The Neon Demon s’enfonce, malgré de bonnes idées et une atmosphère électrisante, dans les sables mouvants d’une esthétisation vulgaire et dénuée de fond.

La déception est à la hauteur de l’attente. A l’écran, on retrouve Elle Fanning dans le rôle de Jessie, jeune biche de 16 ans qui décide de se lancer dans une carrière de mannequin après avoir été repérée par un jeune photographe (Karl Glusman). Elle quitte donc sa province pour Los Angeles avec succès : son ascension suscite les jalousies de ses concurrentes, prêtes à tout pour goûter à la beauté de cet ange démoniaque…

The Neon Demon
© The jokers

Un pitch glacial, qui annonce honnêtement le retour d’un Nicolas Winding Refn que l’on connait fin créateur d’ambiances violentes et étouffantes, de la puissante trilogie Pusher aux inoubliables Drive et Only God Forgives. Ces promesses de départ ne seront pas nourries par le déroulement de The Neon Demon, qui ne parvient pas à exploiter les bonnes idées dont il donne un aperçu décevant. Nicolas Winding Refn a tenté de sur-esthétiser son film et de créer sa propre marque, avec un NWR apposé dès le début du film comme pour rappeler les initiales providentielles d’YSL, pour faire de son film même le reflet révélateur d’un monde de la mode déviant et sur-esthétisant. Malheureusement, The neon demon tombe rapidement dans les affres d’une vulgarité qui finit par singer le propos même tenu par Nicolas Winding Refn : le film prend lui même les superficiels atours de ce monde fait de carton pâte, empli de personnages fades et de vicieuses guerres intestines.

The Neon demon
© The Jokers

Elle Fanning y incarne un personnage duel et placide, complètement effacé derrière la prestation magistrale d’une incandescente Jena Malone en baronne gothique. Ce fameux gothique, qui sauve brillamment le film, accompagné de la bande-son époustouflante et magnétique de Cliff Martinez (qui avait déjà travaillé avec Nicolas Winding Refn sur Drive). La bande-son obsède, tandis que les influences de Nicolas Winding Refn créent des nervures superbes dans son sillon narratif : des flots de sang qui rappellent le Byzantium de Neil Jordan, des couleurs qui évoquent l’esthétique de Terrence Fisher développée dans les années 50-60 pour les films de la Hammer, des plans qui se superposent à ceux de L’enfer d’Henri-Georges Clouzot… Ces influences bouleversantes ravissent, mais ne soulignent pas l’originale identité du réalisateur danois.

the Neon Demon
© koch media

Nicolas Winding Refn ne semble pas savoir lui-même où emmener son film, qui ne cesse de vagabonder d’un angle à l’autre. On s’égare et l’on s’ennuie souvent, malgré plusieurs scènes très marquantes : la scène de fin est magistrale, et certains twists sont étonnants de créativité. Malheureusement, l’horreur promise s’efface derrière un rideau de thriller gore peu efficace. The neon demon est un film inabouti, nourri de bonnes références et de bonnes idées mais noyé dans la masse touffue de ses ambitions.

https://youtu.be/3mRz8PWELUE

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