Voir du pays est un film intéressant, avec de beaux personnages principaux mais dont la réalisation manque malheureusement de finesse.

Deux jeunes militaires Françaises, Marine et Aurore, reviennent tout juste d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer 3 jours à Chypre dans un hôtel de standing très touristique pour participer à ce que l’armée appelle un « sas de décompression » : 3 jours pour exorciser la guerre. Pourtant, on n’expurge pas la violence comme on expurge les mots…

Oublier l’horreur

Adapté du roman de Delphine CoulinVoir du pays est le second court-métrage signé par les deux soeurs après 17 filles.  In medias res, on plonge avec les brillantes Soko et Ariane Labed dans l’effrayante spirale militaire. Après des semaines d’horreur, les deux femmes et leur section sont forcés à exorciser leurs démons en participant à des séances de thérapie de groupe réalisées à l’aide de casques de réalité virtuelle. L’idée ? Laisser les horreurs vécues ici. Cette pratique que l’armée Française a mise en place en 2008 se retrouve d’emblée confrontée dans le film, paradoxe qui pousse à voir et revivre des situations de stress qui n’avaient pas été totalement appréhendées sur le coup. Voir, ne pas voir, la métaphore est belle et se file tout au long du film pour dénoncer la violence, refuser l’horreur, dissimuler les bassesses, jouir en secret…

Voir du Pays
© Jérôme Prébois – Archipel 35
Et négliger la finesse

Pourtant, Delphine et Muriel Coulin tissent autour de ce beau sujet un montage de verbiages inutiles. Les personnages prennent sans cesse la parole, pour expliquer et éclairer des situations qui mériteraient justement le subtil silence du sous-entendu permis par des moyens de mise en scène. Des moyens finalement assez pauvres, très classiques et sans la témérité curieuse à laquelle on aurait aspiré. Le film est bon pourtant, lorsqu’il centre son faisceau sur des problématiques plus larges, comme la violence ordinaire, la difficulté de revenir au réel ou encore celle de retrouver un sens à sa vie après la guerre. Il devient moins bon, lorsqu’il réduit certains personnages à de vulgaires archétypes (du côté masculin) et qu’il en emplit d’autres de subtilités magnifiques (Aurore et Marine).

Voir du pays aurait pu être superbe et émouvant si les réalisatrices avaient su faire du tissu cinématographique un outil de finesse et de chaleur, soutien nécessaire au traitement d’un sujet aussi lourd et puissant.

https://youtu.be/WackfKIMsKs

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