Après des collaborations avec Feder, Joris Delacroix, Jabberwocky ou Fakear, la chanteuse Ana Zimmer prend son envol dans le monde de la pop avec son premier EP The Foreplay. Rencontre. 

Nous retrouvons Ana Zimmer dans un café parisien, deux jours avant la sortie de son premier EP The Foreplay. Souriante et chaleureuse, la jeune femme de 28 ans nous accueille comme une bonne copine. Le nom d’Ana Zimmer est déjà connu des fans d’électro, mais cette fois-ci l’auteure-compositrice se lance en solo avec quatre titres dream pop : I Got The Balls, Sensitive, Socialite et Man. Nous avons voulu en savoir plus sur cette artiste d’origine russe, américaine et allemande, curieuse et passionnée. Volubile, Ana s’est confiée sur ses inspirations, son travail et sa vision du monde et des sentiments. Entretien à lire ci-dessous.

Bonjour Ana ! Parle-nous un peu de la pochette de ton EP. Est-ce que tu as deux personnalités ?
Ana Zimmer
 : En fait il y en a beaucoup plus mais on n’avait pas la place de toutes les mettre ! (rires) La pochette représente une personne qui est assez forte, assez déterminée, qui va de l’avant, qui entreprend des choses… Et l’autre c’est la partie plus torturée, plus sensible, un peu plus chaotique, et qui essaye encore de se trouver, de travailler sur elle-même pour se débarrasser de ses complexes, de ses doutes, de ses démons…

Avant ce disque tu as collaboré avec des grands noms de l’électro. Avec quels autres artistes aimerais-tu collaborer ?
Plein ! Dans l’électro j’aimerais beaucoup travailler avec Martin Solveig, parce que j’aime beaucoup sa musique. Mais il ne faut pas s’enfermer non plus dans un genre, j’adorerais travailler avec des artistes plus internationaux comme The Weekend par exemple, des artistes qui font autre chose que de l’électro. Là j’ai écrit une chanson pour une fille anglaise qui fait de la pop, je ne peux pas en dire plus pour le moment mais ça m’a fait beaucoup de bien. C’est super rafraichissant d’écrire une chanson avec des instruments acoustiques, et des chansons avec des refrains ! Car dans la musique électro on a souvent un drop (ndlr : un changement de rythme et de la ligne de basse) à la place d’un refrain.

Tu as même récemment écrit pour Mylène Farmer…
Oui, Feder, m’a donné l’opportunité d’écrire pour Mylène, on a écrit une chanson qu’elle a bien aimée, j’ai fait une partie de la mélodie de la voix, d’autres personnes sont venues collaborer au projet et ça a donné son premier single qui s’appelle Rolling Stone !

Assez parlé des chansons pour les autres… Comment naissent les chansons d’Ana Zimmer ?
Elles naissent dans des moments où soit je m’ennuie, soit j’ai peur. C’est souvent lié à un sentiment assez fort, que ce soit de la tristesse, du bonheur… Et elles naissent assez simplement, je me mets sur le piano, j’improvise et quand je sens qu’il y a un truc qui vient j’enregistre. J’écris le texte dans un second temps, et après je bosse encore dessus. Mon support c’est le piano, je joue un petit peu de guitare mais très mal. Je travaille beaucoup sur ordinateur, je retranscris les sonorités qui m’inspirent : des lignes de basse, des petits beats…

Comment as-tu appris la musique ?
J’étais au Conservatoire, du côté de la famille de ma mère c’est hyper important… J’ai donc fait dix ans de Conservatoire, et puis j’ai fini par me faire virer car je n’étais pas très rigoureuse ! Je me suis rebellée contre l’autorité et voilà ! Bye Bye ! Même si c’est une super formation, c’est assez rigide le Conservatoire, je trouve qu’on n’y donne pas assez d’espace aux gens pour créer, malheureusement.

Tu es française d’origine russe, allemande, américaine… As-tu parfois envie de chanter dans une autre langue qu’en anglais ?
Oui beaucoup ! Là je suis en train d’écrire une chanson en russe, et j’écris aussi en français un petit peu mais c’est vrai que c’est moins naturel pour moi. Même si c’est ma langue parlée, la musique qu’on m’a fait écouter quand j’étais petite était en anglais, et chez moi on n’emploie pas le français. Après ça m’arrive d’écrire dans toutes les langues, je n’ai pas de limites, même des langues que je ne connais pas comme l’espagnol ! C’est plus une question de sonorités que de langue en fait.

Peux-tu nous parler de la chanson I Got The Balls ? Finalement est-ce plutôt une chanson sur le courage des femmes ou la lâcheté des hommes ?
C’est une chanson que j’ai écrite après une conversation entre copines, parce que j’entendais souvent « il n’a pas de couilles ». C’était plutôt un truc ironique à la base, et en même temps si on écoute bien la chanson ça parle surtout d’une femme qui reprend confiance en elle et qui reprend courage. Ce n’est pas du tout un titre anti-homme, j’adore les hommes ! C’est plus une chanson sur le courage, avec cette expression que j’ai détournée et qui veut finalement dire avoir la force, l’envie de rebondir, de se relever.

Mais l’on prend un attribut typiquement masculin pour parler de courage…
Oui et je trouve ça dommage car je pense que les femmes sont beaucoup plus courageuses que les hommes, parce qu’elles doivent en faire trois fois plus pour se prouver… Biologiquement il y a des mecs qui ont des couilles et qui sont pourtant très lâches ! Et il y en a d’autres qui sont courageux… Finalement c’est plus un truc humain qu’une question de genre ou de sexe.

J’ai l’impression que tu aimes jouer avec ton image de femme fatale et sexy – ta chanson Sensitive parle de sexe, le titre de l’EP signifie « Les Préliminaires » en anglais – et en même temps tu as gardé des goûts d’enfant car je lis dans ta bio que tu aimes les bonbons, les lumières de Noël, les ballets, la musique des années 80 et 90… C’est difficile de concilier son corps de femme et son âme d’enfant ?
C’est difficile mais c’est nécessaire ! C’est ça qui fait qu’il y a quelque chose à raconter ! Toutes les choses intéressantes sont nées pour moi d’une violence ou de deux choses antinomiques. C’est compliqué parce que je suis très idéaliste, très fleur bleue, très sensible, et qu’aujourd’hui on ne vit pas dans un monde de bisounours, donc parfois je suis déçue. Mais c’est pareil pour tout le monde j’imagine… En même temps parler de sexe et être une femme ne veut pas dire être insensible ! Tout le monde veut séparer les deux mais pour moi ce sont deux choses qui vont complètement ensemble ! Oui, Sensitive ça parle d’une partouze, mais c’est surtout l’histoire d’une femme en manque d’amour qui a besoin qu’on l’aime. Parmi tous les gens qui l’aiment il lui manque la personne qu’elle voudrait… En fait je parle toujours de choses assez simples, qui vont peut-être choquer, mais le message est beaucoup plus gros que ça. Je ne parle pas de sexe pour parler de sexe ! Madonna provoquait les gens avec ça, ça a fait changer les choses et c’est très bien. Moi quand je dis partouze ça excite, ça interpelle les gens car on n’en parle pas souvent, mais en fait je vais amener la personne vers un message beaucoup plus profond. Après libre à elle de l’écouter ou pas !

En fait il y a toujours une deuxième lecture
Exactement ! Dans la vie il y a des choses qu’on dit, et surtout des choses qu’on ne dit pas, qui passent par un regard… En musique c’est un peu ça, il y a des choses que je dis et il y a le sous-texte, qui en montre beaucoup plus sur ma personnalité que juste ce que l’on peut penser de moi…

Dans ce même esprit de double lecture j’ai lu que tu aimais lire la Psychanalyse des Contes de Fées de Bruno Bettelheim…
Oui, je suis super intéressée par la psychologie, c’est surtout le comportement humain qui me fascine. J’adore observer les gens et je le fais souvent, je me mets dans les cafés, j’observe même mes amies… Si on regarde les gens, si on est tourné vers l’autre, on commence à comprendre beaucoup plus de choses, beaucoup plus de subtilités et de nuances. C’est ça qui fait la force ! La vie c’est pas juste « je t’aime » ou « je t’aime pas », c’est beaucoup plus compliqué ! Et quand on grandit, quand on a vécu des choses, on comprend tous qu’en fait il y a beaucoup de couches, et que tout n’est pas aussi simple que juste « oui » ou « non ».

Et-ce que tu as le trac à J-2 avant la sortie de l’EP ? Et avant d’entrer sur scène ?
Oui j’ai beaucoup le trac car je suis très sensible ! Mais je pense que le trac c’est bon parce que ça motive, et ça veut dire que ce qu’on fait ça compte, que c’est important. Il ne faut pas être paralysé par la peur parce que ça bride, mais si on l’utilise bien ça peut aussi faire de belles choses. Pour l’EP j’ai le trac mais je me dis que j’ai fait tout ce que je pouvais faire donc maintenant c’est dans les mains du monde et ça ne m’appartient plus, on verra… De toute façon on continue, même si ça ne marche pas je ne m’arrêterai pas là… La musique c’est tellement compliqué, il ne suffit pas d’avoir du talent ou de travailler, c’est comme des astres qui s’alignent, parfois on est là au bon moment, parfois on ne l’est pas. Moi je veux juste continuer à faire de la musique et à me battre pour moi-même. C’est un peu gnangnan mais c’est comme ça !

Quel est le plus beau compliment qu’on puisse te faire sur ta musique ?
Le plus beau compliment ce serait qu’on me dise : « j’ai tout oublié l’espace d’un instant ». Parce que c’est ce que j’essaye de faire, j’essaye de faire oublier aux gens leurs soucis et de les transporter dans un autre monde, qu’ils se sentent aimés tout simplement, qu’ils se sentent moins seuls.

Est-ce qu’il y a une œuvre (littéraire, artistique, cinématographique) qui t’a particulièrement marquée récemment ?
Il faut que je réfléchisse un peu… Oui c’est un photographe qui s’appelle Araki (Nobuyoshi Araki, photographe japonais né en 1940, ndlr). La série qui m’a particulièrement marquée c’est Blue. Ce sont souvent des corps de femmes nues, mais c‘est très poétique. J’aime la mise en scène de ses photos, c’est érotique mais toujours classe et sensible. Ce filtre bleu est hyper beau, c’est provoquant et à la fois très nostalgique, ca m’a beaucoup touchée.

Si tu devais emporter une chanson sur une île déserte, laquelle choisirais-tu ?
Je choisirais I’ll Be Missing You, la version d’Every Breath you Take de Sting par Puff Diddy, qu’il a écrite après la mort de son ami The Notorious B.I.G. C’est un CD que mon frère m’a offert en 1996 je crois, juste après le décès de mon père et je l’écoutais beaucoup, c’est une de mes chansons préférées.

Ana Zimmer, EP The Foreplays disponible depuis le 23 mars 2018.
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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.