Dans son deuxième roman, Alexandra Koszelyk met en scène un homme perdu, qui se découvre une fascination pour Guillaume Apollinaire, une passion qui le mène au bord du délire.

Alors qu’il se trouve dans le cimetière du Père Lachaise, Florent tombe par hasard sur la tombe de Guillaume Apollinaire, aussi appelé Kostro en raison du nom de famille de sa mère. Florent se sent une proximité avec le poète et ramène de ce moment au cimetière un morceau de bois aux couleurs fascinantes. Cette expérience est le début d’une course effrénée du protagoniste à la suite de Guillaume Apollinaire et de ses muses. Un hommage d’Alexandra Koszelyk à la poésie et à la nature.

Fresque d’une vie

Florent a toujours laissé la rationalité guider sa vie : son père lui avait conçu une vie toute tracée, qu’il a suivi sans se poser de questions. Ses études, son agrégation, sa rencontre avec Louise qui deviendra sa femme, les événements se suivent logiquement. Mais après cette après-midi et cette rencontre soudaine et inexpliquée avec Apollinaire, il revoit son existence à la lumière de cette fascination nouvelle. « Toutefois, ces deux derniers jours m’ouvraient une voie méconnue, celle d’une personne affranchie des codes. Le poète me galvanisait et peuplait mes secondes. Mon esprit tel un naïf face à la promesse d’une nouvelle aube.« 

A travers Paris et les lieux que le poète a arpenté, Florent se rapproche de ses amis, comme le peintre Pablo Picasso, mais surtout de ses muses, des histoires d’amour qui ont rythmé sa vie et qui ont inspiré ses poèmes, toujours aussi célèbres aujourd’hui. Aux chapitres emplis des interrogations du jeune homme sur ce qu’il ressent, succèdent des chapitres au plus près de ces femmes : Lou, Marie ou Madeleine, à travers les différentes époques de sa vie, qui ont aimé et influencé Kostro.

Femmes d’une vie

Ces femmes ont une place très importantes dans le roman d’Alexandra Koszelyk, autant que pour Florent qui les découvre : elles remplissent un vide laissé par la mort de sa mère alors qu’il n’était qu’un enfant, l’absence de souvenirs d’elle et la pudeur de son père qui n’en parlait jamais. A travers ces femmes et leurs liens avec Apollinaire, Florent accepte d’avoir grandi sans mère, accepte d’être celui qu’il est devenu. « Grâce à la vie du poète, à ses écrits, je m’affranchissais désormais de mes anciennes souffrances, elle dissipait ce vide qui me hantait depuis l’enfance et dont je n’avais cicatrisé : l’absence de ma mère.« 

Au fil des pages, la forme de délire que Florent expérimente le rapproche du poète, au point qu’il devient parfis difficile de se fier à son récit : comment séparer le vrai du déliré ? Le jeune homme en vient même à avoir des symptômes physiques et sa relation avec sa femme Louise se détériore… Alors qu’il s’intéresse de très près à celui qui fut emporté par la grippe espagnole, Florent rend omniprésente la mort autour de lui. Ce parcours initiatique à la suite de Guillaume Apollinaire le libèrera-t-il ou signera-t-il son arrêt de mort ?

Alexandra Koszelyk signe un deuxième roman sensible, où nature et poésie échangent pour notre plus grand bonheur.

« La dixième muse », Alexandra Koszelyk, Editions Aux Forges de Vulcain, 280 pages, 20€

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