Celui que l’on considère comme le plus grand réalisateur italien de notre temps confirme son talent avec « Fais de beaux rêves », drame poignant, sans être plombant, qui dessine les contours douloureux du mensonge, de l’enfance, de la guerre, et de la solitude…

Turin, 1969. Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale.
Année 1990. Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…

© Simone Martinetto
© Simone Martinetto

Psychologie du petit garçon

Marco Bellocchio traverse Massimo de son regard finement psychologue. L’enfant mutilé qui clopine sur une patte toute sa vie à cause de la perte d’un être aimé, l’enfant qui grandit et que l’on parvient toujours à distinguer derrière les yeux malheureux de Valerio Mastandrea. Le choix de l’acteur n’aurait pu être plus judicieux pour filmer l’éternelle tristesse qui pèse sur le coeur de ce petit garçon qui ne cessera de hurler « Maman, où es-tu ? Maman ? Maman !? ». Fais de beaux rêves est un très beau film sur la perte, et plus précisément sur le vide qui lui est successif. On observe Massimo remplir ce vide en brassant de l’air, les gestes mécaniques et le regard las, jusqu’à ce que, le coeur trop lourd, l’explosion de colère commence à faire craquer une carapace d’indifférence feinte.

© Simone Martinetto
© Simone Martinetto

Asphyxie dramatique

Marco Bellocchio parvient à filmer la tension latente et asphyxiante qui résulte d’une intériorisation forcée des émotions, et qui finit, immanquablement, par déboucher sur une infernale déflagration. Pourtant, l’explosion ne sera pas soudaine, et c’est bien ce qui fait le talent de la réalisation. Elle se lie subrepticement à une atmosphère digne d’un thriller, où secrets de famille et liens professionnels louches se superposent pour créer un sentiment d’étouffement répondant à l’intériorité du personnage, qui suffoque littéralement de trop se renfermer sur lui-même. Marco Bellocchio a cet art de cerner et de développer une détresse extrême chez son personnage ,qui le plonge dans un abîme mêlé de solitude, de rage, de désespoir et d’indifférence. Un spectacle aussi éprouvant que passionnant auquel assister.

Fais de beaux rêves est un drame qui prend aux tripes, sans jamais tomber dans l’excès démonstratif grâce au talent qu’a Marco Bellocchio de ne pas faire de ses personnages des caricatures ambulantes d’émotions. Mêlé à une atmosphère proche du thriller, il dessine avec finesse les germes du désespoir et de la rage qui naissent dans les coeurs enfantins meurtris. Un très beau film.

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Amoureuse de grands espaces, de cinéma et de littérature, je parle beaucoup mais je parle culture !