Jusqu’au 24 février 2018, à Lyon, réinvente la peinture. Avec « J’AIME », Marion Bataillard, peintre, réunit l’art qu’elle estime et vient donner sa définition du médium.

Dans la sélection d’œuvres que propose Marion Bataillard à la galerie Henri Chartier, il semble se dessiner une définition de ce que pourrait être la peinture contemporaine. Sortie de la sacralisation religieuse qu’ont forgés des siècles d’Histoire de l’art, remise en question par l’époque moderniste, la figuration retrouve la joie de ses couleurs et clame son renouveau. Pour autant, il n’est pas question d’évincer l’époque classique, les constructions architecturales de Marion Bataillard, les revois historiques de Bertrand Dezoteux et le fini léché d’Apolonia Sokol en témoignent.

G : Mathieu Cherkit, The winter is coming, 2016, huile sur toile, 162x97cm – D : Marion Bataillard 2017, Il va pleuvoir, 146x97cm

Il y a là, un au-delà de la toile, une absorption fascinée et fascinante d’un monde qui dépasse les pigments. Comme si le tableau devenait un lieu de passage permettant de creuser quelque chose qui ne lui appartient pas, quelque chose d’invisible, d’évanescent. Mikael Fried avait ouvert une piste de réflexion dans son célèbre ouvrage, Le spectateur émancipé. Car c’est au regardeur d’imbriquer ensemble les pièces qui lui sont offertes. Qui se cache derrière la chevelure sertie de fleurs de Henni Alftan ? D’où viennent les végétaux psychédéliques de Mark Molk ? Qui sont les doux petits bonhommes verts aux nez changeants de François Mendras ? Qu’est que ce morceau géométrique révélé par Nicolas Nicolini ? Balustrade serrée d’une piscine ou moucharabieh promettant une légère brise, un souffle nouveau ?

Les peintures choisies ouvrent un champ de questions qui interrogent la forme picturale (touches, traces, vernissages, impressions, modelés, polissures), la couleur (noir, blanc, pastel, chaude, froide) l’espace (intérieur, extérieur, serré, large)… Des champs qui sollicitent, sommes toutes, l’essence même de la peinture.

Les sujets traités dans la figuration sont joyeux autant que les couleurs sont délicates et caressantes ; et pourtant, il n’est pas seulement question d’une innocente candeur. Derrière les couleurs pastelles que certains pourraient caractériser de féminine, se pose la question de la maîtrise de la matière. Le choix du titre de cet ensemble, « le roc dur sur lequel ma bêche se recourbe », évoque combien l’artiste contemporain se heurte inlassablement aux problématiques du modelé. Résonne alors les mots que Nicolas Poussin écrivait dans l’une de ses correspondances : « la peinture n’est autre qu’une idée des choses incorporelles ».

G : Bertrand Dezoteux, Picasso Land, video – D : Nicolas Nicolini sans titre, 2016, acrylique sur toile, 150×110 cm

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galerie Henri Chartier
3 rue Auguste Comte 69002 Lyon
ouvert mardi 14h-19h et mercredi au samedi 11h-19h

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.