Inuït ne vient pas du grand nord, mais de Nantes, où la scène musicale s’est toujours taillée une belle réputation. Composée de cinq musiciens et d’une chanteuse, le groupe a sorti un premier album, « Action » à l’automne dernier. 

La première question qui vient à l’esprit quand on rencontre un sextuor est la suivante : comment composer quand on est six ? Douze mains pour écrire un album, c’est beaucoup. Pourtant, l’écoute et la complicité semblent nourrir les membres du sextuor qui s’est connu sur les bancs de l’école. Riche de leurs influences musicales éclectiques, Inuït a bâti une esthétique pop qui rappelle les années 80 par l’usage des synthé, quelques airs de soul par la richesse des cuivres, et une note tribale par la puissance des percussions. Le tout, orchestré autour de la voix puissante et cristalline de la chanteuse, Coline. Le résultat ? Un premier album conquérant qui apporte un nouveau souffle à la pop française.

Sur la pochette de votre album, on voit une grand-mère qui lit son journal devant un incendie. Qu’est-ce que ce visuel nous dit d’Inüit ?
On a construit cette pochette avec deux nana qui bossent pour le studio In the pool : on avait pas forcement le nom mais on voulait faire une pochette qui mêle action et inaction. On a trouvé qu’elle nous représentait bien car c’est assez coloré. Un pemier album, c’est un peu une première prise de parole alors on est super fiers de cette pochette qui a un côté à la fois sérieux et décalé, comme le contenu de l’album. Cette grand-mère, il faudrait qu’elle se bouge un peu là !

Le nom de votre groupe fait référence à quelque chose de froid, et pourtant votre musique est très énergique, un peu « tout feu tout flamme », tu peux m’expliquer ce contraste ?
On a pas choisi notre nom vis à vis de ça, en fait on le trouvait percutant et simple à retenir ! Après, on est extrêmement soudés tous les six, on compose tous ensemble : c’est un truc un peu tribu donc finalement ça nous sied bien ! Même si au début, ce n’était qu’esthétique…

Vos vidéos sont très pop, très « Martin Parr », quelle identité visuelle voulez-vous donner à Inuït ?
L’identification visuelle est encore complexe car nous sommes un groupe : on vient tous d’univers différents et on n’écoute pas la même chose. Sur les clips, on a l’impression que ça se suit, mais chaque morceau a son histoire et raconte quelque chose de différent. C’est le cas entre « We the people » et « Tomboy » par exemple.

Tu parles d’univers très différents… Tu as des exemples ?
En ce moment, j’ai une période un peu punk / rock anglais et à côté j’écoute aussi Rosalia, une artiste espagnole moitié Rnb, moitié Flamenco qui est trop dingue. Alex écoute Tricky, je crois, et Coline écoute beaucoup de jazz en ce moment….

Vous dites sur FB que c’est « un album produit dans une cave de 1800m dans la joie, l’amour, le partage et quelques heurts. » Quelle est l’histoire de cet enregistrement ?
Cet album, on l’a fait avec le producteur Benjamin Lebeau et c’est la rencontre avec ce gars là qui nous a permis de composer à six. C’est très complexe, ça demande beaucoup d’écoute et de compréhension car la « chose artistique » est très subjective et personnelle. L’idée était de « faire ensemble », mais on s’était dit que figer quelque chose sur un support serait difficile à faire tout seul. Benjamin est une personnalité qu’on respecte artistiquement et qui nous respecte également : il n’y a pas eu de problème pour le choisir en tant que chef d’orchestre et pour lui faire confiance.

On voulait tout enregistrer à Nantes, mais Benjamin avait un studio a Paris alors on a fait ça dans une ancienne usine de chaussure désaffectée. Il y une cave toute miteuse qu’on a utilisée comme un laboratoire : on y est resté trois mois, dans l’hiver, à Paris, et on a expérimenté plein de choses. Il n’y avait même pas de toilette ! Quand j’écoute cet album j’ai l’impression qu’il sent la cave, l’alcool, et la clope !

Est-ce que ça a quelque chose de la performance ?
Il fallait qu’on se mette dans un état d’esprit ou on pouvait tout faire, où on fait ce qu’on veut et le but c’est que si ça nous plait a sept, alors c’est gagné.

Est-ce qu’il y a une « identité nantaise » dans la musique selon toi ?
On nous dit souvent qu’il y a une effervescence à Nantes : la ville n’est pas énorme, tu peux vite en faire le tour, mais il y a de l’argent à offrir à la culture, pour jouer et pour s’exprimer. Tout ceci fait qu’il y a plus de propositions, et de bonnes choses comme notre copain Voyou, ou encore le rappeur Coelho qui va tout défoncer !

Où préférez vous jouer ?
La réponse dépend de chacun, mais le meilleur souvenir reste La Cigale, notre première salle parisienne. C’est vraiment une salle incroyable. Sinon, L’Olympia et puis les Vieilles Charrues, c’était cool. On est aussi partis en Chine, en Equateur, c’était une belle expérience.

Pourquoi chanter en anglais ? Est-ce que vous en avez marre des groupes de pop française ?
C’est un choix qu’on a fait depuis longtemps, mais aussi une solution de facilité pour composer des paroles à six. L’anglais, c’est fédérateur. Mais le français ne me dérange pas : je trouve ça fort d’écrire en français !

Quelle part accordez-vous aux instruments ?
On veut vraiment montrer qu’on est un collectif : on a envie de mettre la voix en avant et l’essence même du projet c’est le fait de faire ensemble. Coline se retrouve devant, c’est normal mais on est six et si les gens veulent rentrer dans l’aventure c’est grave possible. C’est un peu débile « le collectif », mais je crois que le « faire-ensemble » c’est hyper important par les temps qui courent.

« ACTION », Inuït, disponible depuis le 12/10 chez Cinq7.

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Entre Paris et Rouen, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture. Membre de la confrérie des roux, des adorateurs de bière et des passionnés de musique.