Margaux Guyon, auteure de Latex, etc., revient sur la scène littéraire avec La femme aux doigts bleus. Un roman enivrant et proche du thriller psychologique où une rupture amoureuse réveille chez une jeune fille une obsession possessive envers ses futurs amants.

Iris, jeune professeure en REP, à Gennevilliers, vit mal sa séparation avec Simon. Avant qu’il ne la quitte, il lui a demandé de le tatouer sur le torse. Une marque indélébile et un symbole d’appropriation qui lui fera perdre la tête quelques mois plus tard. Hantée par sa relation passée avec Simon, elle le recherche compulsivement au point de franchir certaines limites.

Une dépendance inassouvie

Assommée par la déprime de cette rupture, Iris tente tant bien que mal de sortir et de se changer les idées. Lassée de son état, elle décide de sortir un soir. Elle se maquille, s’habille en circonstance et prend avec elle sa machine à tatouer. Le contact des peaux, sa marque encrée à vie dans celles de ses futurs amants, un kaléidoscope d’images qui l’aideront à oublier Simon : « le tatouage lui est apparu comme la continuation logique du sexe. Un acte dépourvu de sentiment, qui faisait surgir des émotions d’un autre genre. Une posture esthétique, en quelque sorte. L’obsession du stigmate venait remplacer la recherche de son alter ego perdu. »

C’est le début de la traque. De soirée en soirée, Iris cherche sa victime, l’apprivoise, la drogue et la tatoue. Une addiction malsaine qui la dépasse et qui va se retourner contre elle.

Quand les rôles s’inversent

C’est là que le roman prend un tournant décisif et que la tension monte d’un cran. Si les traques nocturnes d’Iris fonctionnaient sur un mode opératoire bien précis dont on avait parfaitement connaissance, la traque inversée, elle, est bien plus glaçante. Quelqu’un en a après Iris, mais on ignore l’identité du persécuteur jusqu’à la toute fin. Lettres, messages sur les réseaux sociaux, sms, déclarations d’amour et menaces de mort, il semble tout connaître d’elle alors qu’elle peine à l’identifier : « Le désordre dans son esprit est au moins égal à celui de l’écran de son iPhone, envahi de numéros rouges. Elle tente de relativiser lorsque deux messages s’affichent : JE SAIS OÙ TU HABITES. JE CONNAIS TON ADRESSE. » 

À cet instant, elle est loin de s’imaginer l’horreur qui l’attend.

La femme aux doigts bleus est un roman prenant, subtil et troublant. On ne sait plus pour qui prendre parti. Iris, qui sous ses airs de professeure innocente, se transforme en psychopathe la nuit, ou son persécuteur dont l’histoire nous fera avoir de l’empathie pour lui. La folie, l’obsession et la violence du désir féminin sont autant de thématiques traitées dans ce roman suspense qui lève le voile sur certains sujets tabous.

« La femme aux doigts bleus », Margaux Guyon, Albin Michel, 213 pages, 17,90 euros.