La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

La cuillère, Dany Héricourt

Seren vit avec ses deux demi-frères, ses parents et ses grands-parents sous les toits de l’hôtel familial situé sur le chemin de randonnée du Pembrokshire, qui longe la côte du Pays-de-Galles sur 300 kms. Elle et ses frères grandissent avec les « LTC », les Long Temps Clients, qui reviennent à l’hôtel d’une année sur l’autre. Ses journées sont rythmées par les sonneries de téléphone. Une sonnerie pour « à table », deux pour « vous faites trop de bruit », et trois pour « quelqu’un a besoin de quelque chose, descendez ! ». C’est un joyeux petit monde fait de complicité, d’accueil des clients, de falaises et d’océan dans lequel baigne Seren. Mais un soir, au tout début de l’été de ses 18 ans, le papa de Seren meurt juste avant de s’endormir, alors qu’il bouquine au lit en buvant sa dernière tasse de thé.

« Au bout de la cuillère apparaissent le randonneur, les deux animaux en appui sur les pattes arrière et les deux B. Le randonneur est vieux et maigre, les bêtes à ses côtés ne lui montrent ni familiarité ni animosité. Disons qu’ils coexistent. Les B qui couronnent la scène s’attachent à des ronces qui rampent en direction du cuilleron. »

Sur les conseils du directeur de la Welsh Academy of Arts qui lui recommande de « se perdre » avant la rentrée de septembre, Seren décide de partir avec la Volvo de son père sur les traces de cette cuillère. Que signifient les B ? A qui appartenait-elle ? Comment est-elle arrivée dans sa famille ? Le temps d’un été, Seren sillonne les routes de France, cuillère en poche et carnet de croquis à la main. Elle toque aux portes, rencontre des fromagers et des apiculteurs, parle à de jeunes et beaux garçons gentils et à d’autres moins gentils, rentre dans un cinéma pour en ressortir épouvantée, tombe en panne sur la route, se fait voler son porte-feuille… Une véritable épopée marquée par la douceur et la sensibilité du caractère de Seren.

« La cuillère », Dany Héricourt, Edition Liana Levi Piccolo, 256 pages, 10 €

Histoires de la nuit, Laurent Mauvignier

La famille Bergogne – Patrice, Marion et leur fille Ida – et Christine occupent deux des trois maisons de la Bassée, perdues au fond d’un hameau. L’agriculteur quarantenaire et sa voisine, vieille peintre débarquée de Paris il y a plusieurs dizaines d’années, s’agitent pour préparer la fête d’anniversaire surprise pour les 40 ans de Marion. L’occasion pour Laurent Mauvignier de nous donner un aperçu de la vie de chacun.e d’eux, et de nous permettre de rencontrer ces personnages, d’une épaisseur fascinante, qui nous accompagneront au long des plus de 600 pages de ce roman époustouflant.

Et alors que les préparatifs vont bon train, trois hommes font éruption dans le hameau et bouleversent l’équilibre. Personne ne sait réellement ce qu’ils sont venus chercher ici mais l’ambiance change et l’atmosphère devient pesante. Difficile d’en dire beaucoup plus sans dévoiler l’intégralité de l’intrigue…

C’est un thriller en huis clos que nous offre Laurent Mauvignier, duquel on ne peut s’empêcher de tourner les pages, retenant notre souffle, le suspense à son comble et l’action – paradoxalement – lente. Chaque mot, chaque description des personnages et de leurs attitudes a son importance dans un roman où le langage nous emporte, où on est accroché.es à chaque dialogue, l’angoisse montant dans notre poitrine. Un roman magistal !

« Histoire de la nuit », Laurent Mauvignier, Edition Minuit, 608 pages, 10 €

La prière des oiseaux, Chigozie Obioma

Éleveur de volailles au Nigeria, Chinonso vit seul, sa mère est morte en couches, son père est récemment décédé et sa sœur s’est mariée avec un homme plus âgé et ne donne plus de nouvelles. Un nuit, il croise une jeune femme sur le point de se précipiter du haut d’un pont. Elle, c’est Ndali, future pharmacienne, issue d’un milieu aisé et chrétien qui va à tout jamais changer le cours de sa vie. S’ensuit alors une vibrante histoire d’amour, mais on devine rapidement que Nonso ne saurait à aucun moment répondre aux critères d’exigence imposés par la famille de sa bien-aimée. Bien décidé à les conquérir, il décide de partir à Chypre pour reprendre ses études et revenir la tête haute avec son diplôme en poche. Un voyage qui se révélera être un enfer et son retour un désastre, au grand désarroi de son “chi” impuissant à l’aider.

Selon la mythologie igbo, ethnie présente dans le sud-est du Nigéria, chaque être humain reçoit à sa naissance un Chi, un esprit qui se veut être aussi moralisateur qu’ange gardien, et qui l’accompagne tout au long de sa vie sur la terre. Un être spectaculaire qui conte ici l’histoire de l’homme qu’il habite – son hôte comme il le nomme – sous la forme d’une incantation à Chukwu, divinité suprême des Igbo.

Entre l’Europe et l’Afrique, Chigozie Obioma signe un beau conte philosophique et humaniste au destin tragique d’un homme, capable de tout pour plaire.

« La prière des oiseaux », Chigozie Obioma, traduit par Serge Chauvin, Edition J’ai Lu, 576 pages, 8,80 €

Dirty week-end, Helen Zahavi

Auteure et scénariste britannique, Helen Zahavi précipite le lecteur dans un texte alors jugé immoral par le Parlement de Londres lors de sa sortie en 1991. Dirty weekend n’est pas une histoire anodine. Ce roman noir résonne comme un cri de rage et de colère : Bella, jeune anglaise discrète, ne supporte plus le voyeurisme et le harcèlement qu’elle subit. Son voisin, les hommes dans la rue, dans le métro, tous la dégoûtent et l’insupportent. Elle se voit comme un bout de chair à leurs yeux, un morceau de viande, une proie. Face à cette situation, la jeune britannique réservée va basculer dans un extrême démesuré. Bella décide de tuer chaque homme qui aura le malheur de la désirer, en commençant par son voisin.

Roman noir et psychologique aux rôles inversés où le chasseur devient la proie, Dirty weekend ne laisse pas son lecteur insensible. Sa violence presque gratuite, jetée en pâture au lecteur, sa vision de la masculinité comme animale et perverse, son écriture cinématographique et visuelle, Helen Zahavi secoue et dérange avec ce récit qui casse les codes.
« Voici l’histoire de Bella qui se réveilla un matin et s’aperçut qu’elle n’en pouvait plus. Bella n’a rien de particulier. L’Angleterre est pleine de gens blessés. Qui étouffent en silence. Qui hurlent à voix basse pour ne pas être entendus des voisins. Vous les avez sans doute vus. Vous les avez probablement croisés. Vous leur avez certainement marché dessus. Trop de gens n’en peuvent plus. Ce n’est pas nouveau. Seule compte la façon dont vous réagissez. Bella aurait pu avoir une réaction décente. »

« Dirty week-end », Helen Zahavi (traduit par Jean Esch), Editions Libretto, 224 pages, 8,90€

Sous l’eau, Deborah Levy

C’est l’été à Nice. Deux couples d’anglais, Joe et Isabel avec leur fille adolescente, Nina et leurs amis Michael et Laura, louent ensemble une villa pour passer leurs vacances mais c’était sans compter la présence de Kitty Finch, jeune fille atypique elle s’immisce dans les vacances en prenant une chambre inoccupée de la villa.

Le roman s’ouvre sur le corps flottant de Kitty Finch dans la piscine, comme une métaphore de ce personnage aussi imprévisible que troublant, un corps qui flotte autour des autres personnages. C’est une histoire de vacances, d’oubli, de retrouvailles et aussi de maturité. Il y a l’ado qui grandit, l’écrivain qui tombe sous le charme d’une créature volatile, la femme qui sait que son mari est volage et qui, pour se sauver, se plonge dans son travail.

Deborah Levy nous plonge dans cette villa où règne un climat étrange. On a envie de se glisser avec les personnages pour savoir vraiment ce qu’ils pensent et ce qu’ils vivent. Alternant les points de vues, on se glisse dans la peau de l’étrange Kitty ou bien dans celle de Joseph, écrivain à succès et un peu trop sûr de lui. C’est un roman sur les relations familiales et sur la découverte de l’autre. Un drôle d’été pour disséquer les pensées des personnages.

« Sous l’eau », Deborah Levy, traduit par Pierre Ménard, Editions Points, 192 pages, 6,80 €

18.3, Une année à la PJ, Pauline Guéna

Pour rédiger ce livre, Pauline Guéna s’est glissée durant un an dans les locaux de la police judiciaire de Versailles. Enquêteurs de la “Crime” ou des “Stups”, elle les a suivis comme leur ombre. Des scènes ensanglantées aux salles d’autopsie, en passant par les perquisitions, les interpellations ou même les filatures, elle relate avec précision leur quotidien.

Dès les premières pages, le lecteur découvre l’envers du décor et le quotidien de ces policiers, en charge parfois des affaires les plus sordides. Au jour le jour, l’autrice décrit les affaires en cours et les différents protagonistes qu’elle rencontre : témoins, policiers, gardés à vue etc… A travers ces lignes, elle met en avant des hommes et des femmes qui accumulent les affaires, ne comptent plus les heures et croulent très souvent sous la lourde charge administrative.

Un récit passionnant et plus que nécessaire qui offre un autre regard sur la police, loin du sensationnel prisé de la télévision, avec ces hommes et femmes qui oscillent entre résignation et volonté de conclure. 

« 18.3, Une année à la PJ », Pauline Guéna, Edition Folio, 496 pages, 8,60 €

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