Il serait plus que tentant de s’aventurer et de se perdre dans les méandres de la fièvre casablancaise. Heureusement, il existe un véritable guide, répondant au charmant nom de Malca.

Après un premier EP intitulé « She Gets Too High » encensé par la presse en 2015, le jeune marocain revient avec une proposition toute en dualité une fois de plus, entre l’Orient et l’Occident, entre le chaabi traditionnel et l’électro-pop. Ayant grandi à Casablanca et vivant désormais à Paris, Malca a su s’inspirer dès son plus jeune âge de ces deux mondes pour créer cette musique hybride qui le caractérise désormais plus que quiconque. Ce deuxième EP remet en lumière les sujets qu’il abordait déjà, avec une touche plus sensuelle, et un accent sur le cri de liberté que sa génération ne demande qu’à pousser. Ils ont des envies, des espoirs, des nouveaux codes car ils sont les premiers à avoir réellement grandi avec internet, mais aussi des frustrations dues au poids que la société marocaine continue à exercer sur eux. Casablanca Jungle EP retrace donc ce que ressent cette jeunesse marocaine, en musique populaire et branchée, faussement kitsch et hype à la fois.

L’EP s’ouvre sur le titre Casablanca Jungle, deuxième single sorti en amont. A l’image de son clip, ce titre est un portrait franc et juste de la génération dont il est issu. Oui, les jeunes casablancais veulent faire la fête en TN et apprendre aux filles à devenir des stunters. Un morceau véritablement entraînant et porteur d’espoir, contrairement au reste de l’EP qui révèle un côté plus sombre.

En effet, Shalom, qui signifie « paix » en hébreu, relate une histoire d’amour interreligieuse impossible avec, semble-t-il, un/e juif/ve. Un morceau plus doux, portant néanmoins un refrain des plus puissants par sa revendication pacifique mêlée au désespoir de ne pas pouvoir réaliser ses désirs.

Vient ensuite Ya Layli, qui rappelle alors un doux souvenir. Il s’agit du premier single de cet EP dont Malca avait dévoilé le clip en juin 2016. L’œuvre auditive et visuelle représente le paradoxe Orient/Occident dans une subtilité vraiment remarquable. Il expliquait dans une interview pour les Inrocks Lab il y a un an s’être inspiré d’un sample rythmique de « Batwanis Beek » de Warda, permettant de relier la féminité du titre au romantisme, attribut indissociable de la musique marocaine traditionnelle. Ya Layli signifiant « ô ma nuit », il s’agit là d’une expression délicate et sincère de la complexité des sentiments qu’il éprouve.

Wham (« illusion » en arabe) nous conte une fois de plus une relation impossible, mais cette fois-ci un amour virtuel, les émotions de derrière l’écran. Malca prend ici le parti de délaisser l’anglais pour que le voyage n’en soit que plus immersif et nous livre un petit bijou down-tempo épuré aux silences parfaitement maîtrisés, nous laissant nous évader au travers de cette aventure aux échos candides et fragiles.

I’m not a Legend offre ensuite une instru à couper le souffle, mais se confond cependant quelque peu en longueur. Ce titre aborde l’empreinte que chacun peut laisser sur la société car « tant que nous existons, nous ne sommes pas des légendes ». Un message plein d’optimisme et d’espoir qui aurait mérité une formule plus catchy et condensée.

La version extended de Casablanca Jungle (celle du clip), clôt l’EP en conclusion lumineuse et soignée, s’assurant que le message soit bel et bien passé. Une année d’attente qui n’aura donc pas été vaine. Malca offre une fois de plus un cadeau précieux à savourer sans modération, en patientant pour l’album déjà tant teasé. Le marocain a également déclaré dans une interview pour le webzine marocain eaZylife avoir d’autres projets parallèles comme celui de créer une ligne de vêtements ou de s’investir plus dans la réalisation cinématographique. Ne perdez donc pas Malca de vue, il s’agit d’un diamant brut qui ne demande qu’à rayonner.

Malca sera en concert au Point Ephémère le 14 décembre prochain. A suivre sur Facebook Twitter.

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