La Fondation EDF propose actuellement un cycle de quatre expositions annuelles, de 2020 à 2024, qui entrent en résonnance avec les enjeux de nos sociétés, qui réfléchissent l’actualité. En 2021 et jusqu’au 30 janvier 2022, l’exposition offre un regard complet, didactique et artistique, au sujet des Fake News.

Un sujet brûlant d’actualité

« Fake News » est une expression désignant une fausse information qui se répand généralement comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. L’exposition interroge les composants des Fake News et identifie trois axes de compréhension : comment se créé une Fake New ? Comment se propage-t-elle ? Et comment s’en prémunir ?

Vue de l’exposition « Fake News : art, fiction, mensonge » (c) Grégory Brandel – Fondation EDF

L’enjeu de l’exposition est donc très contemporain et réellement immédiat puisque ces informations erronées sont omniprésentes au quotidien, au creux de notre main où trône le téléphone portable. A l’heure des réseaux sociaux, de la surinformation numérique et des messageries instantanées, il était nécessaire de parler de ce phénomène. Grâce à l’art, le public peut prendre du recul sur ce sujet, le questionner et même en rire.

Pour d’abord déstructurer l’illusion de la Fake News, des artistes comme Alain Josseau laissent le public se faire surprendre par la fiction. Il propose une installation qui projette une vidéo de ville en ruine, de ville dont une guerre n’a laissé que des bâtiments éventrés, l’installation montre à la fois l’envers du décor. Les ruines ne sont que des maquettes, l’arrière plan n’est en réalité qu’un fond vert. Il dénonce par ce biais notre société médiatique où l’image se substitue à la réalité.

Alain Josseau, G255, 2020. (c) Alain Josseau, courtesy Galerie Claire Gastaud, photo : Grégory Brandel – Fondation EDF

Chacune des composantes de l’exposition est ainsi alimentée par des œuvres qui se jouent du visiteur, qui cherchent à le confronter à l’illusion d’Internet. Au-delà de l’aspect taquin et surprenant de certaines œuvres, la scénographie est ponctuée de vidéos explicatives. L’exposition mêle ainsi didactique et artistique. Les intervenants sont d’éminents penseurs et acteurs qui savent résumer la complexité de la désinformation, de la fausse information, en peu de temps. Parmi eux : Denis Teyssou, journaliste, responsable du Medialab R&D de l’Agence France-Presse (AFP), Paola Tubaro, Professeur chercheur au CNRS, et Laurent Bigot, Journaliste & maître de conférences, Directeur de l’Ecole publique de journalisme de Tours, qui est également le commissaire de cette belle exposition.

Spécialiste du fact-checking qui signifie la vérification des sources, des faits – Laurent Bigot propose aux visiteurs une « exposition inédite » dont les œuvres « nous familiarisent avec des processus de fabrication inventifs, à l’origine d’objets parfois difficilement identifiables, entre authenticité et inventivité, réalisme et onirisme… 
Ces œuvres ont le pouvoir, enfin, grâce à leur capacité de dénonciation parfois vigoureuse de notre dangereux environnement informationnel, de provoquer un sursaut salvateur face aux risques. Elles peuvent nous permettre de reprendre la main sur nos compréhension du monde.« 

Fake News. Art, fiction, mensonge

L’exposition cherche donc à mettre en garde le public contre les mensonges numériques et possède une visée éducative pour les plus jeunes. Cependant, loin d’être docte, certaines œuvres sont didactiques, d’autres franchement drôles et d’autres encore mêlent le scientifique, l’analyse, à ces questionnements.

Tsila Hassine et Carmel Barnea Brezner Jonas, Israël, Fake Truth (Faux truisme), 2019-2020. (c) Grégory Brandel – Fondation EDF

C’est le cas de l’installation Fake Truth de Tsila Hassine et Carmel Barnea Brezner Jonas. En suspension, une machine servant à éditer les tickets de caisse possède un dispositif fonctionnant par WIFI qui imprime chaque Tweet contenant le hashtag « fakenews ». Ainsi, comme un immense ticket de caisse, une liste de postes dont l’encre est vouée à disparaître s’imprime jusqu’à toucher terre. Par cette accumulation, le public se rend compte de l’importante désinformation présente sur internet, le papier semble s’étirer à l’infini.
Une autre œuvre utilise les tweets et les hashtags pour calculer la tendance des sujets d’actualité et dénoncer ainsi les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux.  L’International Fact-Cheking Network (IFCN) a créé une vidéo qui permet d’observer, au fil des semaines et à l’échelle mondiale, la propagation de fausses informations dédiées au coronavirus. Ces fake-news ne cessaient de prendre de l’ampleur à travers le globe durant la pandémie, et grâce à l’exposition le public peut voir ce phénomène numérique évoluer à l’écran. Il est confronté à l’analyse de sa propre réalité. Ainsi, la vidéo montre comment se sont propagées des propos ineptes telles que : « Retenir sa respiration pendant 10 secondes est un bon test pour vérifier si vous avez la Covid-19 », « La première volontaire à essayer le vaccin contre a Covid-19 est décédée. »

Ainsi, par ces œuvres techniques utilisant des protocoles ou des données scientifiques, le public est sensibilisé à la quantité incroyable de fausses informations auquel il est confronté. Il y a quelque chose de vertigineux dans ces œuvres plutôt terre à terre qui oblige à prendre conscience de l’amoncellement constant d’informations erronées sur les réseaux, de ce fil continu qui a quelque chose de magique mais aussi de dangereux.

Tsila Hassine et Carmel Barnea Brezner Jonas, Israël, Fake Truth (Faux truisme), 2019-2020. (c) Grégory Brandel – Fondation EDF

L’humour pour prendre du recul

Les artistes se jouent de notre monde super connecté, et en cela, nous permettent de réfléchir à son sujet. En 2020, Simon Weckert avait beaucoup amusé les internautes et avait fait parler de lui grâce à une vidéo-performance. Dans un chariot, il avait connecté à Google Maps 99 téléphones et s’était baladé dans les rues désertes provoquant sur l’application une illusion d’embouteillage. L’œuvre se nomme Google Maps Hacks.

Simon-WECKERT, Google Maps Hacks, 2020.

Ainsi, c’est par l’humour que l’hyperconnectivité est montrée et amène le public à s’interroger sur son propre rôle, son propre poids, dans la propagation d’une information. En effet, Simon Weckert montre que d’une façon simple, récréative, le géant Google peut aussi être perturbé, il est faillible. L’artiste rappelle que la magnifique plateforme d’échanges et d’informations qu’est Internet, possède une réalité économique, sociale et humaine que, derrière notre écran, nous avons tendance à oublier.

Se questionnant également au sujet de la liberté derrière un écran, sur les réseaux sociaux, encoreunestp a créé une installation spécialement pour l’exposition. Des oiseaux bleus – mascotte d’un réseau social bien connu – sont en cages. Chacun est accompagné d’une Fake News inventée de toute pièce par l’artiste et assez délirante. A l’origine des réseaux sociaux, les postes ou « Tweets » permettaient de s’exprimer librement masqué par un pseudonyme, mais depuis plusieurs années, l’oiseau a été mis en cage, et beaucoup de comptes sont censurés pour divers abus, comme, récemment, celui d’un ancien président connu pour ses Fake News.

encoreunestp, #NotiTweety 2.0, 2020. (c) Grégory Brandel – Fondation EDF

Pour aller plus loin

Comment démêler le vrai du faux ? La Fondation EDF offre à ses visiteur une carte contenant les bases du fact-checking, pour aider à décrypter les informations qui circulent sur Internet :
1. Qui est à l’origine de l’information, de la photo, de la vidéo ?
2. Le message est-il particulièrement spectaculaire ou anxiogène ?
3. Ce contenu se repose-t-il sur des sources fiables ?
4. Cette information se trouve-t-elle aussi dans les médias professionnels ?
5. Ce texte ou cette image n’a-t-il pas été utilisé auparavant dans un autre contexte ?

Vue de l’exposition « Fake News : art, fiction et mensonge. » (c) Grégory Brandel – Fondation EDF

Par ailleurs, et depuis chez vous, vous pouvez consulter le site de l’Agence France Presse (AFP) qui a publié et met régulièrement à jour une page internet qui reprend des Fake-News, les analyse et rétablie la vérité au sujet de la pandémie. Car, « le coronavirus suscite un flot ininterrompu de fausses informations sur les réseaux sociaux. Voici la liste des articles de vérification de l’AFP en français.« 

Enfin, malgré une exposition qui montre à quel point la manipulation est facile, mais aussi surveillée et contestée, il est légitime de se demander pourquoi le fact-checking est si difficile ? Pourquoi, à l’heure où nous possédons autant d’outils, il est si compliqué de démêler le vrai du faux ? Pourquoi les professionnels, les scientifiques, ne parviennent-ils pas à donner une réponse à une question, pourquoi un consensus ne se fait pas autour des preuves ? Pourquoi les messages restent brouillés ? En utilisant les clés données par l’exposition : en se posant les bonnes questions et en prenant du recul, c’est une première manche de gagnée. Mais le chemin est long et sinueux car les Fake-News, la désinformation, n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour être si bien installés dans notre communauté. A ce sujet, Franck Cuveillier et Pascal Vasselin ont réalisé, en 2020, pour ARTE La Fabrique de l’ignorance, un documentaire qui « explique enfin, au plus près de la recherche, pourquoi nos sociétés dites « de l’information » s’accommodent si bien de l’inertie collective qui, dans le doute, favorise le business as usual et la consommation sans frein.« 


« Fake News : Art, fiction et mensonge »

Fondation EDF
6 rue Juliette Récamier
75007 Paris
Entrée libre sur réservation
du mardi au dimanche 12h à 19h (sauf jours fériés)