A l’occasion de la sortie de leur nouvel album Comme on Respire, nous avons rencontré le duo suisse Aliose composé d’Alizé Oswald et Xavier Michel. Ils reviennent dans cet entretien sur la genèse du disque, leurs histoires d’écritures, leurs futurs concerts et leurs inspirations.

Alizé Oswald et Xavier Michel forment le duo Aliose depuis plus de dix ans. Après deux albums autoproduits en Suisse, des collaborations prestigieuses avec Louis Bertignac et Maxime le Forestier, des concerts dans le monde entier et de nombreux prix, le couple d’auteurs-compositeurs-interprètes signe chez Warner Music France en 2016 pour un EP puis un album réalisé par Pierre Jaconelli (Zazie, Johnny Hallyday, Benjamin Biolay, Calogero…).

Sorti le 15 septembre 2017, Comme on Respire est un album résolument pop, efficace et très bien arrangé, avec des textes ciselés sur des thèmes riches et variés : un couple qui se sépare le jour de leurs noces (Me passer de toi), un père emprisonné qui écrit des histoires merveilleuses à sa fille (P.S.), une ville de l’Est qui porte les stigmates de la catastrophe de Tchernobyl (Slavoutytch), une relation qui s’écrit à l’ère du numérique (Pixels), les dictats d’une société versatile (Tout et son contraire) ou encore le poison distillé par les magnats de la grande distribution (Conquistador)…

Les plumes d’Alizé et Xavier s’entendent à merveille et signent des textes forts, poignants, drôles ou émouvants. Pour la première fois, leurs voix se mêlent sur la totalité des titres. Le grain voilé du jeune homme complète le timbre cristallin de la chanteuse qui s’élance sans fioritures, toujours dans l’émotion pure et juste.

Touchés par ce troisième album très réussi, nous avons voulu rencontrer Aliose qui s’est prêté au jeu de l’interview avec chaleur et simplicité. Entretien à découvrir ci-dessous.

Votre troisième album Comme on Respire est sorti le 15 septembre dernier, comment vous sentez-vous ?
Alizé : On est très contents ! On a commencé à avoir beaucoup de retours, et ça fait plaisir de voir comment il a été reçu, comment il est perçu.. On n’a qu’une hâte c’est aller défendre l’album en live à partir du 23 novembre !

Combien de temps avez-vous mis pour faire cet album ? Est-ce vous qui avez choisi de travailler avec Pierre Jaconelli ?
Xavier : Pierre c’était au départ une suggestion de notre directeur artistique Bertrand Lamblot et il faut dire qu’il a tapé pas mal dans le mille ! Il a dû penser à lui pour l’aspect guitare parce que c’est un grand guitariste, du coup on a fait des prods avec pas mal de guitares… Et on s’est tout de suite très bien entendus humainement et musicalement, au niveau des références etc. Ca a été un vrai plaisir de bosser avec Pierre et un vrai coup de cœur !
Alizé : Et pour le temps c’est difficile d’évaluer… La plupart des chansons ont été écrites ces deux dernières années, puis on a d’abord fait un EP. Je dirais à peu près deux ans ! Depuis la signature avec Warner on est sur l’album.

Pourquoi avoir choisi le titre Comme on Respire ?
Alizé : Il y a une chanson qui s’appelle Comme on Respire dans l’album, dans laquelle on parle de « mentir comme on respire ». Heureusement on a pris le contre-pied en choisissant ce titre car ce n’est pas du tout le but de l’album ! On a choisi ce titre parce qu’il y a une espèce d’évidence dans le fait de respirer et que par rapport à nos précédents albums, on a le sentiment d’avoir fait celui-ci vraiment comme on respirait, à l’unisson… Et il y avait aussi ce « on » dans le titre qui a son importance, parce qu’on est deux et qu’on ne forme qu’un.

C’est vrai qu’avant on entendait surtout la voix d’Alizé sur vos titres alors que vous chantez désormais à deux dans chaque chanson…
Xavier :
C’est vrai qu’au début le projet était plus axé sur Alizé, et je pense que c’est la route qu’on a faite depuis tout ce temps avec un premier, un deuxième album en Suisse, et puis les nombreuses scènes, qui nous ont fait définir l’identité qu’on défend aujourd’hui. En cela je trouve que l’album qu’on sort aujourd’hui est très en phase avec nous et cette identité qu’on veut défendre, une identité « à deux », qui passe autant par le chant que l’écriture. Avant on écrivait tantôt l’un, tantôt l’autre. Là on a tout fait ensemble à part quelques exceptions comme Porcelaine écrite par Alizé
Alizé :
Mais c’est vrai que là on incarne vraiment bien le duo ! On a voulu se positionner comme ça dès 2012 et là je pense que dans cet album on y réfléchit plus, c’est vraiment naturel.

https://www.youtube.com/watch?v=-VOLFvbRekA

C’est vraiment un très bel album je trouve, les mélodies sont efficaces et immédiates mais ce qui fait votre force c’est aussi la qualité de vos textes, d’ailleurs vous avez remporté quelques prix… Dans quelle mesure les textes sont-ils importants pour vous ?
Alizé : Pour nous c‘est crucial ! Même si je parle anglais et que je prends du plaisir à chanter dans cette langue, on a choisi de s’exprimer et d’écrire dans notre langue d’expression pour être justement le plus naturel possible. Parler en français c’est comme on respire pour nous, alors qu’en anglais c’est plus artificiel. Après il y a aussi cette histoire du rapport entre la mélodie et le texte. Moi j’écoute beaucoup de musique anglophone et mon but c’était d’essayer de faire sonner le Français comme des choses que j’aime en anglais, ce qui fait qu’on a du mal à dissocier les mélodies des textes. Tout ce que tu viens de dire ça fait plaisir parce que ça met en valeur cet aspect : oui il y a des mélodies, mais il faut aussi qu’il y ait du fond dans les textes.
Xavier : C’est une langue qui est très exigeante ! Donc parfois c’est décourageant, c’est vrai que c’est un peu difficile à travailler, mais pour nous ça nous paraissait évident.

Me passer de toi, Comme on Respire, Loin, J’ferme les yeux, ce sont toutes des chansons qui évoquent le couple mais qui sont plutôt négatives. Est-ce que c’est plus facile d’écrire sur les problèmes d’un couple que sur une relation où tout irait bien ?
Alizé : Plus facile je ne sais pas, mais c’est plus drôle ! (Rires) Parce que trop de sucre tue le sucre ! On aime bien jouer sur les contrastes, je pense à une chanson comme Loin par exemple : la musique est plutôt mélodique et majeure, mais le texte est plus profond. On essaye quand même toujours d’avoir un angle, ce n’est pas juste un couple qui se dispute pour rien, là en l’occurrence c’est un couple qui n’arrive pas à avoir d’enfant. On a voulu parler de l’infertilité et on s’est rendus compte que c’est un thème qui est finalement assez peu traité en chanson, de là tout son impact. J’ferme les Yeux c’était plus pour rigoler autour du sujet de l’amour : qu’est-ce que c’est l’amour ? Est ce que ce n’est pas aussi un objet social ? Comment on le délimite ? On est à une période où il y a plein de façon de vivre sa relation, donc on a eu envie de parler de ça. Et c’est plutôt une chanson heureuse puisque c’est un couple qui s’aime suffisamment pour fermer les yeux sur des petites choses qui pourraient paraitre gênantes ou choquantes, mais qui n’ont pas d’importance tant qu’ils s’aiment les yeux dans les yeux. Donc c’est plutôt positif !
Xavier : C’est vrai que par le passé on faisait assez peu de chansons d’amour. Je pense que c’est aussi le fait d’être à deux, on avait peut-être peur que cela fasse trop kitsch. Dès qu’on fait des chansons d’amour à deux ça peut vite devenir un peu à l’eau de rose, donc on s’est longtemps empêchés et là pour le coup on l’a fait ! Il y a six chansons sur l’album qui sont vraiment des chansons d’amour, mais on twiste toujours un peu le thème en trouvant un certain angle !

https://www.youtube.com/watch?v=6DhlMMJL8QQ

Et c’est vrai que les thèmes de vos chansons sont toujours très variés. Je pense par exemple à Slavoutytch sur une ville en Ukraine, Tout et son Contraire et Conquistador qui sont des textes plus engagés… D’où vous vient cette inspiration?
Xavier : Slavoutytch c’est particulier, ça vient du travail d’un photographe suisse qui s’appelle Niels Ackermann, et qui lui s’est intéressé à des jeunes dans cette ville, Slavoutytch, la plus jeune ville d’Ukraine, construite juste après Tchernobyl. Il a fait tout un reportage, il a passé des années là-bas, il a publié un livre de photos… Et nous on a écrit une œuvre à partir d’une œuvre ! Ce qui nous intéressait c’était le côté pluridisciplinaire, le fait de mélanger les arts. On ne revendique pas d’être allés dans cette ville ou quoi que ce soit, c’est vraiment le travail de ce photographe qui nous a inspirés. Après, pour les deux autres chansons que tu cites, c’est vrai qu’on est dans une période où il y a des sujets qui nous tiennent à cœur, qu’on voulait traiter. On n’est pas un groupe engagé mais on aime mettre de l’engagement dans ce qu’on fait et pouvoir défendre des messages qui nous semblaient importants.
Alizé : Pour moi c’est difficile de faire un album sans parler de sujets de société. On est une génération où il y a beaucoup de choses à dire, il y a beaucoup de choses qui bougent… C’est bien d’avoir des chansons plus légères où, en fait, on met toujours un petit grain de sable, mais c’est aussi bien d’avoir des chansons plus profondes comme celles que tu as citées.

Pour moi il y a quand même un gros chef d’œuvre dans cet album… Vous savez de quelle chanson je vais vous parler ?
En choeur : Chef d’œuvre !? Ouh la…
Xavier : Porcelaine ?
Alizé : Pieds Nus peut-être ?

Non… Je voulais vous parler de P.S. !
Alizé : Ah oui ! On n’y pense même plus parce que c’est une chanson qui nous poursuit depuis plusieurs années en fait ! C’est notre plus veille chanson, on peut même avouer que c’est la première chanson qu’on a écrite à quatre mains, et c’est une chanson porte-bonheur qui nous a permis de faire plein de choses ! Notamment de signer chez Warner, parce que je crois que c’est la chanson qui a fait la différence dans l’esprit de Bertrand Lamblot notre directeur artistique, mais aussi de rencontrer Louis Bertignac qui a eu un coup de cœur dessus.. Enfin c’est une chanson qui nous porte bonheur depuis le début et qui, on doit l’avouer, nous dépasse un peu parce qu’elle touche très fortement le public, les gens la relèvent beaucoup…

C’est une vraie réussite, vous vous souvenez ce qui vous a inspiré son thème ?
Xavier : C’est vrai que c’est vieux, l’écriture date de 2006 je crois… On a avait été sensibles au film La Vie est Belle de Roberto Benigni.
Alizé : Le petit clin d’œil au film c’est un père qui, pour son enfant, va transformer un cauchemar en quelque chose d’un peu magique. Dans la chanson un père écrit des lettres à sa femme et sa fille, il lui raconte qu’il est dans un château avec des gnomes pour lui expliquer son absence… Alors qu’à sa femme il lui dit qu’il est prison et que c’est hyper dur pour lui d’être loin d’elles.

Vous êtes en couple sur scène comme à la ville et l’on vous pose beaucoup de questions sur votre relation, comment elle influe sur votre musique etc. Est-ce que cela vous dérange ? Est-ce que vous avez déjà pensé à cacher le fait que vos soyez en couple ?
Alizé : C’est toujours délicat parce qu’on n’aime pas quand on concentre toute l’énergie autour de ça, parce qu’on ne fait pas un album pour ça et qu’il y a plein d’autres choses à dire. Mais les gens aiment bien connaître l’histoire des artistes… Le cacher c’est de toute façon compliqué, ambigu et gênant, mais disons qu’on ne le met pas particulièrement en avant et qu’on évite d’en parler. On se rend compte que de plus en plus de journalistes orientent toutes leurs questions autour de ça et c’est difficile de passer au travers donc on arrête de lutter, on essaye à chaque fois de revenir aux chansons, on en profite pour rebondir sur elles.

Vous êtes suisses, je me demandais si c’était plus facile de vivre de la musique en Suisse qu’en France ?
Xavier : Je pense que c’est pus difficile de vivre de la musique en Suisse, parce qu’il n’y a pas d’infrastructures comme il y a ici. Il y a moins de labels, il n’y a pas de statut d’intermittent ou de choses comme ça… Mais c’est un terrain de jeu incroyable parce que c’est peut-être plus facile d’avoir tout d’un coup une petite notoriété, ou alors d’être diffusé en radio.
Alizé : Disons que si tu fais des chansons pas trop mauvaises, tu as peut-être plus de chances d’être valorisé par les médias locaux, et même plus facilement nationaux on va dire, que dans un pays aussi grand que la France ou il y a beaucoup plus de gens.
Xavier : Après c’est très dynamique, il y a beaucoup de groupes et d’artistes, de festivals, de salles de concert…

A quoi va ressembler Aliose en live prochainement ?
Alizé : Ca va être super ! On sera cinq, on va bien retrouver l’énergie de l’album mais en même temps on va s’amuser à revisiter les morceaux. Il y aura notre batteur suisse Félix Bergeron, un guitariste supplémentaire Roman Chelminski, et Vincent Guibert qui fait des claviers et de la basse, Xavier fait un peu de guitare et moi je ferai un peu de piano aussi !

https://www.youtube.com/watch?v=KrF5CdijOJc

Quels sont les artistes français que vous admirez et que vous écoutez ?
Alizé : Hum… Ce n’est pas le plus récent mais un artiste comme M par exemple, c’est un artiste qui nous réunit…
Xavier : Tété
Alizé : Oui, Camille aussi… Un peu plus pop Calogero qui est un artiste hyper complet.
Xavier : Zazie
Alizé : Oui Zazie, et dans les plus récents il y a Ben Mazué que j’aime bien, il y a Pomme que j’ai découvert plus récemment et je trouve que c’est hyper bien ce qu’elle fait… Qu’est-ce qu’il y a d’autres ? C’est déjà pas mal !
Xavier : Et ce sont tous des Français en français ! (rires)

Est-ce qu’il y a une œuvre littéraire, musicale cinématographique ou artistique qui vous a touché récemment ?
Alizé : Je dirais le film Lion (de Garth Davis, 2016, ndlr). C’est tellement puissant ! C’est un très joli film qui parle d’un enfant en Inde qui se perd parce qu’il s’endort dans un train, et ça l’emmène à l’autre bout de l’Inde. Il ne sait pas écrire, il ne sait pas dire d’où il vient et il finit par se faire adopter par une famille australienne. Beaucoup d’années plus tard, il repart sur les traces de son enfance pour retrouver ce fameux village… Le film est juste magnifique, les images sont très très belles… Il m’a pas mal touchée je dois dire !
Xavier : Moi je dirais le dernier bouquin que j’ai vraiment bien aimé c’était Philippe Jaenada, La Petite Femelle. Je lis beaucoup…

Si l’autre partait pour six mois sur une île déserte et que vous deviez choisir une chanson pour l’accompagner, laquelle ce serait ?
Alizé : Sur une île déserte il ne faut pas prendre un truc trop triste sinon tu vas être trop malheureux… Je me disais peut-être Et si en plus y’a personne de Souchon que tu adores et que tu cites souvent comme la chanson que tu voulais écrire, où il y a peu de mots qui veulent dire tellement de choses et où la musique est hyper forte… Sinon pour le côté plus fun un bon I AM de L’Ecole du micro d’argent, il y aurait bien quelque chose à trouver là-dedans !
Xavier : Pour Alizé ce serait Porcelain…de Moby !
Alizé : Ah oui ! D’où le clin d’œil… parce qu’il ne me donnerait pas ma propre chanson hein!
Xavier : Ah oui c’est vrai ! (Rires) Non non !
Alizé : En plus je déteste m’écouter ! Mais c’est vrai que Porcelain de Moby c’est une chanson que j’écoute depuis l’âge de 11 ans, j’adore son atmosphère. Et c’est vrai que quand j’ai écrit la chanson Porcelaine j’ai pensé à cette chanson… Juste pour le titre parce que les mots et le son n’ont rien à voir !

Aliose, Comme on Respire, album disponible depuis le 5 septembre 2017.

Aliose sera en concert le 7 décembre 2017 au Café de la Danse à Paris et en tournée à partir du 23 novembre. Retrouvez toutes les dates sur leur page Facebook et leur site officiel.

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.