Le podcast est un drôle d’objet sonore : profondément moderne, il a aussi quelque chose de résolument antique parce qu’il renoue avec des pratiques qui se rapportent à la nuit des temps. Ecouter des histoires, se bercer de paroles, s’endormir avec des mots : ces pratiques remontent à bien plus loin que l’avènement du smartphone car l’oralité est à la source même de la société. L’essor du podcast marquerait-il le retour à un besoin d’histoires ?

La musique des mots

Dans son ouvrage Pourquoi raconter des histoires[1], le conteur et écrivain Bruno De La Salle se pose la question du rôle de la transmission. Il se demande pourquoi raconter, et s’interroge sur les besoins que viennent nourrir les histoires. Il explique que dans un monde « ultra médiatique et commercialisé à outrance », il y a encore des conteurs qui défendent l’art de la narration avec leur voix, leurs valeurs, leurs répertoires et leurs cultures. Celui qui raconte et celui qui écoute développent alors une confiance mutuelle qui se loge dans l’écoute. Pour l’auteur, écouter, c’est « bien vouloir laisser pénétrer en soi la musique des mots provenant de quelqu’un d’autre ». C’est pour cette raison que la parole, quelle qu’elle soit, est avant tout un lien. Raconter et écouter des histoires marque l’expression d’un besoin que nous avons tous :

« C’est un besoin inextinguible, pour chacun, de se situer, de se repérer au-delà des illusions, un jour ou l’autre, pour savoir s’il a vraiment une histoire avec un début et une fin et si sa vie, son voyage, ses résolutions, l’ont mené à autre chose qu’à survivre. Raconter est un moyen [..] de prolonger l’aventure humaine. »

Aujourd’hui, les podcasteurs – ou créateurs de podcasts- semblent prendre le relais. Même si la narration est bouleversée car elle ne se donne plus en face à face (tantôt elle a lieu au creux de l’écouteur, tantôt en pleine activité), l’essor fulgurant que connaissent les podcasts montre ce besoin d’écouter, de transmettre, de partager. D’une certaine façon, la communication numérique permet, elle aussi, de véhiculer des histoires et de démultiplier la parole.

© Müglück pour Slate
Tendre l’oreille

Que l’on cuisine, que l’on s’endorme ou que l’on se promène avec un podcast dans les oreilles, il semble que l’écoute soit, bien souvent, une activité solitaire. Sur un poste fixe ou sur un téléphone mobile, tout ouïe ou en activité, fragmentaire ou tout entier, le podcast implique ainsi des postures d’écoute qui lui sont propres. Avec ce type de productions ; lente, immersive et personnelle, l’écoute devient une pratique contraire aux productions du web 2.0. Elle permet de se reposer dans un monde envahi par l’information, de voyager dans un monde saturé d’images, et, paradoxalement, de se « déconnecter » tout en se connectant.

L’art de l’écoute

Le podcast renouvelle ainsi un art de l’écoute qui a sans doute été mis à l’écart au profit d’autres disciplines – la télévision, la lecture, les jeux vidéo etc – où c’est l’image qui prime. A l’inverse des émissions de télévision ou de radio qui proposent des discussions avec des personnalités, les podcasts déploient souvent la voix d’anonymes. L’écoute permet alors une nouvelle forme d’identification : prétextant nous parler du monde, le podcast nous parle de nous. Sur Transfert, dans certaines rubriques d’Arte Radio ou dans Surperhéros, le podcast de Binge Audio, les narrateurs sont des gens ordinaires et en les écoutant, on a la sensation qu’on lit un carnet secret. Dans d’autres podcasts dialogués comme La Poudre, l’équilibre entre la voix et le silence permettent de revaloriser l’écriture sonore. Et cela fait du bien, d’écouter ce silence. Il n’a guère sa place dans les émissions de radio où la voix se déverse rapidement comme un ruban sur les ondes, où elle s’entrelace aux jingles, aux informations ou aux plages musicales. Pourtant, le silence est fondamental. Dans un épisode de Nouvelle Ecole, Laure Adler disait qu’il correspond « au moment où les gens cherchent en leur fort intérieur ce à quoi ils pensent« . Le temps, la respiration, l’attente donnent confiance à l’auditeur. Elle lui laisse le temps de savourer la parole, d’y réfléchir, de s’y arrêter.

Crédits photo de couverture : Marie Guillard pour Louie Media © Tous droits réservés 

[1] DE LA SALLE B. 2010, « Pourquoi raconter des histoires », Cassandre/Horschamp n°85.
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Entre Paris et Rouen, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture. Membre de la confrérie des roux, des adorateurs de bière et des passionnés de musique.