Brol le premier album d’Angèle est disponible depuis le 5 octobre 2018. Un opus en apparence solaire et léger, où transpercent des textes parfois sombres et percutants, témoins d’un mal-être générationnel.  

C’est l’un des disques les plus attendus de la rentrée ! Brol d’Angèle est en réalité loin d’être un joyeux boxon. Avec maitrise et élégance, la jeune belge explore des thèmes clairement identifiés et distille avec humour des réflexions profondes sur un monde interconnecté. Musicalement, le disque réalisé en collaboration avec le hit-maker Tristan Salvati (Louane, Cœur de Pirate, Margaux Avril, Claire Laffut…) est produit avec grâce et sobriété, laissant toute sa place à la vraie force de ce projet : les textes et la voix d’Angèle.

Angèle – © Charlotte Abramow

Des textes simples et percutants

Tandis que Christine and the Queens s’abime dans une poésie opaque, parfois abstraite et un brin agaçante, Angèle fait le pari de la simplicité. Tout en finesse pourtant, elle décline des thèmes qui parlent à la jeunesse d’aujourd’hui, comme les réseaux sociaux, (Victime des réseaux, La Thune) les difficultés financières ou l’inertie (La Loi de Murphy, La Flemme), l’amour 2.0 (Je veux tes yeux), l’homosexualité (Ta Reine), la place des femmes (Balance ton Quoi) ; mais explore aussi des thématiques intemporelles comme celle de la recherche du bonheur (Tout Oublier) ou du grand amour, enfui au réveil (Les Matins) ou perdu dans la masse (Nombreux).

Sur ses mélodies légères, lumineuses ou plus sombres (Jalousie), Angèle se fait la témoin d’un malaise générationnel notamment lié à l’omniprésence des images qui forcent les comparaisons, attisent l’envie et nous enferment dans une nouvelle dictature du bonheur insupportable. « Le bonheur n’existe que pour plaire / Je le veux », chante-t-elle sur Tout Oublier en duo avec son frère Roméo Elvis avant d’entonner sur les refrains la formule percutante et si juste : « Le spleen n’est plus à la mode ». Car c’est aussi cela la force d’Angèle, disséminer ici et là des phrases anodines lourdes de sens.

Une image maitrisée

Pourtant, loin de refuser ce nouveau monde qui tourne au rythme des cœurs rouges et des pouces bleus, Angèle en use à la perfection. Il suffit de jeter un œil à ses clips et à son compte Instagram pour mesurer combien la bruxelloise soigne son image de « fille belle mais pas bête, drôle mais pas si laide », notamment grâce à la complicité de la photographe Charlotte Abramow. Ce savant mélange entre charme et autodérision est d’ailleurs parfaitement représenté sur l’objet-disque qui arbore d’un côté l’image peu flatteuse d’une jeune Angèle édentée et de l’autre, celle de la femme blonde aux yeux de biche qu’elle est devenue.

Toutefois, derrière une machine marketing implacable mise en route depuis le succès de La Loi de Murphy il y a un an, Brol est empreint d’une sensibilité à fleur de peau qui se dévoile  un peu plus dans le dernier titre, Flou, morceau autobiographique criant de sincérité. On y découvre une Angèle fragilisée par ce succès soudain qui la bouscule et qu’elle redoute : « Perdre la tête en enfer / J’ai peur de perdre tous mes repères » chante-t-elle de son timbre grave et profond.

Après une tournée des festivals triomphante, un Trianon déjà complet en novembre et un Olympia programmé pour mars, il ne nous reste plus qu’à espérer que le succès laissera intacte la verve créatrice d’Angèle en équilibre entre cynisme et fraicheur, insolence et tendresse, malice et fragilité.

Angèle – © Charlotte Abramow

Angèle, album Brol disponible depuis le 5 octobre 2018.
En concert à l’Olympia à Paris le 13 mars 2019.
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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.