Avec Brillant comme une larme, Jessica Nelson nous fait découvrir la passion amoureuse, entre Raymont Radiguet et Alice Saunier, dont l’écrivain se servira pour publier son premier ouvrage, le Diable au corps.

1917. C’est la guerre, les hommes sont au front. Mais à Saint-Maur, la guerre est loin. Raymond, un collégien est en vacances depuis trois ans, sans doute « à cause du conflit ». Mais il est amoureux. Il en a quatorze et elle vingt quatre. Elle est institutrice, rêve d’une vie meilleure, tandis que son fiancé est au front. Raymond lui est pressé, il se vieillit de trois ans. Il convoite une femme mariée, Alice. Il veut lui plaire. Tous les soirs, ils se retrouvent et s’aiment éperdument. « La question du lieu est primordiale dans la prolongation d’un baiser arraché à l’éternité et aux yeux du monde. Sans un lieu, il n’y a pas d’amants ». Mais cet amour, il le sait, sera aussi intense que bref. Les habitants de Saint-Maur murmurent le scandale, et au bout de quelques mois le jeune homme quitte Alice pour rejoindre Paris et proposer ses dessins et articles. A 17 ans, il s’ennuie et seule la vie parisienne (et ses personnalités) peut lui apporter la reconnaissance.

Littérature et années folles

Avec un culot monstre, il déambule dans les rues de Paris à la recherche de gloire. Au journaliste de l’Instransigeant, – qui publie les caricatures de son père – il propose ses dessins. Mais c’est d’abord Max Jacob qui tombera sous le charme de l’adolescent de 15 ans. Puis Cocteau, qui lui ouvrira les portes des plus grandes maisons parisiennes et surtout des éditeurs. « Les rêves les plus fous ne sont-ils pas les meilleurs moteurs de l’existence ? ». Et dans ce monde rêvé, il se fera une place et deviendra bientôt un proche de Braque, Picasso, Coco Chanel, Poiret etc…

Mais Raymond est un homme à femmes. Il aime plaire, séduire, avec parfois deux liaisons à la fois qu’il ne sait jamais vraiment gérer. « Raymond possède un sixième sens développé : il sait ce que l’autre, face à lui, ressent et pense. Il lit dans le coeur des êtres qu’il croise. Et sa grande intelligence lui permet d’identifier et de cerner les zones les plus obscures ». Cocteau le raisonne, le discipline, et l’aide à mener une vie plus saine. Alcoolique, coureur de jupons et génie littéraire, le petit prodige enchaîne, car le temps lui est compté.

Emporté par la maladie, à vingt-ans, Raymond Radiguet a su se faire une place dans le monde de la littérature. A travers ce roman, Jessica L.Nelson redonne vie à ce personnage fantastique et nous entraîne dans le tourbillon d’une époque.

« Brillant comme une larme », Jessica L.Nelson, Editions Albin Michel, 321 pages, 19 euros