La danseuse est un film émouvant et gracieux, qui marche avec bienveillance dans les pas tracés par Loïe Fuller dans le monde de la danse. Pourtant, impossible de ne pas tiquer face à l’insertion d’une longue relation hétérosexuelle dans la vie de cette femme homosexuelle. 

Louise Fuller est jeune quand son père, joueur et alcoolique mais aimant, se fait assassiner. Elle rejoint alors le couvent de sa mère, où elle mène une vie réglée qui ne lui convient pas. Rien ne destinait cette jeune Américaine à danser, encore moins à enchaîner les représentations dans les cabarets parisiens et à l’Opéra de Paris. Pourtant, Louise est bien faite pour l’art, et, au hasard d’une figuration ratée, elle se découvre un talent pour la danse. Elle invente un enchaînement qui émeut les foules, et se choisit un nom d’artiste : Loïe Fuller. C’est le début pour elle d’une aventure compliquée, divisée entre succès, souffrances, manigances et relations controversées.

© Wild Bunch
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La vie est un ring

Stéphanie di Giusto a fait le choix -discutable, on en conviendra-, en s’intéressant à cette femme complètement éclipsée par des icônes telles qu’Isadora Duncan, de ne jamais s’attacher à la réalité pure. La danseuse n’est pas un biopic, et la réalisatrice crée des éléments, qui permettent selon elle de mieux servir le rythme cinématographique : elle invente par exemple à Louise Fuller une histoire d’amour avec un homme (elle était lesbienne)… On regrette ce choix d’introduire une relation hétérosexuelle dans la vie de cette femme, qui n’a toujours été entourée que de femmes : l’ambition romanesque n’aurait pas été desservie si le personnage de Gaspard Ulliel n’avait pas été présent, mais il semblerait que la réalisatrice n’ait pu se passer de testostérone pour que l’histoire de Loïe lui inspire une production. D’autant que cette romance-amicale-asexuelle prend une place importante dans le film, et teinte l’histoire de cette indépendante courageuse -être lesbienne dans les années 1900 était une provocation en soi, l’homosexualité ne sera dépénalisée qu’en 1982- d’une patte masculine qui provoque une certaine gêne.

Cela étant dit, l’histoire est vue dans sa globalité, très proche malgré ces modifications de celle de Loïe, et l’on peut dire que cela suffit pour servir le propos. Il a été question pour Stephanie di Giusto de concentrer son film sur le caractère avant-gardiste -artistiquement parlant- de Loïe et elle y parvient avec maestria. Car ce qui saute aux yeux dans la vie de cette femme, c’est sa volonté de réussir. Sa volonté de s’en sortir, qui va la pousser à faire de sa vie un éternel combat de boxe.

© shanna besson / wild bunch distribution
© shanna besson / wild bunch distribution

Le poids des passions

La réalisatrice s’est d’ailleurs inspirée des danses menées par les boxeurs sur le ring pour illustrer le perpétuel combat mené par Louïe, interprétée par une Soko puissante et éblouissante. On se sent proches de ce personnage rongé par une rage passionnelle et dévoratrice, une rage de vivre qui la mènera à sa perte. Yeux brûlés, épaules cassées, épuisement, amour à sens unique, drogues… Un feu incandescent que l’on voit s’amenuiser petit à petit sous la caméra de Stéphanie di Giusto, joli feu follet qui se meurt sous l’acharnement. On regrettera beaucoup la présence parasitaire de Lily-Rose Depp (qui incarne Isadora Duncan), potiche insupportable au jeu et aux gestes figés, parfaits pour le mannequinat mais très irritants à l’écran.

La danseuse est une réalisation délicate, qui filme avec une proximité intime la déliquescence d’une étoile malheureusement très vite oubliée. N’allez pas voir ce film pour son ambition exhaustive et exempte d’enjolivements romanesques; la réalisatrice prend des libertés (discutables certes) qui la poussent à se concentrer seulement sur la vie artistique de Loïe Fuller. Passionnant, touchant, mais pas entièrement biographique.

https://youtu.be/1hqdhfZ7UFA

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