Il est parfois difficile de faire le tri parmi les presque 600 ouvrages qui sortent à chaque rentrée littéraire, et il est surtout trop cher de tous les acheter en grand format. Alors, pour celles et ceux qui sont patient.e.s, voici quelques livres de la rentrée littéraire de l’année dernière qui sont désormais disponibles en poche !

Trancher, Amélie Cordonnier

Amour violent mais pourtant passionnel, c’est ce que décrit Amélie Cordonnier dans ce premier roman. L’histoire d’un couple à première vue ordinaire mais qui cache bien des secrets. Ecrit à la deuxième personne, Amélie Cordonnier nous plonge dans le quotidien meurtri de cette femme qui fait face aux insultes répétées de son mari. Mais que cela signifie t’il vraiment ? Elle qui le pensait guéri, qu’est ce qu’il se passe vraiment dans le tête d’Aurélien ?

Un court roman, sur les mots et sur la maladie, assez frontal et réussi.

« Trancher », Amélie Cordonnier, Editions J’ai Lu, 160 pages, 6,50€

Les loyautés, Dephine de Vigan

Avec Les loyautés, Delphine de Vigan signe un roman à quatre voix, avec deux adultes et deux enfants. Il y a d’abord Hélène, la professeur, abimée par son enfance, et soucieuse du comportement de Théo, s’inquiétant jusqu’à l’obsession. De l’autre, il y a Cécile, la mère de Matthis, qui s’interroge sans cesse sur sa vie, son couple, sa relation avec son mari tandis que les souffrances de son enfance et les séquelles de son père alcoolique refont surface. Aux côtés des adultes, il y a les enfants : Théo qui est en garde alternée, tantôt chez son père en pleine déchéance et de pauvreté, tantôt chez sa mère, aveuglée par sa haine contre son ancien mari, et puis Matthis, lui, l’ami fidèle, loyal qui sera toujours là pour Théo.

Au fil des pages, l’angoisse monte. En tension constante, la gorge nouée, on suit fébrilement ces personnages, en s’attendant au pire. Ce livre remue, évoque la maltraitance psychologique, les dégâts que peuvent provoquer un divorce et les attitudes des adultes, qui ont souvent de très grandes conséquences sur les enfants. Un beau roman qui nous questionne, qui pose la question de la loyauté.

« Les loyautés », Delphine de Vigan, Editions Livre de poche, 192 pages, 7,20€ 

Les heures rouges, Leni Zumas

Aux Etats-Unis, dans un avenir proche, les femmes ne peuvent plus avorter, ni avoir recours à une FIV. Elles sont même mises en prison et exécutées pour ces crimes, ou pour avoir aidé à les commettre. Dans un petit village de l’Oregon, quatre femmes vivent, solitaires, des expériences différentes qui les lieront à jamais. Une biographe, une épouse, une fille et une guérisseuse connaîtront les moments les plus difficiles de leur vie, tous liés à leur statut de femmes et à ces libertés qu’on leur a enlevé. La vie de l’exploratrice islandaise Eivor Minervudottir en filigrane dans tout le texte, rappelle combien il est facile de revenir en arrière et combien les droits ne sont jamais garantis.

Alors qu’on suit Ro qui essaye à tout prix d’avoir un enfant, Susan qui n’en peut plus des siens et d’un mari qui ne l’aide pas, Mattie qui découvre la sexualité et ses conséquences et Gin qui vit isolée et fait tout pour aider les femmes qui la consultent, on s’attache à ces quatre femmes qui se débattent pour exister. Elles sont toutes des résistantes, elles n’acceptent plus ce qu’on leur impose, et leur vie en sera bouleversée. Un très beau premier roman, qui nous rappelle qu’il ne faut jamais cesser de se battre pour ce qui nous revient.

« Les heures rouges », Leni Zumas, Editions 10/18, 456 pages, 8,80€

L’Eté des quatre rois, Camille Pascal

Entre juillet et août 1830, la France connut deux mois historiques avec la succession de quatre rois sur le trône : Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis-Philippe.

Tout commence avec Charles X. Son règne tombe à l’eau, son impopularité est grandissante et ses ordonnances rejetées. Avec ces fameuses ordonnances publiées, il finira par limiter la liberté de la presse, dissoudre la chambre des députés tout en oubliant judicieusement la Charte Constitutionnelle. Consternée, la population de Paris sortira dans la rue, ce sont ce qu’on appellera plus tard, « les trois glorieuses ». Un événement qui prendra fin avec le Duc d’Orléans, d’abord lieutenant général du royaume quelques jours, puis son avènement en tant que roi.

Avec précision, l’auteur nous fait partager les nombreux événements qui ont ponctué la France mais surtout le tout Paris. On croise les personnages mythiques de l’époque comme Hugo, Stendhal, Dumas, Lafayette, Thiers, Châteaubriand, Madame Royale ou encore la duchesse de Berry, avec qui on assiste à l’effondrement d’un monde.

Un livre passionnant dans lequel Camille Pascal nous plonge en pleine révolution de 1830, des « trois glorieuses » à la monarchie de Juillet.

« L’Eté des quatre rois », Camille Pascal, Editions Pocket, 752 pages, 10€

La Révolte, Clara Dupont-Monod

Aliénor d’Aquitaine fut très longtemps considérée comme maléfique. On la traita de putain, de maîtresse de son oncle et de son sorcière, elle s’en moquait. Elle épousa en première noce le fragile Louis VII, le trompa et décida de faire annuler leurs noces avant de tomber dans les bras de Henri II Plantagenêt, futur roi d’Angleterre.

En 1173, Aliénor d’Aquitaine entraîne trois de ses enfants à la rébellion contre son époux, le roi d’Angleterre. Henri le Jeune, Geoffroy et Richard obéissent, sans la moindre inquiétude. Guidé par la voix de son fils, le troisième qu’elle a eu de Plantagenêt, Richard Coeur de Lion, on voyage à travers les épisodes guerriers. Entre héritage, fidélité, colère, vengeance, trahison, et humiliation, on vibre au gré des rivalités familiales, des réconciliations  et des combats, que fils et rois ne cessent de déclarer. La Révolte est un roman choral où s’entremêlent plusieurs voix, permettant une intimité totale avec chaque personnage.

Captivé par l’histoire, on admire cette merveilleuse relation, assez rare à l’époque, entre une femme impérieuse et un fils prêt à tout par amour pour sa mère. Un beau roman savoureux, à l’écriture précise et assurée, qui nous transporte au Moyen-Age.

« La Révolte », Clara Dupont-Monod, Editions Livre de poche, 224 pages, 7,40€

Le Sillon, Valérie Manteau

Partie rejoindre un amant à Istanbul, la journaliste et narratrice du roman se trouve pris dans les feux d’une ville dont elle ignore les aspérités. Dans une quête sentimentale et romanesque, elle découvre l’histoire du journaliste Hrant Dink, assassiné dans un idéal de justice pour son pays. Elle décide alors de remonter le fil de la vie du journaliste.
D’une justesse inouie et d’un réalisme sensé, c’est un roman sur la vie et sur la ville d’Istanbul. A travers le parcours de la narratrice, on trace les contours de cette ville sur le fil.

 

« Le Sillon », Valérie Manteau, Editions Le Tripode, 117 pages, 9€

 

Et si vous les aviez manqué, voici les critiques que nous avions fait de ceux que nous avions lus l’année dernière au moment de leur publication :