Saroo a cinq ans lorsqu’il perd son frère de vue et, dans la panique, embarque dans un train qui l’emmène à plus de 1600 kilomètres de chez lui. Perdu dans la ville de Calcutta, un orphelinat finit par le recueillir après des semaines d’errance, et le petit garçon finit finalement se retrouver en Australie dans une famille d’adoption. 25 ans plus tard, ce petit garçon, devenu un véritable australien, va tout faire pour tenter de retrouver la famille qu’il a perdu deux décennies plus tôt.

© Mark Rogers
© Mark Rogers

Biopic dramatique

Scénario abracadabrantesque s’il en est -spoilers : le jeune Saroo finit par retrouver sa famille-, Garth Davis s’est pourtant inspiré d’une histoire vraie pour donner corps à son premier long-métrage. Après être passé comme réalisateur pour l’excellente série Top Of The Lake (mention spéciale au jeu toujours exceptionnel d’Elisabeth Moss), le cinéaste ne lâche pas le fil rouge de l’enquête policière et du drame avec Lion. Avec un sujet pareil, facile de se prendre les pieds dans le tapis. Et le réalisateur n’y manque pas : suspens inexistant, ficelles très épaisses qui guident le spectateur vers un cul-de-sac bourré d’émotions, caméra très classique du biopic… Garth Davis met les deux pieds dans le plat du biopic qui aurait tout pour être raté, mais qui, par des tours de passe-passe propres, notamment, à la construction de ses personnages, finit par faire un bon premier film.

© Mark Rogers
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Psychologie délicate

Qu’on se le dise de suite, retrouver Dev Patel à chaque fois qu’un rôle principal d’indien doit être rempli par un réalisateur occidental -coucou Slumdog Millionaire– ça commence à bien faire.  Une fois passée cette petite frustration -qui devient énorme à la fin, lorsque l’on découvre les photos du véritable Saroo, qui n’a absolument rien à voir avec l’acteur…-, le réalisateur parvient à nous tirer par la manche pour nous glisser doucement dans son tourbillon dramatique. La construction, très lente, des personnages y est pour beaucoup, et Sunny Pawar, Rooney Mara, Dev Patel et Nicole Kidman tiennent à eux seuls toute la profondeur du film. Tout se passe dans leurs non-dits, dans leurs cris étouffés par une musique sourde, dans leurs regards terrifiés, dans leurs larmes essuyées… Par ce biais, le réalisateur évoque les difficultés liées à l’adoption, qui passent du sentiment d’abandon à celui de la colère noire, de la maladie mentale à l’éducation. C’est ce tumulte d’émotions et de problématiques ayant peine à s’exprimer qui transforme la forme classique du biopic en très belle saisie de l’humain. L’humain à vif, un parti-pris toujours gagnant.

Malgré une réalisation très classique et une promotion grossière -les critiques racoleuses en taille 128 sur les affiches de métro non merci-, Lion reste un beau conte moderne, touchant et humain, qu’il serait dommage de rater. De très beaux personnages, incarnés par de très bons acteurs, exprimant des émotions très bien travaillées par le réalisateur, ça ne se manque pas.