Pour la troisième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

L’affaire Mayerling, Bernard Quiriny

Que se passe-t-il au Mayerling ? Dans la petite ville de Rouvières, cette résidence neuve de haut standing semble afficher une promesse de sérénité pour ces occupants, précieusement triés sur le volet. Mais derrière ses portes en béton, protégées par une importante sécurité, le quotidien des locataires n’est pas de tout repos. Madame Chopard croit voir le fantôme de sa mère. Monsieur Paul rêve d’assassiner les bruyants locataires. Une odeur s’échappe de l’appartement de Madame Meunier. Aléas de la vie en communauté ou dérèglement matériel de l’immeuble ? Le Mayerling ne se retournerait-il pas contre ses occupants ?

Bernard Quiriny signe un roman aussi drôle que glaçant, entre situations cocasses et dérapages absurdes dans une communauté en perpétuelle tension. Racontée sous forme d’enquête, mêlant imagination et critiques, ce roman se veut être un cri alarmiste contre la construction à tout va, la standardisation de nos habitats, contre le béton et surtout contre la déshumanisation de nos villes. L’affaire Mayerling est un savoureux roman, désopilant, qui nous régale d’humour tant c’est absurde. Mais l’auteur apporte une véritable réflexion sur nos modes de vie, l’urbanisme moderne mais aussi la très recherchée accession à la propriété considérée comme le facteur de notre bonheur.

« L’affaire Mayerling », Bernard Quiriny, Edition Rivages Poche, 300 pages, 8,50 euros

Sentinelle de la pluie, Tatiana de Rosnay

Pour célébrer l’anniversaire de Paul et leurs quarante ans de mariage, Lauren décide de réunir sa famille à Paris. Les parents vivent dans la Drôme, depuis où Paul célèbre connaisseur des arbres parcourt le monde pour la défense de ces arbres précieux. Mais ce qu’il aime particulièrement, ce sont les tilleuls. Il a même baptisé ses enfants, Linden et Tilia, noms des tilleuls dans une autre langue, ces arbres magnifiques qui ornent le jardin de son domaine. Et pour l’événement, Lauren a fait venir son fils de San Francisco et sa fille, de Londres. Mais depuis des jours, des pluies diluviennes s’abattent sur la ville Lumière. Mais ce n’est pas la Seine qui semble le plus menacer la famille Malegarde.

A chaque étape de la montée des eaux, la statue du zouave du pont de l’Alma est notre point de référence. A mesure que Paris est engloutit, la famille se retrouve pris au pièce. Parents et enfants devront s’avouer ce qu’ils se sont toujours caché. Tatiana de Rosnay livre un magnifique roman où chaque membre de la famille porte un drame ou un secret, et vivant dans la peur qu’il soit dévoilé. Coming out, traumatismes, secrets bien enfouis, la Seine monte et les sentiments débordent accentuant la lourde ambiance présente depuis le début. Dans ce Paris, boueux, menacé par la crue, l’auteure explore avec brio le drame familiale, dans un Paris apocalyptique, rythmé par les bulletins météo et la santé du patriarche, qu’on ne reconnait presque plus.

« Sentinelle de la pluie », Tatiana de Rosnay, Edition Livre de Poche, 384 pages, 8,20 euros

L’enfant qui, Jeanne Benameur

Roman sur la solitude et le deuil, L’enfant qui met en scène trois personnages : un petit garçon, son père et sa grand-mère. Ils évoluent tous les trois dans leur propre univers, n’ayant que très peu de contact réel les uns avec les autres. Ils marchent, et ils essayent tant bien que mal d’avancer. D’avancer sans cette femme, la mère, qui fait office de quatrième personnage sur roman, passive, disparue, et dont le souvenir hante chacun des personnages. Jeanne Benameur nous émeut magnifiquement avec son écriture à la fois poétique et parfois orale, à la frontière fine entre métaphore et réalité qui entraîne le lecteur à la suite de ces personnages qui essayent de se reconstruire après la perte.

Le « tu » dirigé vers le fils, qui marche dans la forêt, sur les traces de sa mère, accompagné d’un chien que lui seul voit, crée un lien indéfectible avec ce garçon en apparence silencieux, mais si actif dans son imagination. Et on ressent rapidement beaucoup de compassion pour cette grand-mère qui fait la tournée du village pour subvenir aux besoins de la petite famille et qui se sent responsable de la disparition de la mère… Culpabilité de ne pas avoir ouvert les bras assez grand ou incapacité à se comprendre, cette vieille femme complète à merveille le tableau des émotions liées au deuil. Un très beau roman, poétique et métaphorique, sur la perte et la reconstruction de soi à travers la solitude.

« L’enfant qui », Jeanne Benameur, Editions Actes Sud/Babel, 128 pages, 6,50€