste est considéré comme un artisan, il est un travailleur manuel loin du maniement de l’esprit. A la Renaissance, la figure de l’artiste se rapproche de celle de l’inventeur et savoir-faire et idée de l’œuvre s’associent. Valorisant le travail de ceux qui créent et font, les mécènes commencent à soutenir des travaux artistiques. La relation se fait par commande directement de l’artiste au mécène. La commercialisation de l’art prend de l’importance et le marché de l’art commence doucement à se construire.

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Botticelli, La naissance de Venus, 1482-86.

Ces marchants d’art qui ont fait l’histoire

C’est majoritairement au XIXème siècle, avec l’émancipation des arts et l’émergence des impressionnistes que les marchants d’art font leur place sur l’échiquier artistique. C’est eux qui promeuvent de nouveaux courants et qui permettent aux créateurs de vivre de leur art. Théodore Duret a permis au japonais de découvrir les réalistes et les impressionnistes, Paul Durand Ruel leur a offert le marché américain, Ambroise Vollard a permis aux avant-garde de diffuser leurs créations (c’est notamment à lui que Picasso doit son succès)…

Les marchants d’art chassaient les têtes des artistes qui feraient l’Histoire de demain. Ils comprirent bien avant tout le monde, qu’offrir la possibilité d’une collection contemporaine revenait à offrir au futur collectionneur le statut d’intellectuel, d’esthète et de visionnaire. Le marchand d’art était itinérant, il allait dénicher, fouiner. Il entendait parler d’un artiste, visitait son atelier et s’il était séduit, le mettait en contact avec des acheteurs. Aujourd’hui les marchands d’art se sont enfermés dans des murs blancs et s’ils sont toujours (pour la plupart) des amoureux d’art, ils sont avant tout de féroces négoces et financiers.

G : Théo Edouard Manet, The yorck project - C: Portrait d'Ambroise Vollard, Paul Cézanne, 1899, Musée de la ville des Beaux-Art de la Ville de Paris - D :
G : Théo Edouard Manet, The yorck project – C: Portrait d’Ambroise Vollard, Paul Cézanne, 1899, Musée de la ville des Beaux-Art de la Ville de Paris – D : Auguste Renoir, Durand-Ruel (1910), Archives Durand-Ruel.

Un monde de l’art mondialisé

Si les galeries étaient principalement l’affaire de grands pôles bien distincts, il faut marquer que l’ère est aujourd’hui à une mondialisation plus franche. Paris, Milan, New York, Bâle, Londres, Venise, Berlin, Los Angeles, Hong Kong et Bruxelles restent bien les points d’ancrage d’un art en train de se faire, mais il faut noter la multiplication constante de lieux qui offrent des propositions culturelles. Foires, biennales, et espaces dédiés à l’art contemporain fleurissent aux quatre coins du monde. L’art devient volatil, indépendant et ne s’attache plus à des représentations locales. Les galeries ouvrent alors plusieurs espaces, s’affirmant comme chaînes luxueuses d’un bien hors d’atteinte. L’art devient un produit mondial : Larry Gagosian détient dix sept galeries placées stratégiquement d’Athènes à Hong-Kong. Les artistes font des expositions partout, et s’établissent dans plusieurs villes. L’art contemporain dépasse aussi bien les frontières que les médiums. Il vient agir sur la mode, sur le design, dans les rues, au théâtre. Il prend place dans les mairies, dans les cabinets d’avocats, dans la publicité et dans tous les moyens de communication.

Il existe deux types de marchés où se répartissent les galeries d’art : le premier marché qui offre la vente d’œuvres inédites (qui n’ont jamais été achetées) et un second marché qui propose de la revente. Les négoces/collectionneurs, s’ils n’achètent pas pour leur plaisir personnel mais pour la revente, investissent dans des œuvres pour pouvoir remettre leur achats sur le marché, espérant qu’elles aient pris de la valeurs (oui c’est exactement le même principe que les actions et la finances et tout le truc un peu glauque du Loup de Wall Street).

Aujourd’hui, l’art mainstream, celui-là même qui a fait de l’Europe le centre névralgique du monde de l’art, se déplace vers l’est. L’Asie émerge.

Pour l’amour de Dieu, Damien Hirst, 2007
G : Pour l’amour de Dieu, Damien Hirst, 2007 – D : Le Jour ni l’Heure 4489 Cy Twombly, 1928,2011, dét. 1982, collection Lambert, hôtel de Caumont, Avignon – Artistes de la galerie Gagosian

Parce que les galeries d’art sont un moyen incroyable d’aller se frotter à l’art (gratuitement), voilà une petite sélection parisienne :

Les incontournables :

Exemple parfait d’endroits où l’on se sent comme un poux sur la tête d’un chauve, ces galeries sont pourtant indispensables à la culture du parisien. Elles regorgent d’œuvres dans l’air du temps (comprendre « qui coûtent un bras ») et représentent les artistes les plus en vogues.

Galerie Thaddaeus Ropac, 7 rue Debelleyme, Paris, 3e, Du mardi au samedi de 10h à 19h : deux espaces à Paris (dans le marais et à Pantin) et une joute permanente entre art moderne et art contemporain. On y retrouve des artistes comme Georg Baselitz, Tony Cragg, Gilbert & Georges, Liza Lou, Andy Warhol, Banks Violette, Yan Pei-Ming…

Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg, Paris 4e, du lundi au samedi de 10H à 19H : Ancien maître à Paris, Daniel Templon, même s’il ne s’est pas véritablement exporté à l’étranger, reste un grand marchand d’art. Ses artistes sont mondialement connus et la qualité de ses expositions est incontestable. On peut y voir Jean-Michel Alberola, César, Pierre et Gilles, David LaChapelle, Jan Fabre, Oda Jaune… La galerie fête ses 50 as cette année !

Galerie Emmanuel Perrotin, 76 rue de Turenne, Paris 3e, du mardi au samedi de 11H à 19H: L’art présenté ici pourrait être moins lisse, plus subversif mais toujours extrêmement intelligent. La majorité des artistes appartiennent à l’hyper actuel : JR, Wim Delvoye, Laurent Grasso, Jesper Just, Takashi Murakami…

Mais aussi Larry Gagosian, Marian Goodman, Chantal Crousel, Nathalie Obadia, Kamel Mennour...

PicMonkey Collage
G : Anthony Gormley, Breathing room, galerie Ropac, Paris, France, 2006 – D : Galerie Daniel Templon

Les montantes

Galeries empruntant le chemin de leurs consœurs, ces galeries montent en puissances en même temps que les artistes qu’elles défendent se font une place sur le marché de l’art. On retrouve notamment la galerie Lovenbruck, la galerie Karsten Greve, Air de Paris, ArtConcept, la galerie Eva Hober, Jousse Entreprise, Laurent Godin

Gaelrie Loevenbruck Atelier du pont
Gaelrie Loevenbruck © Atelier du pont

Les atypiques

Paris regorge de petits lieux atypiques où l’art est passionnés et passionnant. Craintes du jugement et peurs d’entrer, envolez-vous ! Il n’est ici question que d’engagement et d’artistes émergents. Chacun y a son style et toujours le bonheur de la découverte.

La galerie Da-End, 17 rue Guénégaud Paris 6e : Nichée en haut de quelques marches, la galerie Da-End propose un univers mystérieux et soutient des artistes incroyablement talentueux. Âmes sensibles s’abstenir.

La galerie Charlot, 47 rue Charlot, Paris 3e: Ici on parle innovation. Les artistes présentés ont toujours cherché à pousser les moyens de représentation et s’inscrivent pour la plupart dans une veine de néo-avantgardistes.

La galerie Polka, 12 rue Saint Gilles, Paris 3e : Galerie spécialisée en photographie, la galerie Polka propose des clichés à l’engagement esthétique avéré. C’est doux, dérangeants ou nécessaire mais toujours juste.

Mais il y a aussi la Galerie Derouillon, Under construction gallery, Galerie Fatiha Selam, la galerie des filles du calvaire, la galerie mobile camera club (où il n’y a que des clichés pris par smartphone)…

Vue Galerie Da End exposition Celine Guichard
Vue Galerie Da End exposition Celine Guichard

Si tu as loupé les épisodes précédents, c’est le moment de te rattraper : 
Le dessous des institutions • Episode 1 : Les Fondations d’entreprise
Le dessous des institutions • Episode 2 : Les Festivals

Le dessous des institutions • Episode 3 : Les Petits Musées
Le dessous des institutions • Episode 4 : Les galeries itinérantes