Après son atmosphérique « Only lovers left alive », Jim Jarmusch revient avec « Paterson », un très beau drame poétique et contemplatif, qui prend avec grâce le temps de la lenteur…

Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

© Mary Cybulski
© Mary Cybulski

Enchanter le quotidien

Paterson, c’est trois choses à la fois : le nom d’une ville du New Jersey, le patronyme du personnage principal, et l’oeuvre la plus célèbre du poète William Carlos Williams. Thème commun, ligne directrice qui va filer la nouvelle réalisation de Jim Jarmusch comme un poème en construction permanente. Car, en bon poète de la contemplation, le réalisateur américain préfère à la grandiloquence dramatique la lenteur d’un quotidien exalté, dans laquelle se meuvent avec profondeur ses deux personnages. 

Adam Driver y interprète avec panache son Paterson, chauffeur de bus au pas lent, à la poésie prompte et à la douceur communicative, accompagné dans un très beau duo par la douce et vivace Golshifteh Farahani, aux commandes d’un personnage loufoque au rire facile et aux nombreuses excentricités. Ces deux-là vivent dans une harmonie parfaite, sans jamais émettre une once d’ondes négatives -et ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent-, capables d’étreindre avec un calme olympien les désagréments quotidiens qui en auraient agacé plus d’un.

Ethique poétique

Et si Jim Jarmusch considère que dans son pays la poésie n’a pas bonne presse, il rattrape avec Paterson toutes les erreurs de ses contemporains. Les textes poétiques s’impriment au fil de leur création sur une image mouvante, construite, souvent, sur des procédés de surimpression qui donnent au film des airs de rêverie éveillée. Dans Paterson, chaque rencontre est prétexte à la poésie, qu’elle se fasse avec un poète japonais ou une jeune fille en bottes de pluie, chaque objet est propice au jaillissement des mots, de la boite d’allumettes au pont de Paterson. Un film viscéralement poétique, qui prend le temps de laisser les mots s’imprimer en nous comme ils transpercent l’image de leurs fulgurances optimistes…

Paterson est immanquable. Résolument poétique, innervé par un amour du quotidien, de la paix et de la contemplation, Jim Jarmusch signe là une de ses plus belles réalisations, qui ne manquera pas d’évoquer le pendant opposé d’Only Lovers Left Alive. De la beauté à l’état pur.