Helena Almeida, artiste portugaise née en 1934, fait de l’art un lieu d’expérience. Elle interroge dans sa production, aussi bien le médium utilisé que des problématiques comme la place du corps, le langage de l’intime ou la matérialisation de la trace.

Corpus, rétrospective sommaire, présente un ensemble de supports travaillés par l’artiste. Des photographies bien sûr (son procédé de prédilection), mais aussi des performances filmées ou des peintures qui frôlent souvent les sculptures.

Expression pure et matérialité du médium

L’exposition permet d’entrer dans les différentes phases d’exploration qu’a parcourues l’artiste. Ses premières démarches s’inscrivent parfaitement dans les préoccupations des années 60, tournant de l’art moderne, où la technique n’est plus considérée comme le support d’une expression mais plutôt comme expression « pure » (merci Monsieur Greenberg !). Dans une première salle, on découvre ce travail sur le médium. L’artiste interroge ce qu’est la toile en désolidarisant le support en coton de son châssis, en jouant sur des mises en scène photographiées, en superposant les médiums (peinture, sculpture, photographie et performance).

La seconde salle nous amène plus en avant sur les découvertes de l’artiste. Omniprésente dans son œuvre, la photographie retravaillée s’impose dans un discours toujours plus philosophique sur la place de la représentation et celle de la présentation. Helena Almeida est le principal sujet de ses productions et propose une série de Peintures Habitées (Pintura Habitada) où la photographie, base première de l’œuvre, se voit retravailler par la peinture ou le fil. Les préoccupations sur le geste, sur la production, sur la subjectivité qui en découle aussi bien du côté de celui qui fait que de celui qui regarde, sur la trace laissée, sont de plus en plus manifestes. S’ajoute à cela une deuxième lecture, plus engagée, féministe. Sa série Ouve-me, plans rapprochés sur une bouche cousue, signale la nécessité de parole dont a besoin la femme artiste de la fin du XXème siècle. Le glissement progressif vers des formats à taille humaine, vers la gestuelle propre du corps, se fait sentir.

Almeida_04

Des plans au corps

C’est en effet ce que travaille aujourd’hui l’artiste. Présentées dans la dernière salle, des photographies à taille humaine représentant des femmes dansant, démontre l’intérêt toujours plus vif de la place du corps, de la place du corps de la femme. Lascif, charmeur, gracieux, il manifeste la séduction, le plaisir et l’intériorité. Il s’écroule et termine à terre, dans une série de 18 clichés oscillant entre expression de l’abandon jouissif, de l’abandon voluptueux à celui de l’abandon éreinté, proche de la mort.

Si la scénographie est gênante à certains égards : peu de précision, parfois trop de juxtaposition, des cartels (trop) discrets, une impression d’inachevé (notes explicatives plaquées au mur sur un format A4), le découpage des salles est fondamentalement bien mené (chronologiquement). L’intelligente progression raisonnée de la production d’Helena Almeida y est claire. Son passage du médium de l’art à celui de la production, avec toutes les connexions qui peuvent s’y rapporter, s’y mêler est adroitement décrit. Le travail de l’artiste est riche, lisible à plusieurs niveaux et permet de s’interroger sur la condition de l’art actuel. Qui en sont les médiums, pour en dire quoi ?

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here