Venu du documentaire, le réalisateur helvético-burkinabé Bernie Goldblat signe son premier long métrage WALLAY, sur fond de choc culturel entre la France et le Burkina Faso, évitant les poncifs et autres lieux communs pour nous livrer un récit qui, tel un bain chaud, s’insinue avec tendresse dans l’esprit du spectateur.
Ady a 13 ans et n’écoute plus son père qui l’élève seul. Ce dernier, à bout de ressources, décide de confier Ady à son oncle Amadou le temps d’un été. L’oncle Amadou et sa famille habitent de l’autre côté de la Méditerranée… au Burkina Faso ! Là-bas, à 13 ans, on se doit de devenir un homme mais Ady, persuadé de partir en vacances, ne l’entend pas de cette oreille…

« C’est pas le Bled, ici… »

La quête initiatique d’Andy – jeune voyou qui doit rembourser une dette comme punition d’un vol – se fait pas à pas, en douceur, à travers sa découverte d’un pays dont il arbore fièrement l’appartenance mais dont il ne connaît rien. Un pays avec qui il va apprendre à communiquer en mettant de coté son langage en verlan et son attitude de caïd. Makan Nathan Diarra joue avec conviction et donne au film de très justes moments de comédie. Le réalisateur rend complémentaires les deux cultures qui vont définir l’identité d’Andy. Il donne surtout l’occasion de poser un autre regard sur un pays, trop souvent défini par la guerre et la misère – et non par son patrimoine culturel et son attachement aux traditions. Cette simplicité thématique qui accompagne une mise en scène clairvoyante permet à Bernie Goldblat de mettre en valeur ses personnages, qui sont touchants à plusieurs niveaux car non archétypaux. L’oncle Amadou cache sa radicalité derrière de profondes blessures et devra lui aussi réapprendre à communiquer, tandis que la grand-mère d’Andy, interprétée par l’attachante Josephine Kabore, apporte sagesse et malice. Andy sortira peu à peu de sa carapace et s’ouvrira au monde, et par conséquence à l’amour, au contact de Yéli, jouée avec délicatesse et fraicheur par Mourina Kankolé. Les quelques maladresses d’écriture n’impactent pas le film qui peut s’appuyer sur son charme pour nous faire voyager dans le même ton que Le Voyage au Groenland de Sébastien Betbeder.
Cette douce comédie, simple et honnête, diffuse un message bienveillant sur l’importance de connaître ses racines. Bernie Goldbat ne tombe pas dans le panneau de la comédie communautaire et fait de ce premier long métrage une leçon de vie rafraîchissante. On ne demande pas mieux.

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