En bon Rastignac des temps modernes, le narrateur aspire aux mêmes ambitions que le héros balzacien tout en butant sur des difficultés semblables. En quittant son village de Macau en Médoc, il espère ainsi « parvenir » dans la société parisienne et faire oublier ses origines provinciales. Et si, contrairement à ses prédécesseurs du XIXème siècle, les réussites financière et purement sociale ne sont envisagées que comme des moyens et non des fins, l’art et le monde artistique restent des façons de fuir un milieu dans lequel il se sent bien trop à l’étroit.

Oui mais voilà, il n’est pas si simple d’effacer toute une éducation, des habitudes, des tics langagiers, vestimentaires ou encore sociaux. Ainsi, plus qu’un récit d’ascension fulgurante, Jean-Claude Lalumière nous livre les doutes du narrateur, ses souvenirs, ses difficultés, ses réflexions quotidiennes. Arrivé de son petit village à Paris, et malgré sa soif de savoir et de découverte, le personnage se heurte rapidement à la dure réalité : loin d’accéder à ses rêves de cinéma, il parvient tout juste à décrocher un poste au sein d’une galerie d’art. Aidé par un caractère attachant, curieux et cultivé, il épouse une jeune femme aisée mais s’inflige un contrôle constant pour exterminer ses vieux démons provinciaux.

Tous ses troubles refont surface lors de la réception d’une mystérieuse lettre qui semble lui rappeler, comme une mauvaise rengaine que l’on souhaiterait chasser, d’où il vient. Mais une rencontre pour le moins surprenante pourrait le transformer et chambouler sa vision de la société et de lui-même. Jean-Claude Van Damme, le karatéka belge le plus aware de l’univers du cinéma, va alors, le temps d’une soirée arrosée, lui dévoiler ses théories philosophiques et tenter d’éclairer son esprit.

Finalement, Jean-Claude Lalumière propose un roman alliant originalité et finesse. Le tout est servi par une écriture soignée, de longues phrases rythmées parsemées de références et un vocabulaire précis. Sans se soucier d’une quelconque chronologie, les souvenirs se succèdent au fil des pensées du narrateur et permettent peu à peu de reconstituer son histoire.

Entre cette construction du récit, le style de l’auteur et les réflexions du personnage, le lecteur se trouve rapidement pris au piège et n’a d’autre choix que de poursuivre, avec plaisir, sa lecture.

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Comme un karatéka belge qui fait du cinéma, Jean-Claude Lalumière, éditions Le Dilettante, 17 euros.

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