Traitant de la fascination qu’exerce Hollywood dans notre imaginaire, California Dreams brouille la frontière entre fiction et documentaire. Le réalisateur Mike Ott nous présente – par le prisme de 5 personnages inaccoutumés – une réflexion comico-tragique sous forme de reportage scénarisé qui manque parfois de lisibilité.
California Dreams présente cinq individus uniques à la poursuite du grand rêve de leur vie. Par des auditions organisées dans de petites villes à travers le Sud de la Californie, le film dépeint de vraies personnes avec de grandes ambitions hollywoodiennes qui, pour des raisons diverses, n’ont jamais eu l’opportunité de les réaliser.
Un cycliste pédale au ralenti sur une route de Californie du Sud. L’horizon rêvé semble inaccessible. La précision des plans chauds des plaines californiennes contraste avec l’austérité du cadre social dans lequel vivent les personnages de California Dreams. Mike Ott filme hommes et femmes face caméra sous forme d’auditions, pour les mettre nus afin d’obtenir leur confession sur leurs rêves de gloire et leur désir de crever le grand écran. Ce dispositif de mise en scène, minutieusement millimétré, s’accroche à ses protagonistes dans leur quotidien privé sans parvenir à leur faire oublier le poids de la caméra. À la manière d’un Raymond Depardon, le réalisateur pratique le plan fixe et le hors-champs pour devenir réceptacle de ces confessions qui tout en gardant leur honnêteté, donne au film un rythme trop lancinant. Cette mise en abîme de la place du réalisateur n’en est pas moins pertinente en surlignant le ton documentaire du film et permet une très grande liberté dans l’interprétation.
©California Dreams
©California Dreams
C’est lorsque Mike Ott décide de fictionner son récit qu’il nous met légèrement en retrait. Travaillé sous l’angle de la comédie, l’intrigue autour du comédien – qui devient le point de convergence du récit – à la recherche d’argent pour faire démarrer sa carrière, amuse par ses dialogues mais semble venir d’un autre film qui se serait inséré maladroitement dans California Dreams. Cela n’enlève rien à la beauté des plans sur les plaines californiennes entre « le désert et la vie » – pour oser Julien Clerc –  dans lequel erre le personnage, renforçant la symbolique du rêve à portée de main. Mais on aurait préféré qu’il traite à parts égales les histoires des autres protagonistes, comme celle du sosie d’un célèbre catcheur qui donne au film ses plus belles répliques ou de cette femme qui tente de s’échapper de sa précarité en s’imaginant oscarisée.
Hybride, California Dreams impacte, via sa mise en scène assumée et son esthétique léchée, mais manque de cohérence dans sa narration trop éparpillée. Mike Ott laisse les commandes à ses personnages  – réels et fictifs -, attendrissants et vrais, qui questionnent l’attrait que le cinéma imprime sur nos vies.