Jusqu’au 17 avril 2017, Joann Sfar investit les lieux de l’espace Dali, faisant dialoguer sa pratique de l’illustration et les œuvres presque légendaires du maître Espagnol, Salvador Dali : une exposition énigmatique et prenante où la narration nous emporte dans un espace mystique, à la fois proche du réel et au delà du temps.

Joann Sfar est dessinateur de bande dessinée -on lui doit notamment Le chat du rabbin-, mais aussi réalisateur –Gainsbourg, vie héroïque-, et entre, cette année, comme professeur à l’école des beaux arts. Sa verve est claire, son érudition établie. Il ne mâche pas ses mots et défend ses opinions, lui qui a grandi dans une famille juive devenue très pratiquante et qui s’est nourri de philosophie très tôt. Son dessin est vif et ses multiples coups de crayons traduisent une certaine frénésie intérieure. Les narrations qu’il construit sont souvent à double sens et se lisent comme des contes aux intonations philosophiques.

74_SFAR_DALI.TIF
Le Christ est éloge des vérités géométriques © Joann Sfar

Dialogue entre surréalisme et réalité

L’exposition est présentée comme une discussion entre Joann Sfar et l’univers que lui inspire Dali. L’artiste a eu carte blanche pour investir les lieux et de cette liberté est née une bande dessinée : Fin de parenthèse. Les thèmes fameux traités par Dali y sont repris : l’érotisme, la crucifixion et le monde du vivant. Ces trois thèmes, Joann Sfar les a choisis et traités par le prisme de ce qu’il est. Il a imaginé une histoire où son personnage principal, Seabearstein, un artiste maudit, s’enferme pendant trois jours et trois nuits avec quatre mannequins complètement nus. Son but est de réveiller Salvador Dali dont le corps est cryogénisé. Les trois jours d’isolement sont rythmés d’images, de suppositions, de dialogues sur la vie, de constats sur le monde.

Philosophique, crue, vraisemblable surtout et fantastique parfois, la narration nous pousse à penser. Les corps qu’habillaient Dali et Mme Schiaparelli sont dénudés chez Joann Sfar, le monde du mannequinat est repensé et celui des sciences, de l’art et des religions est observé. Libre, le spectateur peut sauter de l’un à l’autre, porté par les récits découpés. Que l’on aime ou non l’oeuvre de Joann Sfar, cette possibilité de tracer son propre chemin dans l’exposition, de naviguer d’un thème à l’autre, de se perdre dans la narration pour mieux la retrouver par la suite, est aussi originale qu’appréciable.

59_SFAR_DALI.TIF
Girafe en feu © Joann Sfar

La rencontre entre Joann Sfar et Dali est bien pensée, d’autant plus qu’elle soulève de véritables questionnements qui donnent matière à réflexion: la condition de la femme, la place de l’érotisme actuellement, la pudeur et la nudité, la mort, l’immortalité… Tant de sujets traités et employés vers un même but : déployer les consciences et faire renaître de ses cendres l’artiste le plus fou de sa génération. Avec Hergé qui arrive au grand palais, la bande dessinée est mise à l’honneur en cette rentrée. Une Bande Dessinée qui s’apparente sans conteste à de l’art, et il était temps.

L’exposition Joann Sfar, Salvador Dali une seconde avant l’éveil est à retrouver dans notre top des expositions à faire en cette rentrée : ici.


JOANN SFAR – SALVADOR DALI
Jusqu’au 31 mars 2016
Une seconde avant l’éveil
ESPACE DALI
11 rue Poulbot, 75018 Paris

1 COMMENT

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here