Avec un premier roman autobiographique, Alexandre Brandy frappe fort ! Il nous raconte son expérience d’imposteur, du moment où il imagine le plan de son braquage jusqu’à son arrestation et son incarcération.

Dans un récit à la première personne, ce jeune homme, considéré comme un gamin en échec scolaire par son entourage, explique comment il a réussi à braquer un hôtel particulier en plein centre de Paris sous les yeux de l’agent immobilier et de la propriétaire.

Mentir, une philosophie de vie

Premier ingrédient, capital, pour ce coup de maître : le mensonge. Et Alexandre Brandy semble être un véritable professionnel dans l’art de mentir. Comme le suggère le titre, il ment depuis son enfance, petit garçon renfermé sur lui-même, sans aucun ami, forcé de déménager tous les ans pour suivre son père militaire. Le roman est d’ailleurs un aller-retour constant entre plusieurs époques : celle du braquage mais aussi celle des souvenirs d’enfance, dont aucun ne lui semble véritablement agréable. La frontière parfois floue entre les périodes du récit ajoute de l’intensité, le lecteur se retrouvant souvent perdu entre les époques. Peut-être pouvons-nous y voir une preuve d’une forme d’immaturité d’Alexandre Brandy : il ne peut s’empêcher de ressentir encore des rancunes d’enfance, et c’est comme s’il prenait une forme de revanche sur ses parents, sa famille et son entourage, lui l’inadapté, qui sera renvoyé du lycée avant d’avoir le bac.

Mais le clou du spectacle, ce sont les personnalités qu’endosse Alexandre Brandy pour mener ses escroqueries : le neveu du dictateur libyen Khadafi ou encore celui de l’homme qui règne sur la Syrie, Bachar Al-Assad. Plus que les endosser, le jeune homme les incarne véritablement, au point qu’aucune des personnes qu’il rencontre à ce moment-là ne soupçonne la supercherie. Et tout est si bien ficelé que c’est lorsqu’Alexandre Brandy tente de raconter la vérité qu’on l’accuse de mentir : personne ne croit qu’un jeune homme ait réussi à se faire passer pour la famille de dictateurs moyen-orientaux et à braquer une demeure luxueuse. Et c’est pour cela qu’il décidera d’écrire son histoire, pour qu’on le croie enfin : « Il faudrait sans doute écrire un roman pour être cru. Pour cela, la fiction serait le meilleur moyen – et peut-être le seul« .

Mentir pour exister

Paradoxalement, c’est pour être démasqué que le jeune escroc ment : il attend le moment où il sera arrêté comme une forme de délivrance, de libération. Il cherche sincèrement à être emprisonné, et laisse des traces pour qu’on remonte jusqu’à lui. Et dès le début du livre, le style d’Alexandre Brandy suffit à nous faire comprendre ses motivations : l’ennui. Tout ce montage n’est qu’un jeu pour lui, un moyen de tuer l’ennui qui le ronge dans cette vie monotone qu’il ne supporte plus. La description de la routine qu’il met en place pour incarner ses personnages est représentative de son état : il a besoin de s’échapper, loin de la banalité de sa vie. Il s’amuse – et se vante au fil des pages – du respect qu’on lui montre et de la considération qu’on lui donne, quand il n’est pas Alexandre.

Mais ce qui compte le plus, c’est définitivement l’après-braquage. Ce sont donc son arrestation, puis son incarcération, qui prennent le plus de place dans le roman, et ce sont aussi les parties les plus intéressantes, celles où Alexandre Brandy se dévoile le plus. Il ne cherche aucunement à fuir ses actes, ni à les justifier, il les assume complètement. Et le lecteur se retrouve dans une position privilégiée : alors que le jeune homme a menti toute sa vie, il semble ne dire que la vérité à ses lecteurs, à qui il ne cache pas ses intentions, ni ses réflexions postérieures à son acte. Ce qui lui permet de dire avec une honnêteté presque déconcertante, alors qu’il est en prison, qu’il ne regrette rien : « J’avais volontairement commis un crime en désirant un châtiment. Or, si la crainte d’un châtiment est la condition nécessaire au remords, je n’en avais donc aucun.« 

Alexandre Brandy signe une autobiographie honnête, où il se met à découvert, explique ses actions sans jamais les excuser, mais aussi et surtout, fais la paix avec son passé et son enfance. Un roman intéressant et bien écrit sur ce que l’ennui peut pousser à faire.

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« Il y a longtemps que je mens », Alexandre Brandy, Editions Grasset, 208 pages, 18€

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Journaliste littéraire chez Untitled Magazine. Contact mail : m.ciulla@untitledmag.fr