« L’homme qui marche sur la plage de Kalafatis, île de Mykonos, est-il le même qui, vingt-cinq ans plus tôt, était allongé sur le sable avec Barbara ? Oui. Et non. Personne n’a jamais appelé un livre Oui et non. C’est pourtant la bonne réponse à beaucoup de questions. » En quelques traits, Patrick Besson dessine des personnages formidables, qu’on est pas prêt d’oublier.

Au début des années 90, un étudiant de Sciences Po, d’une vingtaine d’années, prénommé Nicolas, débarque à Mykonos, sur son cyclomoteur. Il échoue sur une plage du Cap Kalafatis, qui semble, à première vue, déserte. Mais à ses côtés, se trouve, Barbara, bronzant, telle une sirène, presque nue. Le jeune homme tente une rapide approche, mais voit débouler José, quinquagénaire de presque cent kilos, tirant une planche à voile.

Couple étrange(r)

Barbara et José? Sont-ils réellement en couple? Les deux tourtereaux se livreront, tantôt se dévorant des yeux, fous l’un de l’autre, tantôt emportés par la haine, se détestant. Mais ce couple fascine Nicolas. José, enfant battu, juif, torse velu et Barbara, belle jeune femme, bronzée, et très désirable. Quel drôle de couple. «Depuis son arrivée à Cap Kalafatis, Nicolas se sent incapable d’imaginer quoi que ce soit. La réalité, dans sa profusion, ne laisse aucune place, dans l’esprit du jeune homme, à une activité autre que l’accueil des informations contradictoires, bizarres, choquantes, envoyées par José et Barbara ». Le petit jeu du couple semble prendre effet sur Nicolas, mais pris à leur propre piège Barbara et José – qui ne peuvent plus se passer de la présence du jeune garçon – l’invitent à manger. Bientôt, le duo se transforme en trio. Mais rapidement, Nicolas se rend compte de la complicité réelle entre le couple, et finit par se demander, ce qu’ils lui veulent, réellement.

Complots, assurance vie, mensonges. José se dit gravement malade, complètement condamné. Pense-t-il réellement au suicide? Pourquoi veut-il « offrir » sa compagne à Nicolas? « Nicolas se sent coupable de tout alors que c’est lui l’innocent ». Tout ce flou, autour même de l’intrigue, des personnages, amuse Besson. Une affirmation est rapidement démontée par une autre phrase, ancrée dans un dialogue parfaitement sculpté. « Il se souvient de tout. Ce sera peut-être même un jour son seul souvenir, conservé dans l’alcool émouvant de son cerveau mourant. Le paradis existe, c’est un lit. Quand on a vingt-trois ans et la fille aussi. L’éternité dure un millième de seconde, ça devrait pouvoir être mathématiquement prouvé ». L’auteur jongle, prend plaisir à nous mettre le doute. Il passe de scènes en scènes aux dialogues maîtrisés.

L’histoire pourrait être sordide. Mais elle ne l’est pas. Sur fond de ces jeux de l’amour et du hasard, Besson titille nos sens.

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Cap Kalafatis, Patrick Besson, Edition Grasset, 128 pages, 15 euros