Presque deux semaines après la fin du We Love Paris Film Festival, Bruno Mercier – organisateur du festival et réalisateur de So Long et We Cannes Kill The Star – revient sur cette première édition et nous parle de ses futurs projets et de sa vision rafraichissante du cinéma en France qui ne demande qu’à se renouveler.
Deux semaines après la fin du We Love Paris Festival, quel bilan fais-tu de cette première édition ?
Il est plutôt positif. Les personnes qui ont participé au festival sont ressorties heureuses et enthousiastes et c’était la chose plus importante à mes yeux. Ca m’a permis de me reposer l’esprit tranquille.
 
C’était une première pour toi. Comment organise-t-on la première édition d’un festival de cinéma ?
Étant novice, j’ai organisé ce festival comme si je montais la production d’un film avec un plan provisionnel, un plan de financement, un budget etc… sachant que pour cette première édition, je n’allais pas rentrer dans mes frais. Ensuite je suis allé à la pêche aux longs métrages en contactant des vendeurs internationaux, durant des festivals comme celui de Berlin ou de Bruxelles, pour leur demander l’autorisation de projeter leurs films. Certains m’ont oui d’autres non car ils avaient déjà un distributeur qui avait l’exclusivité de la sortie en salle. J’ai adapté ma sélection en fonction de ces réponses.
La sélection est plutôt atypique et audacieuse. S’est-elle faite par souhaits ou en fonction de la réponse des distributeurs ?
 Un peu des deux …  J’avais un souhait en particulier qui était que la mise en scène soit la clé de voute des films que je désirais présenter. Je ne voulais pas de films composés intégralement de champs contre champs mais qui mettait la mise en scène au centre de leur narration.
Ta sélection met beaucoup en valeur le cinéma d’Europe de l’est et de Scandinavie. Ce cinéma fait-il figure de Nouvelle Vague à tes yeux ?
Ce n’était pas volontaire mais à force de regarder des films, j’ai remarqué que le cinéma scandinave faisait preuve d’inventivité au niveau de la mise en scène, du cadrage, du son design aussi … tout ce qui concernait la manière cinématographique. J’ai l’impression qu’ils évitent toute complaisance, ne cherchant pas à faire des films pour le spectateur lambda mais à effectuer une véritable recherche sur cette matière cinématographique. C’est ce qui m’a beaucoup frappé lors de mes visionnages.
Tu cherchais des propositions de cinéma et pas juste des  films avec le label films d’auteurs, comme on peut le voir parfois dans certains festivals ?
Le film d’auteur ne m’intéresse pas particulièrement. Ce que je recherche c’est une vison personnelle du réalisateur qui souhaite travailler le langage cinématographique au moment où il va tourner le film et quelles questions il va se poser. On a un peu perdu ce langage.  Quand on regarde la dernière sélection cannoise, j’ai été très déçu de la pauvreté de la mise en scène. Même concernant le film qui a gagné la palme d’or (The Square de Ruben Östlund ndlr) qui reste très politiquement correct même s’il est efficace dans ce qu’il dénonce. À Cannes c’est le propos qui domine, saupoudré de paillettes. Je m’intéresse beaucoup plus aux sélections parallèles comme la Semaine de la critique ou la quinzaine des réalisateurs. Cette année, à mes yeux, le plus beau film du festival, Prière avant l’aube de Jean-Stéphane Sauvaire (présenté en séance de minuit à Cannes ndlr) ne concourait dans aucune sélection. Je sais personnellement avec quelles difficultés il a été tourné et quand je vois le chef d’œuvre que c’est, j’aurais aimé que la sélection le mette un plus en avant. J’ai peur que le jury cannois soit happé par la bienséance afin d’éviter toute fausse note.(Je hoche pour ma part de la tête en repensant à la palme d’or 2016 décernait à Ken Loach…)

Le festival a mis à l’honneur une dizaine de courts-métrages venant du monde entier. Penses- tu que le format est assez diffusé et représenté en France ?
Je dois faire mon mea culpa mais je ne vais pas voir assez de courts-métrages. J’assiste à des projections au Cinq Caumartin ou dans les café de paris mais le plus souvent je suis un peu déçu car je trouve que les courts métrages en France se reposent soit sur des idées un peu gaguesques soit sur une mise en scène à base de champ-contrechamps alors que j’aimerais qu’il y ait un peu plus de profondeur. On en revient toujours à la matière cinématographique qui pour moi fait défaut. J’ai été très content que Beach Week gagne le prix du public car il travaille cette matière là.

Tu as un petit favori dans ta sélection ?
King Dave de Daniel Grou qui est une véritable prouesse cinématographique.  Et le jury ne s’est pas trompé en lui remettant le prix quartier latin. Je suis très heureux d’avoir fait découvrir ce film au public du festival.

Je m’adresse maintenant au réalisateur. Tu as présenté pendant le festival ton dernier film « We Cannes Kill The Star » ? Comment t’es venu de cette satire ?
Il y a deux ans j’ai été au festival de cannes avec des amis et la sélection nous ennuyait. On s’est dit «  allez on tourne un film » et nous voilà lancés dans un film guérilla, improvisé en 6 jours avec le scénario qui s’écrivait  au fur et à mesure  et les acteurs qu’on recrutait le jour même. C’est un pied de nez au festival de Cannes mais surtout c’est une plaisanterie sous forme d’exercice cinématographique.

©Bruno Mercier
©Bruno Mercier
Tu es un réalisateur plutôt prolifique qui tourne avec peu de moyens. Tu as fait quasiment 1 film par an depuis que tu t’es lancé dans le cinéma il y a 6 ans. Quels conseils pourrais tu donner à de jeunes réalisateurs qui souhaiteraient faire pareil mais qui pourraient être freinés par les besoins financiers ?
Il faut jamais se réfréner et toujours garder sa liberté de création. Ca peut paraître prétentieux car je suis moi aussi un jeune réalisateur mais je conseillerais cette démarche car elle permet de s’exercer à l’écriture de scénario, à la pratique de la mise scène ainsi que de faire des erreurs. Il n y a pas meilleure école à mes yeux. On apprend en filmant, en travaillant avec des acteurs, une équipe, surtout sur un long métrage. Je ne parle pas des films dits « à l’arrache » car souvent le résultat est frustrant mais oui, je conseille à tous ceux qui veulent se lancer dans la réalisation de tourner des films et d’apprendre de leurs erreurs.  Pour ma part, je pense que j’ai terminé cette période d’apprentissage et que je suis prêt à travailler sur des projets avec un budget conséquent et un scénario mieux ficelé.
Tu es sur un nouveau projet ?
Ca s’appelle un Game Over. C’est un thriller sur des jumeaux de 10 ans qui vont tuer leur baby-sitter et comment les parents vont faire pour cacher ce meurtre au cours d’une nuit difficile. On est dans l’esprit  Fargo où l’ont conserve l’humour et le drame. Je suis en train de monter le projet avec plusieurs co-producteurs internationaux, des canadiens, des allemands et j’ai hâte.
Que nous prépares-tu pour la deuxième édition du We Love paris Film Festival ?
On va faire une deuxième édition divisée en deux parties. Une première partie au mois de Février, consacrée aux court métrages et une deuxième partie avec les longs métrages. Et entre les deux, à partir du mois de Février, on lancera des ateliers d’écriture de scénario, de réalisation ainsi que de composition de musique. Avec aussi un atelier scénario-musique où les jeunes talents devront réaliser un film avec la musique déjà composée pour que celle-ci devienne un rythme du film et pas juste un accompagnement. Redonner la place au compositeur comme un auteur à part entière du film.
Je te laisse le mot de la fin.
Je voudrais dire que je suis assez fan  des talents féminins qui émergent dans le cinéma français  comme Céline Sciamma, Mia Hansen Love ou Justine Triet. C’est pour moi le cinéma le plus intéressant en France  actuellement. Ca me donne beaucoup de joie car elles se sont battues pour cela et je crois qu’on aura bientôt de très grand films de femmes dans les festivals, dont le mien, car pour cette édition il n’y en avait pas beaucoup et j’espère changer cela l’année prochaine.
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