La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

A la ligne, Joseph Ponthus

C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons! Cette histoire, c’est celle de Joseph Ponthus qui dévoile jour après jour, ses journées passées à la chaîne. Premier roman de l’auteur, il y dévoile le récit à la première personne d’une vie à l’usine, tantôt à la conserverie tantôt à l’abattoir, en intérim.

Pages après pages, il répertorie avec une infime précision les gestes de travail à la ligne : le bruit, la fatigue, la souffrance du corps. Jouant sur les mots et la répétition, il nous fait vivre cette vie ouvrière que des milliers d’autres supportent. Chaque ligne, chaque phrase, pèsent une tonne et reviennent heure après heure, avec leur dose de souffrance, de précarité, de corps brisés.

Mais derrière ce corps meurtri se cache un doux rêveur. Avec A la ligne, Joseph Ponthus livre un tendre journal intime, où les souvenirs de vers d’Apollinaire, de Cendrars et les chansons de Trénet, s’entremêlent pour surmonter l’insurmontable. Un texte émouvant qui rend hommage « aux prolétaires de tous les pays, aux illettrés et aux sans dents ».

« A la ligne », Joseph Ponthus, Edition Folio, 288 pages, 7,50 euros

Premières neiges sur Pondichéry, Hubert Haddad

Musique et exil sont les deux thèmes principaux de ce beau roman d’Hubert Haddad. Comme toujours, l’auteur nous entraîne dans des paysages – physiques aussi bien que musicaux – qu’il décrit avec sensibilité, au fil de l’exil de son personnage, vieux musicien virtuose israélien qui part pour l’Inde. Après avoir survécu à un attentat qui l’a intimement blessé, Hochéa Meintzel décide de partir pour la seconde fois.

Entre nostalgie de celle qu’il a perdu et fascination pour les différentes villes indiennes qu’il découvre au contact de Mutuswami, la jeune fille qui le guide, le violoniste partage ses réflexions sur la musique et sur la religion. Premières neiges sur Pondichéry donne à voir la blessure d’un homme qui ne renonce cependant pas à se reconstruire, qui ferme des portes et en ouvre d’autres. La beauté et la profondeur de la prose d’Hubert Haddad rendent proches la religion juive, qu’elle soit à Jérusalem ou bien dans des synagogues indiennes, ses traditions et la puissance de ses textes fondateurs.

« Premières neiges sur Pondichéry », Hubert Haddad, Editions Zulma, 160 pages, 8,95 euros

La solitude Caravage, Yannick Haenel

Qui ne connait pas Le Caravage, ce célébre peintre italien aux visages réalistes et au clair-obscur saisissant ?
Dans ce récit hybride, Yannick Haenel nous livre à la fois une biographie mais aussi une analyse personnelle des tableaux du maître.

Tout commence par la découverte du peintre par l’auteur, dans ce pensionnat militaire, ses figures qui procurent à l’adolescent qu’il est mille émois. Dans le récit qui suit, Yannick Haenel raconte comme sa rencontre avec Le Caravage va définir sa vie universitaire, ses rapports à l’histoire de l’art aussi. On peut comprendre dans ce récit que Le Caravage influence de ce fait la vie de l’auteur. Lors de sa résidence à l’Académie de France à Rome, dans sa vie amoureuse ou face à n’importe quel autre tableau, la référence au peintre s’installe. Mais au-delà de son rapport intime à ce peintre, il écrit aussi en creux la vie de celui qu’on nomme Le Caravage. Vie dite sulfureuse, il est un moderne pour son temps, par son traitement de l’iconographie mais aussi par le génie de sa peinture. Il bouscule autant qu’il n’émeut.

Ainsi, on peut dire que ce récit est une confession mais aussi un livre sur l’histoire de l’art. Inspiré et inspirant, La solitude Caravage est une déclaration d’amour à la peinture.

« La solitude Caravage », Yannick Haenel, Edition Folio, 336 pages, 8,50 euros

On ne naît pas grosse, Gabrielle Deydier

Alors que la grossophobie fait encore rage dans nos rues et sur les réseaux sociaux, l’essai de Gabrielle Deydier est immensément bénéfique : une enquête sur le traitement réservé aux personnes grosses en France, les discriminations desquelles elles sont victimes et les dérives autour des opérations, couplée au récit de son parcours personnel.

Au cours d’une réflexion sur la société, les comportements qu’elle induit et la façon dont elle traite ceux qui n’entrent pas dans la norme, Gabrielle Deydier raconte les difficultés des personnes obèses dans leur vie de tous les jours – discrimination à l’embauche mais aussi salaire moins élevé, ou mauvais traitements médicaux ne sont que quelques exemples – ainsi que ce qui les a le plus souvent mené à cette prise de poids qui met leur santé en danger et les isole. L’autrice n’hésite pas à raconter son rapport à la nourriture, les différentes étapes de sa vie qui ont fait qu’elle est devenue obèse, ainsi que des anecdotes.

A la lecture de ce court essai – premier format poche des Editions Goutte d’or – on ne peut qu’être scandalisés par le manque de respect et les atteintes à leur dignité humaine qu’ils doivent vivre tous les jours.

« On ne naît pas grosse », Gabrielle Deydier, Editions Goutte d’Or, 150 pages, 7,50 euros

Une femme en contre jour, Gaëlle Josse

Chicago, 2007. Un jeune agent immobilier est à la recherche d’anciennes photos pour illustrer un livre qu’il souhaite écrire sur un quartier de la ville. Lors d’une vente aux enchères, il achète des cartons remplis de photos, de pellicules non développées, et des planches-contacts. Étonné de son butin, il poste quelques clichés sur internet et part à la recherche d’informations. Dès les premières réactions, il comprend : il y a quelque chose de rare dans ce carton !

C’est ainsi que débutent les premiers jours de la célébrité posthume de Vivian Maier, photographe américaine d’origine française. Nounou durant presque toute sa vie, elle adorait prendre des clichés dans la rue. Uniquement connue par ses employeurs, personne n’a jamais rien su de son passe-temps. 

Dans Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse part à la rencontre de cette femme, qui reste encore aujourd’hui un mystère pour beaucoup. A travers son histoire, des photos, des témoignages mais surtout son imagination, elle reconstitue avec sensibilité la vie de Vivian Maier. 

« Une femme en contre jour », Gaëlle Josse, Editions J’ai Lu, 160 pages, 6,90 euros

Hors-bord, Renata Adler

Hors-bord est un recueil de chroniques new-yorkaises. Jen Fain est journaliste à New-York pour la presse à scandale. Elle consigne des passages de vies, des commentaires, des situations. Ces instantanées de la vie de Jen Fain forment une grande photographie de la vie à New-York dans les années 70. Des anecdotes autant personnelles que des grands événements de la vie, tout passe au crible de la plume de l’auteure.

Roman particulier par sa forme, on se plonge avec aisance dans le récit de cette femme. Autant pour suivre son évolution, sa vie amoureuse ou bien ce qu’elle rencontre au travail. Autant de souvenirs qu’on pourrait nous même s’approprier.

Renata Adler signe une brève sur la ville et sur la vie grâce à ce roman.

« Hors-bord », Renata Adler (traduit par Céline Leroy), Editions Points, 288 pages, 8,90€

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