Dans Ce matin-là, Gaëlle Josse écrit au plus près de son héroïne et s’attaque à un sujet sombre et sensible de notre société : le burn-out. Avec beaucoup de justesse et de pudeur, elle arrive une nouvelle fois à traduire les sentiments humains, mais surtout les failles que chacun porte en soi.

Un soir de juillet 2006, alors qu’elle s’apprête à quitter ses parents pour rentrer chez elle, elle assiste à la chute de son père, victime d’un AVC. Sa mère, figée sur place, ne bouge pas. Elle prend alors tout en charge, du terrible trajet dans le camion des pompiers, à l’attente dans la salle d’attente de l’hôpital, jusqu’au terrible verdict. Tandis qu’elle prévoyait de partir enseigner à l’étranger, elle décide de rester pour ses parents… Sans penser que plus tard, ce serait elle la victime.

Ce jour où tout s’effondre

Un beau matin, Clara alors qu’elle s’apprête à partir au travail se retrouve submergée par une vaste sensation. Une douleur la saisit, elle se sent littéralement craquer sous le poids d’une force invisible, d’une émotion qui tente de sortir. Ce matin-là, Clara n’aura pas la force de continuer, de se relever et de continuer sa vie comme avant, telle qu’elle la vivait jusqu’alors.

« Clara la vaillante, vacillante. Une lettre en plus qui dit l’effondrement. Une lettre qui se faufile au milieu de la vaillance, la coupe en deux, la cisaille, la tranche. Une lettre qui dessine une caverne, un trou où elle tombe, un creux, une lettre qui l’empêche de retrouver celle qu’elle était, entière, debout. »

Coup de fatigue, dépression, burn-out, voici ce que va devenir le quotidien de cette jeune femme. Mais comment Clara, jeune cadre dynamique à qui tout réussit, se retrouve-t-elle dans cette situation ? Comment, les gestes quotidiens si faciles à réaliser encore hier, deviennent aujourd’hui impossibles ? Voilà les questions auxquelles Gaëlle Josse va tenter de répondre dans ce texte bref mais incisif. 

Renaître de ses cendres

Avec des mots simples mais francs, Gaëlle Josse évoque la vraie vie et couche sur du papier toutes les étapes du burn-out par lesquelles passe son personnage. A ses côtés, le lecteur suit sa terrible descente, ses moments de peurs et de drames, et sa lente reconstruction. Les jours de burn-out sont justement décrits, sans emphase, ni idéologie excessive. On suit Clara au plus près de ses envies, de ses émotions, de ses bouleversements, de sa vie intérieure.

Clara, ce pourrait être nous, notre voisine, notre mère, notre sœur ou notre meilleure amie. « Elle repense à ce qu’elle est aujourd’hui, une âme défaite, une âme épuisée, fourvoyée. Elle veut appartenir à nouveau au souffle de la vie, quitter les rives du ressassement, des pensées mâchées et remâchées qui ferment son horizon. Ce qu’elle craint, c’est d’éprouver la haine, l’acidité de l’échec, l’amertume qui voile le regard, soude les mâchoires et écrase les commissures des lèvres. Elle craint l’indifférence, l’anesthésie, ce double vitrage entre la vie et elle. »

A travers ce récit, Gaëlle Josse alerte sur les dangers du burn-out et du « trop ». Avec ses mots justes, elle guide le lecteur vers un horizon parfois obscur et inconnu, qui tant qu’il n’est pas franchi ne peut très souvent n’être que peu compris. Loin des clichés, l’autrice livre une nouvelle fois un récit juste et poignant, auquel il est impossible de ne pas s’accrocher.

« Ce matin-là », Gaëlle Josse, Edition Notabilia, 224 pages, 17 euros

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