Festival unique en France, la Route du Rock continu de cultiver son identité depuis 28 ans. Rencontre avec François Floret, fondateur et directeur du festival, un mois avant de partir à l’assaut des remparts malouines. 

Comment se sent-on à un mois du début du festival ?
Avec le temps on est plutôt tranquille, on a l’expérience des avants festivals. On peaufine tous les détails : que ce soit l’aménagement, l’aspect technique, les devis, etc. Il n’y a pas de quoi être inquiet.

Cela fait 28 ans que la Route du Rock existe, vous avez toujours été un festival précurseur, quelle est la découverte dont vous êtes les plus fiers ?
Il y en a tellement que c’est compliqué d’en sortir une. Globalement, je dirais que nous prenons plus de risque que les autres festivals, donc nous avons plus de chance de faire des bons coups et des belles découvertes. Il y a des choses qu’on nous cite souvent, comme Muse en 1999 pour leur première date française, Placebo en 1997, Dominique A en 1993, ou encore MGMT. Mais attention, je ne dit pas que nous les avons découvert, car ils ont souvent joué ailleurs avant de jouer chez nous. Mais nous leur avons donné une exposition plus importante.

Quel groupe ou artiste manque aujourd’hui à votre tableau de chasse ?
On a loupé deux fois Arcade Fire. La première fois, ils étaient totalement inconnus. J’avais juste écouté des maquettes qu’un pote m’avait envoyées, c’était vraiment un groupe en devenir et ils n’avaient pas sorti d’album. Mais pour des raisons de communication nous n’avions pas pu les programmer car nous devions lancer la communication générale et nous n’avions plus le temps de rajouter un groupe. Et une autre année, où ils étaient plus connus, on a été victime d’exclusivité de la part d’autres festivals qui ne voulaient pas qu’ils viennent chez nous, alors que le groupe lui-même était d’accord.

Cela fait trois ans que vous proposez des expositions photos au sein du festival, avez-vous d’autres projets pour diversifier l’offre artistique ?
En fait, les expos photos se font selon l’actualité et les opportunités. Il n’y a rien de systématique. En l’occurrence, pour Etienne Daho, en ayant fait cette exposition à la Philharmonie de Paris, cela nous intéressait de l’avoir. On a aussi un film sur Patti Smith le samedi, et cela a été ajouté car elle jouera le soir. Donc ce sont des artistes qui ont d’autres propositions artistiques que leurs simples concerts, et cela nous semble logique de le greffer à l’événement. L’année prochaine, si nous n’avons pas ce genre de possibilité, peut-être que nous ne ferons rien. Mais il est clair que nous aimons bien avoir une offre plus riche que les concerts, nous sommes ouverts et à l’écoute.

Vous revendiquez le fait d’être le “plus petit des grands festivals”, et vous n’exprimer pas le souhait de vous agrandir, qu’est-ce que vous ne pourriez plus faire en étant plus grand à l’avenir ?
C’est presque mathématique, actuellement nous pouvons accueillir 12 000 spectateurs maximum. Et nous voyons bien que nous sommes déjà serrés. Même si l’événement reste à taille humaine, les services ne sont pas forcément évident à mettre en place, comme la restauration, les déplacements, etc. Donc si demain, nous avons un site qui fait trois fois la taille de l’actuel, il y aura trois fois plus de problème logistique, et de fait l’aspect humain sera forcément moins important. Si nous devenons plus grand, nous perdrons cette convivialité. Et même si nous avons beaucoup travaillé l’ensemble des services, c’est très différent en fonction de la jauge.

Et je n’ai jamais été très fan des concerts que l’on voit sur un écran. Nous en avons évidemment, car avec 12 000 spectateurs nous avons besoin d’un relais, mais il s’agit davantage d’un confort pour les personnes qui sont au bar, mais ce n’est pas indispensable chez nous. Si nous étions sur une jauge de 30 000 spectateurs, les écrans seraient indispensables. Est-ce que l’on va en festival pour voir les concerts sur des écrans ? Je n’en suis pas convaincu.

Il est vrai que vous cultivez cette proximité entre le public et les artistes
Absolument, et j’y tiens fortement. Chez nous, quelqu’un qui sait jouer un peu des coudes peut venir en devant de scène sans être étouffé par la foule et se retrouver à deux mètres d’un artistes qu’il adore, que ce soit une icône comme Daho, un groupe comme Phoenix, ou des découvertes comme Shame. On peut quasiment toucher les artistes chez nous, sans que ce soit un parcours du combattant.

Quelles sont les immanquables cette année à la Route du Rock ?
Patti Smith déjà, c’est une icône absolue pour beaucoup de monde, et toutes les générations. Elle a marqué une partie du punk, avec plus de poésie aujourd’hui. C’est un des derniers grands noms de la musique rock. Donc c’est un événement majeur.

Puis Étienne Daho, nous sommes très fiers de l’avoir. C’est le régional de l’étape, il est Rennais comme nous, il a à peu près le même âge que moi, nous avons vécu la même évolution du rock à Rennes, avec les mêmes références, les mêmes lieux pour boires des coups (sourire), on ne se connait pas personnellement, mais il y a ce lien. Et avoir cette star française chez nous, qui a envie de se mêler à ce moment rock, à ce moment musical indé, nous en sommes très heureux.

© Pari Dukovic

Et en dehors des grands noms, il y a Shame, qui a déjà joué lors de l’édition de la Route du Rock hiver il y a deux ans et qui avait été la révélation de l’événement. Ils reviennent avec un album qui est incroyable. On va assister à live totalement déjanté et maitrisé en même temps. Ce sera un grand moment de rock punk comme on aime.

Et puis il y aura les fins de soirée, où je ne boude jamais mon plaisir d’avoir des moments électro où ça tabasse un peu plus.

Vous avez fait venir cette année des grands noms de l’électro, et cela se fait de plus en plus à la Route du Rock
Oui en effet, mais ce n’est pas nouveau. Le côté électro, nous l’avons mis en place très vite. À partir de 1999, nous avons commencé à arrêter de penser que la Route du Rock était un festival de pop anglaise, car nous étions vraiment catalogués comme tel. Depuis, nous essayons d’avoir des fins de soirée les plus dansantes possibles. Cette année nous avons The Black Madonna, Ellen Allien, Jungle, qui est quelque chose de plus chaloupé, et Veronica Vasicka. Ce sont des jolis noms, et nous en sommes très contents car nous avons un public qui n’est pas spécialisé dans l’électro, donc nous programmons des références imparables afin d’être sûr qu’il va s’amuser jusqu’au bout.

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Musique / littérature