Critique : Kingsman, de Matthew Vaughn

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En terrain (con)battu.

Porté par un esprit de sale gosse, Matthew Vaughn (Kick-Ass, X-Men Le Commencement) tente de s’approprier le genre hyper codifié du film d’espionnage pour mieux le détourner, se rêvant doigt d’honneur jamais levé de James Bond. On trouve à l’arrivée un teen movie plus impersonnel que prévu. Pas désagréable, mais tout à fait inoffensif.

Kingsman, une agence d’espionnage britannique, se voit obligée de trouver un nouveau membre pour lutter contre un mal qui menace le monde. Eggsy, petit délinquant au cœur tendre, semble être le candidat idéal… Le second degré à la côte en ce moment à Hollywood. C’est à celui qui saura le plus habilement tourner son monde en dérision et montrer qu’en fin de compte, on a beau se foutre de sa propre tête, on en reste pas moins malin. Plus encore lorsqu’il prend l’apparat de la surenchère, le second degré est teinté d’un esprit bon-enfant et généreux. C’est ce qui fait aujourd’hui l’attrait de Tarantino (amour du cinéma mis à part) et ce pourquoi on reste plus circonspect devant le dernier film de Vaughn.

390885L’espièglerie, c’est ce qui mène le réalisateur. Sauf que partagé entre le souci de respecter son cahier des charges de teen-movie/film d’espionnage et celui d’assumer entièrement sa face délurée, qui fait sa signature, le film ne trouve pas d’équilibre. Le cours du scénario, banal concours sur fond de sociologie boiteuse, se voit marqué par deux coups d’éclat : les scènes d’action de mi-parcours et de fin. La première ne fonctionne qu’à moitié, le point de vue vidéoludique ne permettant pas le recul nécessaire au second degré, mais le décalage (bien que déjà consommé depuis le début du film) entre l’image proprette de Colin Firth et celle de son personnage est assez marqué pour faire sourire. La deuxième est cependant bien plus réussie : le psychédélisme déjanté prend le pas sur le mécanisme trop bien huilé de l’action, et oriente chaque élément de mise en scène vers une ode au délire partagé.

On aurait aimé que le film soit empreint sur la longueur de ce jusqu’au-boutisme anarchique. Au lieu de ça, les facilités et lourdeurs aguicheuses s’accumulent – musique surexploitée, éléments caractéristiques des personnages douteux – et plombent l’ensemble vers un constat trivial : c’est « sympa ».

https://www.youtube.com/watch?v=dSeA6Mwlv6A

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