Passée par une prestigieuse école de cirque et le conservatoire de musique, artiste plurielle et charismatique, Aloïse Sauvage a sorti son premier EP Jimy il y a quelques semaines. Une révélation. 

Dans la famille des jeunes rappeurs-chanteurs qui chantent le spleen d’une génération avec rage et talent (Eddy de Pretto, Shelmi, Hervé…), voici la surdouée Aloïse Sauvage. A 25 ans, elle a déjà rayonné devant la caméra de Robin Campillo dans 120 battements par minute (Grand Prix à Cannes en 2017), épaté les professionnels du monde de la musique aux Trans Musicales de Rennes en décembre dernier et révélé fin mars 2019 un EP époustouflant : Jimy. Cinq titres entre rap et chanson donc, où Aloïse se fait tantôt tendre et militante, rageuse et rêveuse, sur des productions électro-pop particulièrement soignées. Réalisé avec Le Motif (Booba, Niska, Shay…) et le jeune producteur et compositeur Josh Rosinet (Dosseh, Siboy, Dinos…), Jimy est un disque ciselé et accrocheur, au charme brut, qui ne laisse pas indifférent.

Trois questions à Aloïse Sauvage

Aloïse, tu es comédienne, chanteuse, danseuse, circassienne… Que t’apporte la pratique de ces différents arts ? 
Aloïse Sauvage : La pratique combinée de ces arts me permet de me sentir plus libre, de rester audacieuse, de faire moins attention aux conditionnements qui t’oppressent quand tu appartiens à tel ou tel monde. J’ai envie de monter sur scène en étant « capable de tout » et plus tu acquiers du savoir, plus tu peux arriver sur scène en t’en délestant… Je ne sais pas comment expliquer mieux cette image mais oui, j’accumule des casquettes pour savoir ensuite que je peux toutes les enlever si j’ai trop chaud ou si je veux être « nue » face aux gens. Et en remettre une puis deux quand cela est nécessaire. Quand cela apporte réellement quelque chose. J’ai envie que ma proposition scénique soit la plus complète possible et elle passe pour moi par le passage fluide entre ces différents états (de corps, de voix). Je pense aussi et plus simplement que j’aime faire beaucoup de choses et que c’est dans ce fonctionnement-ci que je trouve mon « équilibre déséquilibré » !

Aloïse Sauvage – © Zenzel

Tu te présentes en survêtement avec une capuche sur la pochette de ton EP et tes visuels de presse… Etait-ce volontaire de gommer une certaine « féminité » (dissimuler ta chevelure, ton corps…) ? Si oui, pourquoi ? 
Etre en capuche veut dire gommer sa féminité ? Qui dit ça ? Le patriarcat ? Je ne me suis jamais sentie plus femme depuis que je m’habille comme je le souhaite. Sur cette pochette d’EP, je voulais une image naturelle, qui me montrait comme j’étais, au plus proche de moi-même. Sans tricher. J’adore avoir un sweat à capuche, j’aime le confort, l’esthétique, le côté ample, simple, sport. Si je suis chez moi, oui, j’ai souvent un sweat, un bas de jogging ou un jean troué. Si je ne suis pas chez moi aussi d’ailleurs ! Je m’y sens bien, je m’y sens moi. Donc rien à voir avec le fait de gommer ma féminité. Ma féminité ne se situe pas dans les stéréotypes qu’on voudrait lui imposer, elle est dans mes textes, ma gestuelle, ma façon de voir et d’aborder le monde; ma féminité joue avec tout et se joue de tout.

Comment se passe l’écriture des chansons ? Où puises-tu l’inspiration pour écrire tes textes ?
L’écriture est assez instinctive. J’écris souvent, par phases de vie – douloureuses ou non – qui m’inspirent. Lorsque je suis en voyage, en transition, en déplacement, c’est là où je trouve le temps et l’espace le plus propice pour me laisser aller à l’écriture. J’accumule comme cela des bribes de textes qui deviendront peut-être un jour ou l’autre des chansons… L’inspiration est quotidienne, je dirais qu’elle est surtout émotionnelle. Ce qui me traverse, ce qui me touche, que ce soit vécu ou vu, que ce soit mon histoire intime ou quelque chose de plus collectif, peut être amené à s’exprimer en mots. Alors je laisse venir…

Aloïse Sauvage, EP Jimy disponible depuis le 29 mars 2019.
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