On l’avait laissée Cavalier Seule, étrange femme aux allures de ponette, de dos, noyée dans le bleu d’une pochette énigmatique signée Théo Mercier. Un an plus tard, le bleu a fait place au rose sur le premier album de Juliette Armanet, Petite Amie, où elle apparaît en reine d’épiphanie. Entre temps, il y a eu ce duo sur l’album de Julien Doré et ce featuring avec Altaïr. Bien peu de choses, mais Juliette n’a pas chanté sa dernière note. Elle nous revient ce 7 avril avec douze titres qu’elle a écrits et composés seule, entourée à la réalisation par Marlon B. et Antoine Pesle.

Elle promène désormais son piano sur les plateaux télé et publie sur la toile des vidéos de lives poignants (Alexandre) ou de reprises incongrues (The Weeknd en français), toujours avec sa patte si personnelle qui mêle le kitsch au sublime, le classique à la folie. Elle se réclame de William Sheller, Alain Bashung ou Alain Souchon, on la compare souvent à France Gall ou Véronique Sanson. Juliette Armanet est tout cela à la fois. Son premier album, Petite Amie, nous a tapé dans l’oreille et dans le cœur, il signe pour nous la résurrection de la variété française à la Michel Berger, avec ses mélodies entêtantes et ses textes universels.

Un univers décalé

L’univers graphique de Juliette Armanet, savamment construit par Théo Mercier, est pétri d’autodérision, de références crues et de couleurs vives. Il tempère la mélancolie sourde qui transperce dans les textes et les mélodies de l’artiste. Refusant de ne faire que des chansons tristes, Juliette Armanet s’est par ailleurs appliquée à varier ses arrangements, qui rejoignent ainsi le côté déluré de ses visuels.

Du gimmick arabisant de Cavalier Seule au côté doucement funky d’A la Folie, la chanteuse met souvent le piano et les claviers au centre de ses compositions qui sonnent comme un étrange mix de la pop des années 80, du disco et de la variété des années 70. D’ailleurs, à la première écoute, on a l’impression d’écouter de nouveaux titres de Starmania, la comédie musicale de Luc Plamondon et Michel Berger.

Entre Sheller et Starmania

Impossible de ne pas penser aux Adieux d’un Sex Symbol sur Star Triste par exemple, lorsque Juliette Armanet entonne : « J’sens que je vais finir en idole / En gourou des cœurs / Le king des baby dolls / Le bureau des pleurs / J’ai peur »… Sur son album, Juliette Armanet se fait tour à tour Stella Spotlight, Cristal et Marie-Jeanne. Elle a le timbre vibrant de Fabienne Thibault, l’élégance de France Gall et les aigus vertigineux de Diane Dufresne. A cela s’ajoute une interprétation impeccable et juste, tout en retenue.

Mais Petite Amie a aussi des allures de disque de William Sheller. Pour les textes d’abord, car on y retrouve ce goût pour les mots simples et les jolies formules, comme dans Sous la Pluie. Chez Sheller, la pluie faisait « des miroirs dans la boue ». Pour Juliette, « L’amour inassouvi s’effacera sous la pluie, je n’y verrai plus que du feu ce sera merveilleux… » Ici transparait aussi la fragilité d’une Françoise Hardy sous une mélodie qui touche au sublime. Ailleurs, avec Samedi Soir et Carte Postale, Juliette Armanet navigue entre deux eaux comme Sheller entre Rock’n’dollars et Photos Souvenirs. Un savant mélange de mots tristes et d’arrangements légers, qui confère au disque sa fraicheur et son originalité.

 Morceaux choisis

Parmi nos coups de cœur, il y a bien-sûr L’Amour en Solitaire, le titre qui l’avait révélée aux professionnels de la musique il y a quelques années. Un véritable voyage au gré d’une mélodie rêveuse et du timbre cristallin de Juliette Armanet qui nous fait tout doucement glisser dans son univers. Plus tard arrive Alexandre, autre bijou de l’album. Si parfois la voix haut perchée désarçonne et manque d’articuler certains mots, la beauté des textes de Juliette Armanet ne fait aucun doute : « Alexandre / Je donnerais toute ma vie / Pour une cendre / Rien qu’une cendre de ta Lucky ». Même le « C’est joli » final, empreint de naïveté, résonne avec force dans un souffle.

Enfin, pour clore ce périple musical, L’Accident est une ritournelle tragique, un brin cinématographique. Délicieusement nostalgique, elle célèbre le soleil noir d’une tristesse qui déchire mais qui élève. Le chagrin voilé que l’art sublime donne à ces dernières notes une certaine élégance, à l’image de cet opus riche et troublant, qui s’annonce déjà comme l’un des meilleurs albums de l’année.

Juliette Armanet, "Petite Amie" - Barclay - (c)Théo Mercier
Juliette Armanet, « Petite Amie » – Barclay – (c)Théo Mercier

L’album Petite Amie est disponible depuis le 7 avril partout.
Retrouvez Juliette Armanet sur sa page Facebook et sur le site d’Universal.

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