Vous aussi vous êtes perdu.e.s avec toutes les sorties récentes, tous les livres qu’on vous conseille et toutes les recommandations des libraires jusqu’à en oublier de lire des bandes dessinées ? Pas d’inquiétude, on a pensé à tout et on vous concocte des sélections de nos BD préférées !

« Tendre enfance », Jorge Bernstein & Laurent Houssin

Une bande dessinée sur les enfants, on s’attend bien entendu à de l’amour, de la naïveté et plein de trucs mignons… Et bien non, pas du tout ! Bernstein et Houssin nous proposent plutôt une BD cynique, trash et critique. Une BD où les parents se comportent comme des enfants, où les enfants comprennent mieux le monde que leurs parents, et où les paradoxes ne manquent pas. Le dessin fluide et coloré de Laurent Houssin se marie à merveille avec les textes directs et ironiques de Jorge Bernstein.

Chaque page nous réserve une nouvelle petite histoire passionnante et qui saisit les détails croustillants d’un quotidien où les enfants relèvent les défauts de leurs parents et les étale aux yeux d’une société qui ne manque pas de juger : une autorité difficile à assurer face aux autres, qui se transforme rapidement en violence et vulgarité généralisées, des remarques universalistes sur la vie par des enfants qui achèvent de détruire le peu de confiance en eux de leurs parents,…

C’est finalement autant une bande dessinée sur les adultes que sur les enfants, où les travers de la société et de l’éducation sont étudiés et tournés au ridicule. Il n’y a aucun tabou pour Bernstein et Houssin, difficile de voir qui des enfants ou des parents sont les victimes, ou peut-être est-ce la société…

« Tendre enfance », Jorge Bernstein & Laurent Houssin, Editions Rouquemoute, 80 pages, 16€

 

« Prendre refuge », Mathias Enard & Zeina Abirached

Nos sociétés européennes ont été ces dernières années confrontées à la nécessité d’accueillir les réfugiés d’autres parties du monde en guerre. Et il y a trop souvent eu des résistances et des réticences… C’est ce que Zeina Abirached et Mathias Enard mettent parfaitement en scène dans leur bande dessinée Prendre refuge : un parallèle entre deux époques, deux formes de réfugiés, tout cela ayant lieu à Berlin, ville signifiant la reconstruction et l’accueil par excellence. A la ville détruite par la Seconde guerre mondiale, succède la cité accueillante des réfugiés syriens fuyant leur guerre.

Karsten rencontre Nayla et l’accueille, la découvre en même qu’elle découvre et apprend à maîtriser la langue allemande. Et dans un même plan, des Européens fuyant la montée de la haine en Europe à la veille de la guerre découvrent la beauté – et une forme d’amour interdit et caché – l’Afghanistan et les bouddhas de Bâmiyan, leur histoire et leurs secrets.

Prendre refuge est finalement une invitation au voyage, autant qu’elle est une ode à l’accueil et à l’acceptation de l’autre. Une magnifique bande dessinée en noir et blanc, mais avec un dessin rond et chaleureux, au gros trait géométrique et qui met à l’honneur les bruits du quotidien. Zeina Abirached et Mathias Enard nous offrent un dessin réconfortant, qui accompagne à merveille la dureté d’un récit poétique.

« Prendre refuge », Mathias Enard & Zeina Abirached, Editions Casterman, 344 pages, 24€

 

« Thoreau et moi »Cédric Taling

Qui n’a pas déjà rêvé de discuter avec ses mentors intellectuels d’une autre époque et de comprendre la vision qu’ils ont de notre époque ? Le personnage principal de la bande dessinée de Cédric Taling a ce privilège : Henry David Thoreau lui apparaît et commente toutes les situations dans lesquelles il se retrouve, ce qui amène parfois à des scènes très comiques. A travers une critique de la société consumériste et capitaliste dans laquelle nous vivons, Cédric Taling s’attaque à dévoiler le malheur qu’elle crée chez des hommes qui se cachent derriere une apparence de bonheur.

Cédric, jeune père de famille, entre dès le debut de la BD dans une forme de crise existentielle : son mode de vie consomme trop de ressources et il se crée des besoins pour le plaisir de les assouvir. Cédric va donc se lancer dans un cheminement de pensée, à la suite de Thoreau et de sa philosophie, qui le mènera de la collapsologie au survivalisme en passant par la décroissance, avant qu’il ne réussisse à trouver sa voie propre. Une bande dessinée au trait fin et gracieux, pleine de couleurs, qui nous rappelle la nécessité de toujours s’interroger.

Thoreau et moi est la mise en images de la prise de conscience par une famille du besoin de changer de mode de vie, mais de la difficulté de le faire dans une société qui nous impose des contraintes contraires. La relecture de la philosophie de Thoreau par Cédric Taling – incorporant des vraies citations au texte – à la lumiere des conséquences du changement climatique est bénéfique et symbolise une quête de sens que l’humain de notre époque doit entreprendre pour faire face aux paradoxes qui habitent notre société.

« Thoreau et moi », Cédric Taling, Editions Rue de l’Echiquier, 128 pages, 17,90€