En créant Wecandoo, Grégoire Hugon, Edouard Eyglument et Arnaud Tiret ont fait le pari de redonner ses lettres de noblesse à l’artisanat autour d’ateliers personnalisés.

Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer pour aller faire son fromage ? D’abandonner les contraintes du bureau pour se mettre à la boulangerie ? De déjouer les secrets des nez pour créer des parfums ? A défaut de passer le cap, Wecandoo offre la possibilité de se glisser dans l’atelier d’un artisan pour découvrir son savoir-faire et repartir avec un objet personnalisé. Se former à la menuiserie avec un ébéniste, composer un bouquet avec un fleuriste ou créer un vitrail sont désormais des rêves à portée de main. A Paris et à Lyon, la start-up propose ainsi de s’initier à une technique de maître, mais pas seulement. En s’engageant dans un atelier, en mettant « la main à la pâte », elle invite aussi à partager l’histoire d’un artisan. Entretien avec Grégoire, cofondateur de Wecandoo.

Comment est né Wecandoo ?

Nous sommes trois à avoir monté ce projet et nous avons chacun une connexion particulière avec l’artisanat. Edouard est passé par l’Institut Paul Bocuse et a fait une école de commerce ; il ressentait une certaine frustration et avait depuis longtemps l’idée de faire découvrir le savoir-faire des artisans. Arnaud était consultant en système d’info et sur le point de se reconvertir pour s’occuper d’un moulin. Et moi, je viens du Limousin qui est une région très agricole et je voulais m’engager pour les territoires, remettre au gout du jour les savoirs-faire locaux et le patrimoine français. Notre démarche a été d’aller rencontrer des artisans en exposant nos idées et en leur demandant ce qu’on pouvait faire pour eux. La réponse était toujours la même : on manque de visibilité et de clients.

Votre but est donc de valoriser ces professions…
Oui, car on s’est aperçus que notre génération ne comprenait plus grand-chose à l’artisanat. Que fait un ébéniste de ses journées ? Ou en trouver ? Comment s’assurer de sa qualité ? Il y a une vraie déconnexion… sans compter ce cliché que l’artisanat coûte cher ! On a aussi remarqué que l’artisanat est absent des canaux de distribution habituels : il faut faire un travail pédagogique pour que les gens se réapproprient ces savoirs-là et mettent la main à la pâte. Notre but est de dépoussiérer l’image de l’artisanat. On veut montrer qu’aller fabriquer son porte monnaie, c’est un loisir comme un cours de musique ! L’artisanat n’est pas froid : ce sont des objets du quotidien, c’est extrêmement vivant.

Combien d’ateliers proposez-vous actuellement ?
On a un peu plus de 100 ateliers, pour 75 artisans répartis sur Paris et sur Lyon. L’idée n’est pas de faire la course, mais de travailler en augmentant l’offre et la demande sans créer de concurrence entre nos artisans.

Comment trouvez-vous les artisans avec lesquels vous travaillez ?
Ils nous contactent quasiment tous par bouche-à-oreille. Notre démarche est fondée sur l’intégration de nos artisans : on travaille par exemple avec un collectif et on propose des ateliers complémentaires pour eux, où ils peuvent notamment se rencontrer.

Les artisans doivent-il remplir certaines conditions ?
Il doivent d’abord proposer une transformation de matière en produit fini. On demande aussi aux artisans d’être inscrits au métiers de l’artisanat. Le dernier critère est qualitatif : il faut que l’artisan ait envie de transmettre quelque chose et de passer du temps avec des gens.

Est-ce que vous testez vous-mêmes tous les ateliers ?
Oui, ne serait-ce que pour l’artisan car bien souvent, ils n’ont jamais animé d’atelier ! On teste le produit car notre offre est de rencontrer un artisan, mais aussi repartir avec un objet !

Fabriquer une étagère en bois

 ♦ Un portrait chinois version Wecandoo ♦

Un atelier pour la Saint-valentin ? Faire de la mozzarella à deux : on boit un verre de vin, on déguste et on fabrique : c’est génial.

Un atelier pour sa maman ? Un atelier de bijouterie, comme fabriquer une bague avec trois anneaux pour ses trois enfants !

Un atelier pour ton pote Hipster ? Fabriquer un skate-board sans aucun doute !

Un atelier pour l’anniversaire d’une copine ? Une journée avec une styliste pour apprendre à fair un vêtement.

Un atelier pour découvrir ? Manier le bois grâce à une journée d’initiation, c’est vraiment une belle découverte.

Ton atelier coup de cœur ? J’aime beaucoup la fabrication du porte-monnaie, s’il y a une expérience qui représente bien ce qu’on propose, c’est bien celui-ci !

Et celui d’Edouard, l’autre cofondateur de Wecandoo ? L’atelier saucisse qui permet de plonger dans l’univers de la boucherie, un savoir-faire que l’on côtoie tous les jours mais que l’on connait finalement très peu. C’est un atelier super convivial où l’on partage un petit verre entre amis !

L’atelier saucisse, pour apprendre les rudiments de la boucherie.
L’atelier maroquinerie, pour fabriquer un porte-monnaie en cuir avec Valérie

Pourrais-tu expliquer pourquoi Wecandoo s’insère dans une économie collaborative ? C’est une plate-forme qui met en relation deux groupes qui ont des intérêts communs, de même que Blablacar. Notre engagement, c’est que certains savoirs faire ne disparaissent pas et on a fait le pari que les gens en parlent : une fois que quelqu’un a participé à un atelier, il devient un ambassadeur de l’artisanat. C’est donc collaboratif par nature parce qu’on essaie de faire circuler les savoirs. Toutes les collaborations permettent aussi de connecter les artisans entre eux et pourquoi pas de co-créer.

Pensez-tu qu’il y ait un retour à l’artisanat depuis quelques années ? Depuis un peu moins de dix ans, il y a un retour indéniable à l’artisanat, mais il y a surtout une volonté de se reconnecter. Le grand cliché, ce sont les gens du secteur tertiaire qui bossent sur de l’abstrait et qui, à un moment donné, ont besoin de se connecter au réel et de laisser des traces. L’artisanat est un fantasme dans pas mal de têtes, mais de là à passer réellement le pas…

Y a-t-il un atelier que vous rêvez de proposer ? Un souffleur de verre, ce serait « l’artisanat waow » car c’est le genre de pratique qui laisse sans voix : c’est visuel, beau et vraiment impressionnant !

Quels sont vos projets pour 2018 ? On a trois grands projets : ouvrir un espace événementiel dédié aux savoir-faire et à l’artisanat, ce qui nous fait passer d’acteurs digital à une marque. Ensuite on aimerait implanter Wecandoo à Bordeaux, Lille et Nantes, et enfin, on aimerait aider encore davantage nos artisans à développer leurs clients et créer une petite agence digitale pour être présents en ligne, etc…

Pour finir, comment définirais-tu Wecandoo en trois mots ?
« Humain », « savoir-faire » et « authenticité » !

Retrouvez tous les ateliers sur :

Wecandoo / Instagram / Facebook / Youtube

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Un pied à Paris, l'autre à Rouen, et le cœur à Leipzig. J'explore les territoires de la culture et de l'écriture avec malice. Spécialiste en Bretzels, 9-3, podcasts et poésie. Membre de la confrérie des roux et des passionnés de musique.