Alex Beaupain : « Je suis très heureux d’écrire des chansons tristes »

Alex Beaupain interview
© Nicolas Reitzaum

A l’occasion de la sortie de son nouvel album « Loin », nous avons eu la chance de rencontrer Alex Beaupain, qui partage avec nous ses rêves, ses rires et ses envies. 

Derrière l’Hôtel de Ville, campé au cœur d’une petite place dallée et ensoleillée, Alex Beaupain discute tranquillement sous un parasol vert. On le retrouve à l’occasion du Festival Fnac Live, et l’on peut déjà lire la joie sur son visage. Il passe sur scène dans une heure et demie, le sourire aux lèvres et l’humour bravache. Sa chemise à carreaux, son élégant croisement de jambes et son rire franc rythmeront un entretien au cours duquel il nous confiera ses envies et ses inspirations…

Pour qualifier ta musique, on te range dans la catégorie « chanteur de variété ». Ca veut dire quoi pour toi ?

Ca veut dire des chanteurs qui font des choses variées ? Je ne sais pas, qu’est-ce que ça veut dire un chanteur de variété ? Pour moi, la variété c’est une chanson exigeante et populaire, telle que je la rêverais du moins. Alain Souchon et Julien Clerc sont des chanteurs de variété pour moi par exemple. Après on peut considérer toute la variété des années 70 avec les Shella, les Dave, Sylvie Vartan tout ça… Mais je veux bien être un chanteur de variété car c’est Alain Chamfort qui disait « Il faut pas laisser la variété aux gens qui méprisent le genre ». Quand c’est pris dans son acception la plus noble, la variété c’est chouette. On peut aussi me dire que je fais de la pop, de la chanson à textes, j’aime des choses dans tous les tiroirs de la chanson et je trouve que les choses ne sont pas aussi imperméables que ça.

Sur ton album « Loin », c’est plus arrangé que ce que tu faisais avant.

D’abord, il y avait une volonté en allant demander à d’autres personnes d’écrire des musiques pour moi d’aller vers quelque chose de plus up tempo, de plus sautillant. Parce que c’est vrai que moi naturellement j’ai un tempérament plus mélancolique, quand j’écris une musique ça commence par un la mineur et après c’est la dégringolade (Rires). C’est toujours triste !
Aussi, j’ai laissé beaucoup d’espace à mes arrangeurs, je les ai laissés tranquille ; ce qui fait que sur certaines chansons j’ai été surpris par les directions qu’ils ont choisies, je n’y serais pas allé moi-même. Ils habillent les chansons un peu différemment, vers plus de pop, c’est ce que je voulais. Martin Gammet et Antoine Gayet donc. Je ne leur ai rien dit pendant 3 mois, et ils m’ont apporté des chansons comme « Loin » que je n’aurais pas du tout arrangée comme ça. Après j’ai repris les chansons et je suis allé enregistré avec mes musiciens pendant 1mois et demi, en changeant quelques trucs pour que l’album me ressemble au moins un peu.

Dans « Van Gogh », tu cites Van Gogh quand, sur son lit de mort, il s’exclame : « La tristesse durera toujours ». C’est étonnant car tu me sembles être son opposé ; il était un artiste solitaire, triste qui faisait des œuvres solaires, joyeuses, tandis que tu es un personnage heureux qui écrit des chansons tristes.

En fait, je m’accorde plutôt à la compréhension qu’a Pialat (Maurice Pialat, réalisateur contemporain de La nouvelle vague) de cette phrase. Je n’établis aucune comparaison entre Van Gogh et moi (je précise car j’ai rencontré des journalistes qui présumaient que j’étais plus présomptueux que je ne suis vraiment (Rires). Pialat explique donc que Van Gogh ne dit pas ça car il est triste, mais plutôt parce qu’il a eu une vie exaltante, et que peut-être que ce qu’il trouve triste, ce sont ces gens qui sont obligés de faire des compromissions. Ce qui est triste ce sont les autres. Et moi, on imagine que parce que j’écris des chansons tristes je me trimballe dans les cimetières la nuit, alors que dans la vie je suis plutôt un garçon heureux ; je suis très heureux d’écrire des chansons tristes. Je me reconnais plus dans ce que Pialat dit de Van Gogh.

Quelle a été la genèse de l’album, son point déclencheur ?

Oh, de faire des tournées ! La musique c’est très pragmatique et les tournées c’est parfait pour tester ses musiques, préparer une set list qui ne soit pas constituée que de ballades (Rires)… Le public a beau aimer les ballades on ne peut pas lui proposer que ça. Il y a aussi cette idée lancinante, qui consiste à penser que si on fait un truc plus enjoué on va toucher plus de monde. Bon, moi ce n’est pas mon but, même si j’aimerais bien faire un tube un jour dans ma vie. J’en ai jamais fait, j’en ferais peut-être jamais mais je trouve ça marrant, ça ne me poserait pas de problème.

Et quelles sont tes conditions de création ?

Quand j’ai envie. Sauf quand il s’agit de commandes comme pour le cinéma ou des gens qui me demandent d’écrire. Généralement ce qui me donne envie d’écrire une chanson c’est d’avoir vu, entendu ou lu des belles choses qui m’ont donné envie d’en faire. « Van Gogh » vient du film où Piallat parle de ça par exemple. Je suis pas en compétition, je suis motivé par les belles choses, même si souvent ce que je fais c’est moins bien. Par exemple, « Au Ciel » que j’ai écrite pour le film de Christophe Honoré Les chansons d’amour, je me souviens que j’écoutais « Madame rêve » de Bashung, et la chanson finit sur « Au ciel, au ciel ». Et c’est sur cette fin que je me suis mis au piano et que j’ai écrit la chanson.

Et donc quand tu as écrit cette chanson Christophe Honoré avait déjà passé une commande pour le film ?

Non, pas du tout, je l’ai écrite pour mon premier album. Christophe a repris les chansons de mon premier album pour nourrir Les chansons d’amour. Donc il me les a volées pour écrire le scénario (Rires). Et pourtant je n’ai rien touché sur les droits d’auteur du scénario, mais si on y réfléchit…

Tu aurais du !

Bah, attends ! C’est quand même les trois quarts du bordel ! (Rires). Il a repris des chansons de mon premier album, d’autres qu’il connaissait parce qu’on se connait depuis longtemps et je n’ai écrit que peu de chansons originales. Il voulait faire un film sur le deuil et assez naturellement ça s’est transformé en comédie musicale. Le premier album dont on été tirées les chansons, j’ai du en vendre deux, et… allez… les deux à ma mère !

Et la collaboration s’est poursuivie car en tant qu’artistes ça fonctionnait entre vous deux ?

C’est différent parce que Christophe me connait depuis que j’ai 17 ans et je le connais depuis qu’il en a 21. Quand on s’est connus il venait du fin fond de la Bretagne, moi du fin fond de la Franche-Comté et même si ni lui ni moi n’étions destinés au cinéma ou à la musique, c’est le premier garçon que j’ai rencontré qui m’a dit « Moi je veux faire du cinéma ». C’est le premier qui m’a poussé à avouer que j’écrivais des chansons et voulais continuer à en écrire. Il écrivait même avec moi des chansons. Quand il a fait son premier film 17 fois Cécile Cassard, naturellement il m’a demandé de collaborer avec lui. On a appris ensemble avec Christophe. Au fond, je connais Christophe. Il ne le dira jamais mais je pense qu’il a fait Les chansons d’amour pour moi. Pour qu’on entende ces chansons qu’on avait pas entendues. Sans lui je n’aurais pas eu la carrière de chanteur que j’ai actuellement. Il l’a fait exprès mais ne l’avouera jamais.

Sur le dernier film de Diastème c’est toi qui a composé ?

J’ai simplement écrit les dialogues, en collaboration avec Frédéric Clot, qui avait arrangé les chansons dans Les chansons d’amour avec moi. Et Jeremy Kiesling interprète. Il n’était pas question que moi j’interprète, j’avais peur que ça aille trop vite et Diastème voulait une chanson un peu country, folk, et je n’étais pas du tout adapté à ce type de musique. Il voulait absolument un garçon car il ne voulait pas qu’on confonde la voix du chanteur avec la voix intérieure des deux filles protagonistes.

Une dernière question : Pour qui tu écris ?

Actuellement, pour Calogero. Ah, pour qui j’écris. Tu veux dire, pour qui j’écris des chansons, ou, plus fourbement, pour qui j’écris des chansons quand… Tu comprends ce que je veux dire ?

Plus fourbement.

Alors ça je te le dirai pas. (Rires) J’écris pour les gens que j’aime, et pour les gens que je n’aime plus encore plus souvent ! C’est parfois méchant mais je trouverais ça tellement cool qu’on écrive une chanson sur moi, même si elle est négative.